Les AOP de Géorgie
Cartes des AOP de Géorgie avec les producteurs
Sur ma carte vous trouverez toutes les Appellations d’Origine Protégée dans des zones violettes tandis que les producteurs sont des points de différentes couleurs en fonction de la taille (Rouge = Gros producteur >500.000 bouteilles, Vert = Moyen producteur >50.000 bouteilles, Jaune = Petit producteur >5.000 bouteilles, Blue = Micro production <5000 bouteilles). Il y en a plus de 500 !
Les AOP de Kakhétie
La Kakhétie est le cœur du vignoble de Géorgie. Elle possède 19 des 30 AOP de Géorgie structurées en quatre zones distinctes. La première zone, que l’on découvre en arrivant de Tbilissi, constitue la Kakhétie extérieure. Elle se caractérise par des vignobles implantés sur les versants sud-ouest des monts Tsiv-Gombori, dans le bassin de la rivière Iori. La Kakhétie intérieure (Shida Kakheti) s’étend au nord de la chaîne Tsiv-Gombori et le grand Caucase. Cette vaste zone comprend la vallée de l’’Alazani, elle-même subdivisée en trois zones : les vignobles de la rive gauche de l’Alazani, ceux de la rive droite, et plus au sud-est, la région historique de Kiziki.
Par ailleurs, j’aime à classer les AOP géorgiennes en 3 groupes. Les AOP historiques de l’Empire (Tsinandali, Mukuzani), les AOP soviétiques (Kindzmarauli, Akhasheni…) dont certaines n’ont aucun sens (Kotekhi) et les nouvelles AOP qui s’efforcent de délimiter une zone avec un terroir précis (Magraani, Zegaani…).
Le bassin de la rivière Iori et la région de Kiziki
Le Kakhétie extérieur s’étend le long des versants sud et sud-ouest de la chaîne Tsiv-Gombori jusqu’au bassin de l’Iori, englobant notamment les appellations Khashmi et Manavi, toute la région de Sagarejo et, en profondeur vers Gurjaani, les villages de Kakabeti à Chalaubani, un territoire jadis entièrement couvert de vignes avant le phylloxéra. Le relief y varie entre 480 et 750 mètres pour l’essentiel des cultures, avec des sommets grimpant jusqu’à 1100 mètres, sur des sols alluviaux-carbonatés riches en chaux, tandis que le climat gagne en aridité vers le plateau de Gareji et affiche, à Sagarejo, une humidité et un brouillard plus marqués qu’à Telavi.
Bordée par l’Alazani, le plateau de Dedoplistskaro, le ravin de Zakatala et la Kakhétie extérieure, la région de Kiziki s’étire d’Anaga à Khirsa le long de la crête Tsiv-Gombori, entre 900 et 1000 mètres, avec des vignobles plantés entre 600 et 800 mètres sur une mosaïque de sols qui impose aux vignerons d’adapter leurs pratiques terroir par terroir.
La rive droite de l'Alazani
La rive droite de l’Alazani, longue bande adossée aux pentes nord-est de la chaîne de Tsiv-Gombori sur une centaine de kilomètres, forme le centre de gravité de la Kakhétie autour de Telavi et de ses AOP les plus prestigieuses, avec une topographie variable d’Akhmeta à Dedoplistskaro et trois grands types de sols, carbonatés riches en humus près de la crête, alluviaux-carbonatés vers la rivière, et tchernoziom autour de Kondoli. Plus aride que la rive opposée mais rafraîchi par les vents du Grand Caucase qui préservent son acidité, ce terroir impose un équilibre délicat entre rétention d’eau et drainage, jonglant entre héritage soviétique de l’irrigation, culture non irriguée et retour ponctuel au goutte-à-goutte face aux millésimes secs, sous un climat aux étés chauds et aux hivers doux à modérément froids selon l’altitude. Retrouvez la description précise de toutes les AOP avec les cartes dans mon guide des vins géorgiens ici.

La rive gauche de l'Alazani
Encadrée par l’Alazani, le Grand Caucase et le ravin de Zakatala depuis la gorge de Pankisi jusqu’à la frontière azerbaïdjanaise, la rive gauche déroule sur une centaine de kilomètres des pentes plus douces que celles du Tsiv-Gombori, un réseau hydrographique plus dense et une largeur croissante d’ouest en est, de 3 kilomètres à Napareuli jusqu’à 24 kilomètres près de Lagodekhi, avec des vignobles descendant en gradient de 550-650 mètres près de Khorbalo à 200-300 mètres vers Tsodniskari, sous des températures et des précipitations qui augmentent vers le sud-est. Ses sols, moins calcaires que sur la rive opposée, alternent entre anciens sols forestiers alluviaux argilo-limoneux, sols alluviaux non carbonatés plus légers ou squelettiques, poches humo-carbonatées locales, et terres noires riches et fertiles, dessinant un terroir globalement plus humide et argileux, à la rétention d’eau parfois excessive près de la rivière.
Les AOP d'Imérétie
Ancienne Colchide mythique, terre de la Toison d’Or, l’Imérétie forme aujourd’hui la deuxième région viticole de Géorgie, enserrée entre Grand et Petit Caucase sur des vignobles étagés de 80 à 800 mètres, sous un climat modérément humide et adouci par la mer Noire, bien différent de la Kartlie et de la Kakhétie voisines à l’est de la chaîne du Likhi. Ses terroirs y révèlent une remarquable diversité géologique, entre substrat volcanique, cambisols jaunes et Terra Rossa à l’ouest, sols calcaires d’humus brut à l’est, et vignobles majoritairement plantés sur argiles lourdes, une richesse pédologique dont la cartographie complète reste, de l’aveu même des spécialistes, encore l’affaire de plusieurs décennies.
Les AOP de Kartlie
La Kartlie, ancienne Ibérie berceau du royaume de Parnavaz et de la christianisation géorgienne en 337, se structure aujourd’hui en deux grandes zones viticoles : le Shida Kartli, ou Kartlie intérieure, aux sols riches en fossiles marins et en argiles calcaires autour de Mtskheta et Gori, et le Kvemo Kartli, ou Kartlie inférieure, plus au sud vers Bolnisi et Asureti. Moins connues que la Kakhétie voisine, ces deux zones connaissent un renouveau prometteur porté par le retour de cépages autochtones comme le Chinuri, le Tavkveri et le Shavkapito, et par une nouvelle génération de vignerons exigeants qui font, à mon sens, de la Kartlie la région au plus grand potentiel encore inexploité de Géorgie.
Les AOP de Racha-Lechkhumi
Répartie sur les quatre municipalités d’Ambrolauri, Oni, Tsagueri et Lentekhi, la Racha-Lechkhumi cultive ses vignes dans les gorges du Rioni entre 450 et 800 mètres, sur un vignoble aujourd’hui réduit à 1600 hectares contre plus de 3200 dans les années 1950, mais toujours réputé pour la profondeur de ses vins malgré cette taille modeste face à la Kakhétie. La région doit sa renommée au Khvanchkara, rouge moelleux récolté à 23 % de sucre minimum, au Tvishi, blanc naturellement moelleux de Tsolikouri côté Lechkhumi et enfin précieux Usakhelouri, produit dans les zones de Zubi, Okureshi et Isunderi.
Les AOP de Mingrélie
Née dans le royaume de Colchide et devenue principauté des Dadiani du XVIe au XIXe siècle avant son annexion progressive à l’Empire russe, la Mingrélie, ou Samegrelo, conserve une identité forte à travers sa langue kartvélienne, sur un territoire de 7450 kilomètres carrés au climat subtropical humide et aux sols de terre rouge ferrugineuse. Sa viticulture, longtemps portée par le système maghlari puis modernisée au XIXe siècle grâce à Archille Murat, résista tant bien que mal aux maladies et aux bouleversements soviétiques, si bien qu’aujourd’hui la production reste dominée par de petits vignerons qui vendent surtout leur raisin aux grandes maisons de l’est du pays plutôt que de commercialiser eux-mêmes leur vin.
Les vignobles de Gourie, d'Adjarie et d'Abkhazie
Bordée par la mer Noire et divisée en trois zones, Ozurgeti au relief modéré, Lanchkhuti réputée pour ses qvevri et Chokhatauri aux pentes escarpées, la Gourie cultive sa vigne loin du littoral trop humide, sur des sols de latérite rougeâtre riches en fer, selon les méthodes ancestrales du Maghlari et de l’Olikhnari perpétuées depuis le Xe siècle, sous un climat aux étés moites et à l’humidité frôlant souvent 90 %. Depuis les travaux pionniers d’Ermile Nakashidze au XIXe siècle, la région s’est forgé une identité rouge autour du Chkhaveri, cépage emblématique au long cycle végétatif, complété par le Jani, le Skhilatubani et l’Aladasturi vinifiés en courtes fermentations de sept jours, tandis que le Tsolikouri d’Imérétie gagne du terrain côté blanc aux côtés d’anciennes variétés gouriennes aujourd’hui réintroduites comme le Sakmiela ou le Mtevandidi.
Nichée sur les flancs occidentaux du Petit Caucase le long de la mer Noire, l’Adjarie déploie ses 2900 km² majoritairement montagneux sur une histoire mouvementée, du comptoir grec du Ve siècle avant notre ère à l’islamisation sous domination ottomane puis à l’intégration soviétique, avant de devenir une république autonome géorgienne, tandis que sa viticulture, longtemps réduite au raisin de table, n’entame véritablement sa renaissance qu’en 1934 avec les premières plantations de Chkhaveri et de Tsolikouri à Keda. Ses deux zones viticoles principales, la bande côtière très arrosée entre Kobuleti et Khelvachauri et la région plus prometteuse de Keda le long de l’Adjaristskhali, se partagent des sols pauvres en calcaire, entre argiles et graviers près des forêts, substrats volcano-alluviaux à Keda-Khulo et littoral mal drainé, où dominent aujourd’hui le Tsolikouri, le Chkhaveri en rosé et le rare Satsuravi, promesse d’un œnotourisme encore à construire.
Sur la côte nord-ouest du Caucase, dans cette région à l’identité politique disputée qui borde la mer Noire, l’Abkhazie cultive une tradition viticole tout aussi ancienne que celle de sa voisine géorgienne, portée par un climat subtropical humide, un relief varié et des sols hétérogènes qui ont permis à des cépages autochtones méconnus comme le Kachich ou l’Aghbazh de survivre jusqu’à aujourd’hui. Longtemps restée dans l’ombre, cette viticulture connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, comme en témoigne la présentation de ces vins indigènes au salon Vinitech-Sifel de Bordeaux en 2024, un signe encourageant pour une région encore largement à découvrir.

