En 2015, dans les collines de Gadachrili Gora, à une heure de route de Tbilissi, des archéologues ont mis au jour des jarres vieilles de huit mille ans portant encore les traces chimiques de tanins de raisin. Cette découverte a officiellement fait de la Géorgie le plus ancien pays viticole du monde. C’est ce vertige historique, autant que la beauté des paysages kakhétiens, qui donne tout son sens à une route des vins pensée non comme une simple dégustation, mais comme un véritable pèlerinage aux sources. Partez découvrir ces vins d’exception dans un circuit de 6 jours concocté par mes soins.
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Pourquoi la Géorgie se distingue des autres nations viticoles ?
Contrairement à une idée reçue tenace, l’ancienneté n’est pas le seul argument qui légitime cette route des vins, même si elle reste de taille.. Les fouilles menées à Gadachrili Gora et Shulaveri, dans la plaine kakhétienne, ont permis de dater les premières traces de vinification à environ 6000 ans avant notre ère, faisant de ce territoire le doyen incontesté des régions viticoles mondiales, loin devant l’Iran ou l’Arménie voisine, pourtant candidats sérieux au même titre.
Au-delà de la chronologie, c’est la méthode qui distingue véritablement la Géorgie. Le qvevri, cette jarre d’argile enterrée jusqu’au col où le moût fermente au contact des peaux, des pépins et parfois des rafles, produit des vins d’une texture et d’une complexité aromatique que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Cette technique, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2013, n’a jamais cessé d’être pratiquée, y compris durant les décennies soviétiques où la production industrielle aurait pu l’effacer. Ainsi, quand la crise du phylloxéra ravageait les vignobles européens au XIXe siècle et forçait une grande partie du continent à repartir de zéro sur des porte-greffes américains, la Géorgie conservait, dans ses campagnes reculées, une continuité viticole quasiment ininterrompue.
Vient ensuite la question du matériel génétique. La Géorgie recense plus de cinq cents cépages autochtones répertoriés, un chiffre sans équivalent à l’échelle mondiale, quand la plupart des grandes nations viticoles cultivent leur réputation autour d’une poignée de variétés internationales. Rkatsiteli, saperavi, kisi, mtsvane, khikhvi : chacun de ces noms raconte un terroir précis, souvent une seule vallée, parfois un seul village. Cette diversité, longtemps restée invisible du grand public, alimente aujourd’hui le mouvement mondial du vin nature, dont les producteurs occidentaux revendiquent ouvertement l’héritage géorgien.
Enfin, et c’est peut-être ce qui frappe le plus durablement le voyageur, le vin en Géorgie n’a jamais été une affaire de spécialistes. Il reste un fait domestique avant d’être un produit commercial : on estime qu’une famille kakhétienne sur deux possède encore sa propre vigne et son propre qvevri, pour un usage strictement personnel. Cette dimension sociale, quasi rituelle, explique pourquoi une dégustation chez un vigneron géorgien ressemble rarement à une visite de chai standardisée, et beaucoup plus à un moment de vie partagé, prolongé par les toasts d’un tamada et la générosité d’une table qui ne désemplit jamais.

Pourquoi parcourir la route des vins de Géorgie avec moi ?
Parce que je ne vous propose pas un circuit standardisé, calibré pour cocher les principales appellations en un minimum de temps. Depuis que j’ai fondé Bagratrip, je passe le plus clair de mon temps sur les routes de Kakhétie, d’Iméréthie et de Racha, à tisser des liens avec des vignerons qui ouvrent rarement leur cave aux groupes de passage. Ce sont ces relations, construites au fil des années, qui me permettent de vous faire entrer chez des producteurs familiaux plutôt que dans des domaines rodés au tourisme de masse, là où le qvevri se découvre non pas depuis une plateforme d’observation, mais autour d’une table, un verre à la main, au milieu d’une conversation qui s’éternise naturellement.
Par ailleurs, chaque route des vins que je conçois reste entièrement sur mesure : je ne vends pas un itinéraire figé, mais j’ajuste le rythme, les rencontres et même les extensions selon votre curiosité et le temps dont vous disposez. Vous ne voyagerez ni en groupe anonyme, ni selon un horaire dicté par un autocar, mais à votre allure, avec l’assurance qu’un francophone connaissant intimement le terrain reste joignable à chaque étape. C’est cette attention artisanale, plus que la simple logistique, qui distingue un séjour Bagratrip d’une excursion œnologique classique.
Enfin, voyager avec moi, c’est aussi bénéficier du regard du seul expert francophone du vin géorgien. Cette passion, je l’ai poussée jusqu’à rédiger le seul et unique guide des vins géorgiens existant en langue française, un ouvrage de 430 pages, fruit de quatre années de recherches et de dégustations sur le terrain, qui sera offert à chaque participant de mes voyages. Vous y trouverez le portrait détaillé des principaux cépages autochtones, une cartographie des terroirs et des appellations du pays, ainsi que les portraits des vignerons que nous irons parfois rencontrer ensemble. J’y retrace également l’histoire de la viticulture géorgienne depuis ses origines et les traditions qui continuent de l’irriguer, tout en proposant quelques pistes de réflexion sur une question qui mérite qu’on s’y attarde : pourquoi s’intéresser aujourd’hui aux vins géorgiens ? Une stratégie de dégustation progressive, pensée pour apprivoiser ces vins singuliers sans brusquer vos papilles, complète cet ouvrage — une véritable mine d’or que vous garderez bien après votre retour de voyage.

Route des vins géorgiens en 6 jours
À quoi vous attendre sur la route des vins ?
Ce séjour se construit comme un équilibre subtil entre tourisme et œnologie, avec au minimum une dégustation professionnelle par jour, généralement organisée avant le dîner pour clore chaque journée dans la convivialité. Le reste du temps est consacré aux visites, elles-mêmes entrecoupées d’autres dégustations dès que le programme touche à la viticulture, de sorte que le fil rouge du vin ne se relâche jamais vraiment. L’objectif reste avant tout de vous offrir des vacances confortables, sans jamais perdre de vue ce focus assumé sur l’univers du vin géorgien. Pour les professionnels du secteur, il est tout à fait possible d’inverser cet équilibre et de concentrer l’intégralité du séjour sur la viticulture, en s’affranchissant des étapes plus touristiques. Enfin, dans la grande majorité des cas, la nuit se passe directement chez le vigneron : une immersion qui laisse tout le temps nécessaire pour prolonger les conversations, approfondir les dégustations, et vivre le vin géorgien de l’intérieur plutôt qu’en simple spectateur.

Jour 1 : Tbilissi + dégustation professionnelle
En première partie de journée, plongez dans l’atmosphère envoûtante de la vieille ville de TbilissiCliquer pour ouvrir le panneau latéral et obtenir plus d’informations. Laissez-vous séduire par le charme pittoresque du quartier de Kala, bordé d’élégants manoirs et de demeures du XIXe siècle aux balcons en bois sculpté, avant de cheminer jusqu’au mythique quartier d’AbanotubaniCliquer pour ouvrir le panneau latéral et obtenir plus d’informations dont les dômes de briques diffusent les volutes apaisantes des bains sulfureux. Entre églises orthodoxes séculaires et dédale de ruelles chargées d’histoire, cette matinée captivante vous offre une immersion vivante et poétique au cœur de la capitale.
En seconde partie de journée, poursuivez ce voyage sensoriel en vous installant confortablement dans le cadre chaleureux d’une authentique cave à vin où votre guide privé vous dévoilera les secrets du plus ancien berceau viticole du monde. En Géorgie, le vin est une âme indissociable du quotidien : de la goutte déposée sur les lèvres des nouveau-nés à la croix de vigne de Sainte Nino, jusqu’à la majestueuse statue de la Mère de la Géorgie brandissant son bol de vin face à la ville, chaque gorgée raconte une mythologie millénaire. Plus qu’une simple dégustation guidée, cette initiation immersive aux nuances des cépages locaux éveillera vos palais et préparera idéalement la suite de votre périple.

Jour 2 : Kakhétie, le berceau de la viticulture
Mettez le cap sur la Kakhétie, terre de vins et d’hospitalité. Explorez le mystique monastère troglodyte de David Gareja, niché dans une steppe semi-désertique fascinante, puis admirez les spectaculaires collines arc-en-ciel. La journée se poursuit à Sighnaghi, romantique cité fortifiée surplombant la vallée de l’Alazani, et au sérénissime couvent de Bodbe, avant de goûter à l’art de vivre géorgien lors d’une nuit exclusive chez un vigneron.

Véritable berceau de la viticulture géorgienne depuis plus de 8 000 ans, la Kakhétie demeure le cœur battant de la production nationale dont elle assure 85 % du volume. Dès 1120, la célèbre académie d’Ikalto y enseignait déjà l’art de la vinification, comme en témoignent encore les vestiges de ses anciens qvevri et ses canaux de pierre ingénieux. Aujourd’hui, la région marie harmonieusement techniques modernes et traditions d’élevage en jarres d’argile pour donner naissance à d’exceptionnels vins ambrés. Façonnée par une géographie variée entre la Kakhétie extérieure, la vallée de l’Alazani le long des monts Tsiv-Gombori et la région historique de Kiziki, cette contrée offre l’un des chapitres les plus riches de toute la route des vins géorgienne.
Jour 3 : Vallée de l’Alazani
Embarquez pour une escapade captivante au cœur de la Kakhétie, à la rencontre de ses plus beaux joyaux patrimoniaux et de son art de vivre. Votre périple commence par la visite du monastère perché de Nekressi, accroché aux contreforts du Caucase et offrant un panorama saisissant sur les vignobles, avant de faire étape à la majestueuse citadelle royale de Gremi dont l’église de briques dresse fièrement sa silhouette au-dessus de la plaine. Vous plongerez ensuite dans l’effervescence locale à Telavi, la capitale régionale, en flânant à travers les étals colorés de son marché fermier typique et en admirant son impressionnant platane géant, mythique témoin de plus de 900 ans d’histoire.

Niché entre le Grand Caucase et la chaîne de Tsiv-Gombori, le bassin de la vallée de l’Alazani constitue le cœur battant de la viticulture géorgienne, béni par un microclimat doux et des sols alluviaux d’une richesse exceptionnelle. Ce terroir mythique abrite les Appellations d’Origine Protégées (AOP) les plus prestigieuses du pays : sur la rive droite de la rivière, l’AOP Tsinandali produit des blancs secs emblématiques assemblant Rkatsiteli et Mtsvane Kakhuri, tandis qu’à proximité, Mukuzani donne naissance à des rouges secs de Saperavi élevés en fût, puissants et taillés pour la garde. De l’autre côté de la vallée, Kindzmarauli et Akhasheni tirent parti d’un ensoleillement idéal pour façonner de célèbres rouges naturellement demi-doux aux arômes de fruits noirs gorgés de soleil, complétés par les AOP Napareuli et Kvareli qui illustrent toute la diversité des terroirs de la région. Qu’il s’agisse de cuvées traditionnelles fermentées en qvevri ou d’élevages de style européen, la vallée offre une palette organoleptique d’une richesse incomparable.
Jour 4 : Fabrication des Qvevri
Poussez les portes de l’atelier d’un maître artisan potier au cœur de la Kakhétie pour découvrir l’art ancestral de la fabrication des qvevri, ces gigantesques jarres en argile inscrites au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Dans l’atmosphère intime de l’atelier où règne l’odeur terreuse de la terre fraîche, vous observerez la minutie et la patience avec lesquelles l’artisan façonne ces pièces uniques à la main, étage par étage, selon des gestes inchangés depuis plus de 8 000 ans. Du montage des parois au séchage minutieux, suivi de la cuisson au four traditionnel et du nappage intérieur à la cire d’abeille, cette immersion fascinante révèle comment la matière brute façonne le berceau d’élevage des célèbres vins ambrés. Une rencontre humaine et authentique qui offre une clé de lecture essentielle pour comprendre l’âme de la viticulture géorgienne avant de passer à la dégustation.
Pour couronner cette journée en beauté, vous déambulerez sous les ombrages romantiques du parc à l’anglaise du domaine princier de Tsinandali, demeure historique d’Alexandre Tchavtchavadzé, où vous profiterez d’une dégustation raffinée des vins qui ont forgé la renommée viticole du pays.
Jour 5 : Kartlie intérieure
Cette journée débute par une ascension vers le monastère de Jvari, sentinelle de pierre dressée au confluent de la Mtkvari et de l’Aragvi depuis le VIe siècle, dont la silhouette millénaire domine Mtskheta et offre un panorama saisissant sur l’ancienne capitale. On descend ensuite vers ce village, véritable berceau du christianisme géorgien, pour explorer la cathédrale de Svetitskhoveli — panthéon des rois de Géorgie, joyau de l’architecture médiévale caucasienne classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, dont chaque pierre semble porter le poids de l’histoire. Ce n’est pas un hasard si l’on choisit précisément ce territoire pour amorcer la journée : dans l’Antiquité déjà, cette région portait le nom d’Ibérie, et ses sols révèlent aujourd’hui encore, à travers fossiles marins et mollusques datant du Miocène et du Pliocène retrouvés autour de Mtskheta, un passé géologique d’une richesse insoupçonnée.

Après cette immersion spirituelle et historique, cap sur Ouplistsikhé, cité troglodyte creusée à même la roche il y a plus de trois mille ans, où salles de banquets, temples païens et ruelles taillées dans le calcaire composent un voyage fascinant aux origines mêmes de la civilisation géorgienne. Or, c’est précisément cette diversité géologique — grès gris-jaunâtres, formations argileuses veinées de basalte, dépôts quartzo-feldspathiques et argiles calcaires gorgées de faune fossile — qui façonne aujourd’hui les vignobles de la vallée de la Mtkvari, cultivés entre 450 et 700 mètres d’altitude. Moins célèbre que sa voisine kakhétienne, la Kartlie connaît pourtant un renouveau viticole passionnant, porté par le retour de cépages autochtones comme le chinuri, le tavkveri et le shavkapito, et par l’émergence progressive d’appellations d’origine protégée. Je ne manque jamais de clore cette journée par une dégustation chez l’un de ces vignerons engagés, tant cette région, encore largement méconnue, compte parmi les plus prometteuses de toute la Géorgie viticole.
Jour 6 : les anciennes communautés allemandes
Cap au sud de Tbilissi, à moins de deux heures de route, pour une journée qui conjugue archéologie viticole et histoire méconnue des colons allemands du Caucase. Bolnisi, devenue en 2018 la vingtième appellation d’origine protégée de Géorgie, constitue rien de moins que le berceau historique de la viticulture géorgienne : c’est dans les ruines d’Arukhlo, toutes proches, que des pépins de raisins fossilisés datant du VIe millénaire avant notre ère ont été retrouvés. Après une balade dans le quartier allemand de la ville, ancienne Katharinenfeld fondée par des colons souabes en 1818, direction la Georgian-German Wine House, installée dans la maison restaurée d’Emanuel Walker, pour une dégustation qui illustre à merveille cette rencontre entre tradition géorgienne et rigueur germanique. On y découvre des blancs et ambrés élaborés à partir de rkatsiteli, chinuri ou goruli mtsvane, aux arômes de figue sèche et d’abricot, ainsi que des rouges tout en fraîcheur issus du saperavi, du tavkveri ou du shavkapito, des vins réputés plus intenses et plus expressifs qu’ailleurs en Géorgie.
L’après-midi se poursuit vers Asureti, cet autre village fondé par les mêmes colons souabes, où le temps semble s’être arrêté le long de la Schwabenstraße bordée de maisons à colombages. C’est ici qu’Otto Schall, l’un de ces pionniers allemands, découvrit au XIXe siècle un cépage endémique auquel il donna son propre nom : le shala, aujourd’hui commercialisé sous l’appellation asuretuli shavi. Rien de plus naturel, donc, que de se poser pour le déguster. Entre l’église luthérienne restaurée, le vieux cimetière allemand et les vestiges de l’ancienne usine viticole soviétique bâtie par des ingénieurs autrichiens en 1931, cette excursion révèle une facette insolite de la Géorgie viticole, à la croisée de deux mémoires, géorgienne et germanique, que peu de voyageurs prennent encore le temps d’explorer.
Ainsi s’achève cette première route des vins de six jours, avant de prolonger l’aventure vers l’une des trois extensions suivantes.

Prix du circuit de 6 jours pleins sur la route des vins géorgiens
Le tarif de cette route des vins reflète un accompagnement entièrement privé, loin des circuits de groupe standardisés : guide francophone dédié, transport, hébergement chez le vigneron et surtout ce fameux guide des vins géorgiens de 430 pages, offert à chaque participant.
| Inclus dans le circuit | Non inclus dans le circuit |
|---|---|
| – Votre guide-accompagnateur personnel – Les entrées des attractions payantes – Une dégustation par jour – Prise en charge et retour à votre hôtel – Le transport en voiture (Essence et parking compris) – 7 nuits d’hôtel / maison d’hôtes avec petit-déjeuner – Les dîners avec alcool (vin & chacha) | – Les vols vers la Géorgie – Les transferts vers l’aéroport – L’assurance voyage – Les repas du midi – Les dépenses de nature personnelle – Les pourboires |
| Nombre de personnes | Prix par personne* |
|---|---|
| 1 | de 2490 € à 2690 € |
| 2 | de 1490 € à 1690 € |
| 3 | de 1150 € à 1350 € |
| 4 | de 995 € à 1195 € |
| Idées pour aller plus loin… Extension 1 : Une journée en Imérétie, deuxième région productrice de Géorgie Extension 2 : la boucle de Racha – Lechkhumi en 3 jours Extension 3 : Région archaïque de Meskhétie-Javakhétie en 3 jours Extension 4 : Une boucle en Arménie ? | |
Extension 1 : Une journée en Imérétie, deuxième région productrice de Géorgie
Contrairement aux deux précédentes extensions, plus confidentielles, l’Imérétie s’impose comme un passage presque incontournable pour qui veut comprendre le vin géorgien dans son ensemble : avec la Kakhétie, elle concentre à elle seule 95 % de l’encépagement national, façonnant profondément le style viticole du pays, tant en volume qu’en qualité. Nichés dans les gorges de la Rioni et de ses nombreux affluents, ses vignobles profitent d’une mosaïque de climats et de sols qui explique la diversité remarquable de ses vins. Le Tsitska et le Tsolikouri, souvent assemblés, dominent l’encépagement blanc et produisent des cuvées d’une belle tension, tandis que le Krakhuna apporte sa fraîcheur caractéristique ; côté rouge, c’est l’Otskhanuri Sapere qui règne, avec une élégance qui tranche parfois avec la puissance des vins kakhétiens.

La méthode de vinification iméritienne, elle aussi, mérite qu’on s’y attarde : ici, on utilise le churi plutôt que le qvevri, une jarre similaire enterrée dans le sol et dont les plus belles pièces sont encore façonnées à Shrosha, l’un des plus anciens centres de poterie de Géorgie, une étape que j’aime particulièrement intégrer au séjour. En ajoutant très peu de marc de raisin lors de la fermentation, les vignerons obtiennent des vins nettement plus légers qu’en Kakhétie, souvent cultivés sur de hauts poteaux ou en pergolas, une silhouette qui donne au paysage viticole iméritien son allure si particulière. Depuis le XIXe siècle, certains crus se sont taillé une réputation solide, à l’image du Krakhuna de l’AOP Sviri, du Tsolikouri d’Obcha ou du Tsitska de Kvaliti, sans oublier l’Aladasturi de Vani, plaisant vin léger à boire dans sa jeunesse. Enfin, impossible d’évoquer l’Imérétie sans mentionner ses vins mousseux, où le Tsitska est unanimement considéré comme le meilleur cépage du pays pour l’effervescence, ni sans faire un détour par Sachkhere, où le Dzelshavi, le Kvishkhuri (aussi appelé Goruli Mtsvane) et le cépage rouge Rko complètent une palette viticole d’une richesse pluriséculaire.
Extension 2 : la boucle de Racha – Lechkhumi en 3 jours
Cette extension permet de prolonger la route des vins vers l’un des vignobles les plus confidentiels du pays. La route serpente jusqu’au col de Nakerala, à 1 217 mètres d’altitude, avant de plonger vers une vallée encaissée où la rivière Rioni trace son chemin entre des sommets culminant à plus de 4 300 mètres. Cette relative inaccessibilité explique pourquoi la région reste l’une des plus confidentielles de Géorgie — et l’une des plus prestigieuses sur le plan viticole. Avec à peine 1 600 hectares de vignes disséminés sur un territoire largement forestier, Racha cultive une viticulture d’exception plutôt que de volume, où les cépages rouges aleksandrouli et mujuretuli, plantés sur les pentes ensoleillées de la rive droite du Rioni, donnent naissance au khvanchkara, ce vin semi-doux légendaire dont la réputation dépasse largement les frontières géorgiennes. Ici, la vinification traditionnelle en qvevri côtoie des méthodes plus modernes, signe d’une région qui a su préserver son âme sans renoncer à affiner son savoir-faire.

On raconte d’ailleurs que Staline lui-même, natif de Géorgie, aurait exigé que le khvanchkara soit servi lors de la conférence de Yalta en 1945, anecdote savoureuse qui en dit long sur le prestige attaché à ce vin rouge bien avant qu’il ne devienne une curiosité pour voyageurs occidentaux. L’Aleksandrouli, cépage roi de la rive droite, mérite qu’on s’y attarde tout particulièrement : c’est lui qui apporte au khvanchkara sa robe profonde et sa gourmandise naturelle, tandis que le mujuretuli, souvent assemblé à ses côtés, vient en adoucir la structure. Lechkhumi, plus à l’ouest, conserve quant à elle un patrimoine ampélographique d’une richesse insoupçonnée, la région comptait encore, au XIXe siècle, pas moins de dix-huit variétés rouges et vingt variétés blanches. C’est aussi dans ces gorges reculées, autour de Zubi, Okureshi et Isunderi, que naît l’usakhelouri, considéré comme le plus précieux et le plus rare des vins géorgiens, je ne manque jamais d’y réserver une dégustation, tant ce cépage confidentiel mérite qu’on lui consacre un moment à part. Cette extension s’adresse ainsi à ceux qui cherchent, au-delà du vin, une Géorgie plus sauvage, plus secrète, et infiniment plus intime.
Extension 3 : Route archaïque de Meskhétie-Javakhétie en 3 jours
Direction le sud de la Géorgie, pour un tout autre visage du pays : moins connue des amateurs de vin, la Meskhétie-Javakhétie n’en demeure pas moins, selon de nombreux historiens, le foyer le plus archaïque de toute la viticulture géorgienne. Cette région montagneuse conserve encore aujourd’hui des caves taillées à même la roche, des vignes centenaires et divers vestiges de vinification qui témoignent d’un lien millénaire entre l’homme et la vigne. Notre itinéraire commence pourtant par une étape thermale à Borjomi, célèbre pour ses eaux minérales et son vaste parc naturel, avant de rejoindre Akhaltsikhé et son impressionnante forteresse de Rabati. C’est en chemin, au détour de ces gorges creusées par la rivière Mtkvari et ses affluents, que se dévoilent les fameuses terrasses viticoles de Meskhétie, accrochées à des versants escarpés entre 900 et 1400 mètres d’altitude, un étagement qui offre, d’une zone à l’autre, des expressions aromatiques étonnamment variées.
Après des décennies d’abandon, ce vignoble renaît aujourd’hui grâce à une poignée de passionnés, au premier rang desquels Giorgi Natenadze, qui s’attache à faire revivre des cépages autochtones presque oubliés comme le chitistvala, littéralement « œil d’oiseau », en référence à ses petits grains ronds, aux côtés du meskhuri tetri et du meskhuri shavi. Ici, point d’AOP officielle : c’est un terroir encore en devenir, que je prends toujours plaisir à faire découvrir avant qu’il ne devienne, à son tour, une destination courue. Le troisième temps fort de cette boucle nous conduit à Vardzia, extraordinaire cité troglodyte du XIIe siècle, immense monastère creusé à même la falaise, où l’histoire spirituelle de la Géorgie rejoint son histoire viticole dans un même décor spectaculaire. Entre eaux thermales, forteresse médiévale et vignes retrouvées, cette extension complète naturellement la route des vins par une facette plus contemplative et moins fréquentée du pays.
Avez-vous déjà pris la route des vins géorgiens ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

