Œnologie : les vins du Monde Antique

Les vins géorgiens

Peu de pays entretiennent avec la vigne un lien aussi charnel que la Géorgie. Sur les pentes abritées du Caucase et dans ses vallées fertiles, on cultive le raisin et on fait le vin depuis le néolithique, et cette histoire millénaire fait aujourd’hui partie intégrante de l’identité nationale. Le vin se produit presque partout dans le pays, mais la Kakhétie et l’Imérétie concentrent à elles seules 95 % de la production. C’est aussi là que vit la méthode des qvevri, ces grandes jarres d’argile où fermente le raisin, inscrite en 2013 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La diversité des cépages donne le vertige : le pays abrite plus de 525 variétés endémiques, soit environ 10 % de tous les raisins de la planète. Pourtant, deux d’entre eux règnent en maîtres, le Rkatsiteli pour les blancs et le Saperavi pour les rouges, qui pèsent près de 85 % de la production. À l’échelle du vignoble, la Géorgie reste modeste, avec près de 50 000 hectares (contre 750 000 en France), plantés à 70 % de raisins blancs et à 30 % de raisins rouges. Elle compte environ 25 780 viticulteurs pour quelque 2 000 exploitations, là où la France en recense 84 000. Cette échelle humaine fait toute la richesse de l’œnotourisme géorgien, que je pratique moi-même au fil de circuits privés sur mesure : ici, on pousse la porte d’un chai familial, on descend dans le marani où dorment les qvevri et l’on partage la table du vigneron.

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Les vins arméniens

Il suffit de descendre dans la grotte d’Areni-1 pour toucher du doigt l’une des plus longues histoires viticoles de la planète : la tradition arménienne remonte à plus de 6 100 ans, sans interruption. Ce patrimoine se prolonge dans les vignes, avec plus de 450 cépages autochtones, dont l’Areni Noir et le Voskehat, et beaucoup poussent encore sur des pieds francs centenaires que le phylloxéra n’a jamais atteints. Le vignoble grimpe haut, souvent entre 1 000 et 1 800 mètres d’altitude, sur des sols volcaniques riches en minéraux qui donnent aux vins une structure profonde et une minéralité fumée très reconnaissable. Le climat continental y ajoute sa touche, car l’écart entre la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit ralentit la maturation des baies et préserve une acidité vive ainsi qu’une belle élégance aromatique. Aujourd’hui, une nouvelle génération de vignerons passionnés relance cet héritage, en remettant à l’honneur la fermentation dans les karas, ces jarres d’argile enterrées, pour des vins de terroir qui soutiennent la comparaison à l’international. C’est cette renaissance que je fais découvrir à travers mes circuits œnotouristiques sur mesure : des vignes d’altitude de la vallée d’Areni aux domaines de la plaine de l’Ararat, la dégustation se vit toujours en compagnie de ceux qui font le vin.

Les vins albanais

Rares sont les voyageurs qui imaginent trouver en Albanie une terre de vin, et c’est justement ce qui rend la découverte si savoureuse. Ce petit pays des Balkans, posé entre les eaux claires de l’Adriatique et les sommets des Alpes dinariques, cultive la vigne depuis plus de 6 000 ans, et il commence à peine à confier ses secrets. Le vignoble couvrait 10 842 hectares en 2019 et l’on recense plus de 70 domaines officiels. Une renaissance est en marche, portée par de jeunes vignerons passés par de grandes écoles d’œnologie européennes, qui reviennent travailler la terre de leurs aînés. Ils redonnent vie à des cépages autochtones comme le Kallmet, le Shesh ou la Debinë, pour des vins d’une authenticité rare, nés de terroirs restés préservés. Ajoutez à cela l’héritage de la viticulture illyrienne et la grande variété des climats et des sols, et vous obtenez l’une des destinations les plus prometteuses pour qui aime explorer les nouvelles frontières du vin européen. Pour les amateurs d’œnotourisme, c’est un terrain de jeu encore largement à défricher, où l’accueil des vignerons garde la simplicité des débuts.