Je vous emmène maintenant à la découverte de Sanahin, le « monastère frère » d’Haghpat, dont le nom signifie littéralement « celui-ci est plus vieux que celui-là ». Perché sur un haut plateau surplombant la ville d’Alaverdi, ce complexe majestueux fondé en 966 par le roi Achot III Bagratouni est un joyau de l’architecture médiévale arménienne, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. En déambulant dans ce dédale de basalte gris, je suis toujours saisi par l’aura de savoir qui émane de son académie et de sa célèbre bibliothèque, qui en faisaient l’un des centres intellectuels les plus rayonnants du Caucase au Moyen Âge. Ce n’est pas seulement un ensemble de cinq églises et de chapelles, mais un véritable conservatoire d’art lapidaire où des dizaines de khatchkars sculptés avec une finesse incroyable semblent monter la garde dans un silence éternel.
Temps de lecture estimé : 24 minutes
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- Histoire du monastère de Sanahin
- Bons plans en un clic
- Comment se rendre au Monastère de Sanahin ?
- Informations pratiques sur le Monastère de Sanahin
- Plan du Monastère de Sanahin
- Quoi voir dans le Monastère de Sanahin ?
- 1. L’Église Saint Astvatsatsin de Sanahin
- 2. & 4. Les Gavits de Sanahin
- 3. Église de Saint Amenaprkitch
- 5. Académie de Grégoire Magistros à Sanahin
- 6. Église de Saint Grégoire
- 7. La bibliothèque & 8. son portique
- 9. Le clocher de Sanahin
- 10. Le tombeau des Kiurikians
- 11. La tombe des Zakarian
- 12. Les Khachkars de Sanahin
- Visite guidée du monastère de Sanahin
- Un bon hôtel non loin du monastère de Sanahin ?
- Où manger un bout non loin du monastère de Sanahin ?
- FAQ sur le monastère de Sanahin
Remarque : cet article contient des liens d'affiliation, ce qui signifie que je peux percevoir des clopinettes si vous effectuez un achat en cliquant sur un lien (sans frais pour vous).
Histoire du monastère de Sanahin
Les racines d’une cité du savoir
En explorant les hauteurs d’Alaverdi, j’ai tout de suite été intrigué par le nom même de Sanahin, qui signifie littéralement « celui-ci est plus vieux que celui-là ». C’est une affirmation fière de son antériorité sur son voisin Haghpat, bien que les deux sites aient été fondés à peu près à la même époque. Si l’on en croit les sources, le complexe a été officiellement fondé en 966 par le roi Achot III Bagratouni, même si l’église la plus ancienne du site, Surb Astvatsatsin (Sainte-Mère-de-Dieu), remonte probablement aux années 930 ou 940. C’est la reine Khosrovanouche qui a véritablement lancé le développement du monastère en faisant bâtir l’église principale, Surb Amenaprkich (le Saint-Sauveur), pour honorer ses fils, les princes Smbat et Gourguen.
Au-delà de sa fonction religieuse, j’aime imaginer ce lieu comme une véritable cité universitaire médiévale bourdonnante d’activité. Dès la fin du Xe siècle, Sanahin est devenu le siège épiscopal du royaume de Lori et a accueilli l’un des centres d’enseignement les plus prestigieux de l’Arménie. Dans son académie et sa célèbre bibliothèque, on n’étudiait pas seulement la théologie, mais aussi la philosophie, la médecine, la musique et l’art de la calligraphie sous la direction de savants illustres comme Grigor Magistros Pahlavouni. Cette effervescence intellectuelle en a fait un foyer majeur de production de manuscrits, dont certains sont encore précieusement conservés aujourd’hui.
Splendeur, épreuves et renaissance
Après avoir subi les contrecoups des invasions seldjoukides à la fin du XIe siècle, le monastère a connu un second âge d’or spectaculaire sous l’impulsion de la puissante dynastie des Zakarian. C’est durant cette période, entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, que le complexe a pris l’allure monumentale que nous lui connaissons, avec l’ajout de structures essentielles comme le campanile à trois niveaux, de vastes vestibules (gavits) et le magnifique Matenadaran (bibliothèque) érigé en 1063. Je vous conseille d’ailleurs de jeter un œil au pont de Sanahin, construit en 1192 par la reine Vaneni, qui témoigne de l’importance stratégique et économique du site à cette époque.
Malgré les assauts dévastateurs des Mongols à partir de 1230, qui ont freiné ses activités, Sanahin a su traverser les siècles en restant un symbole de la résilience arménienne. Les murs de basalte gris ont survécu à de nombreux séismes, nécessitant des restaurations importantes, notamment au XVIIe siècle, pour stabiliser les structures et rénover les coupoles. Aujourd’hui, en déambulant entre ses dizaines de khatchkars finement ciselés et ses voûtes chargées d’histoire, on comprend pourquoi ce joyau est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis la fin des années 90.
Bons plans en un clic
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Visite privée de Haghpat, Sanahin, Odzun & Zarni-Parni depuis Erevan
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Comment se rendre au Monastère de Sanahin ?
Pour vous rendre à Alaverdi et explorer le Monastère de Sanahin, plusieurs options s’offrent à vous selon votre budget et votre envie d’aventure. Située dans le nord de l’Arménie, cette région est relativement accessible, même si elle demande un peu d’organisation une fois sur place.
Depuis Erevan
La solution la plus courante et la plus économique est de prendre une marshrutka (minibus local).
- Départ : Les minibus partent de la gare routière de Kilikia.
- Horaires : Il y a généralement des départs à 09:00, 14:00, 15:00 et 16:00.
- Tarif et durée : Le trajet coûte environ 1 500 AMD (soit environ 3 €) et dure entre 3 h 30 et 4 heures.
Si vous préférez plus de confort ou voyagez en groupe, le taxi est une excellente alternative via une plateforme comme GOTRIP.GE. Un trajet simple depuis Erevan coûte environ 17 000 AMD (38 €). Je vous recommande aussi la location de voiture si vous voulez être totalement libre de vos mouvements, car les routes sont décentes malgré les nombreux virages en épingle à cheveux. Dans ce cas, considérez Local Rent qui regroupe diverses agences locales proposant des tarifs compétitifs, avec de nombreux véhicules incluant une assurance tous risques SANS caution.
Depuis la Géorgie (Tbilissi)
Le Monastère d’Haghpat est en fait plus proche de Tbilissi que d’Erevan (environ 110 km).
- En bus : Vous pouvez grimper dans une marshrutka à la station Ortachala en direction d’Erevan ou de Gyumri, et demander au chauffeur de vous déposer à Alaverdi.
- En excursion : De nombreuses agences basées à Tbilissi proposent des sorties à la journée pour visiter les monastères de Haghpat et Sanahin. Voir plus bas.
Informations pratiques sur le Monastère de Sanahin
Horaires et temps de visite
Tout comme son voisin Haghpat, le monastère de Sanahin n’a pas d’horaires d’ouverture officiels strictement affichés, mais il est généralement conseillé d’arriver entre 10h00 et le coucher du soleil. Pour ma part, je vous suggère de prévoir au minimum 45 à 60 minutes sur place. Le complexe est vaste, et entre les églises, les narthex (gavits), le clocher et les salles souterraines, on perd vite la notion du temps à admirer les détails des sculptures.
Prix de l’entrée
C’est un point que votre budget appréciera : l’accès au monastère est totalement gratuit. Cependant, n’oubliez pas que ces sites vivent souvent de la générosité des visiteurs. Je vous conseille donc de garder un peu de monnaie pour glisser une petite contribution dans les boîtes de dons. C’est aussi indispensable si vous craquez pour un souvenir dans les petits étals aux alentours.
Conseils pratiques et accessibilité
- Code vestimentaire : En tant que lieu sacré, une tenue respectueuse est de mise. Veillez à couvrir vos épaules et vos genoux. Mesdames, je vous recommande d’avoir toujours un foulard dans votre sac pour vous couvrir les cheveux une fois à l’intérieur des édifices.
- La perle cachée : La magnifique bibliothèque (Matenadaran) est souvent fermée à clé. N’hésitez pas à solliciter poliment le gardien ou le responsable pour qu’il vous l’ouvre ; c’est un endroit sublime où l’on a retrouvé le plus vieux livre en langue arménienne.
- Accessibilité : Le site est globalement accessible aux personnes en fauteuil roulant pour les extérieurs, mais gardez en tête que l’intérieur de certaines salles présente des marches ou des passages étroits assez ardus.
Plan du Monastère de Sanahin

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Quoi voir dans le Monastère de Sanahin ?
Il y a beaucoup de chose à voir dans le monastère d’Haghpat et il faut particulièrement faire attention aux détails. Je vais essayer de vous mentionner les principaux points à ne pas manquer.
1. L’Église Saint Astvatsatsin de Sanahin
L’église Surb Astvatsatsin (Sainte-Mère-de-Dieu) est le véritable cœur historique du complexe de Sanahin, puisqu’elle en est l’édifice le plus ancien. Sa construction remonte à la première moitié du Xe siècle, entre 930 et 950 environ, sous le règne du roi Abas Ier Bagratouni. Bien que son aspect extérieur soit rectangulaire, ne vous y trompez pas : l’intérieur révèle un plan en croix grecque surmonté d’une coupole, un exemple primitif et précieux de ce type architectural classique en Arménie. C’est autour de ce petit bijou de basalte gris poli que le reste du monastère s’est patiemment développé au fil des siècles.
En franchissant son seuil, j’aime particulièrement chercher les traces de fresques anciennes qui ornaient autrefois ses murs, même s’il n’en reste aujourd’hui que de fragiles fragments. La coupole que vous admirerez lors de votre passage n’est d’ailleurs pas celle d’origine ; le tambour, initialement multifacettes, a été reconstruit sous une forme cylindrique plus simple lors d’une grande rénovation en 1652. Juste devant l’église, vous ne pourrez pas manquer son vaste vestibule (ou gavit) ajouté en 1211 par le prince Vache Vachutyan. Avec ses trois nefs et sa façade percée de grandes arches, ce narthex unique crée une transition monumentale et élégante vers le silence sacré de la vieille église.
2. & 4. Les Gavits de Sanahin
Lors de mon passage à Sanahin, j’ai été immédiatement frappé par l’ampleur du gavit de l’église Saint-Sauveur (Amenaprkich), une structure monumentale achevée en 1181 sous l’impulsion de la dynastie des Kyurikides. Cet immense vestibule carré, soutenu par quatre piliers massifs reliés entre eux par des arcs puissants, servait autrefois de lieu de réunion et de nécropole pour les dignitaires et les évêques. En levant les yeux vers le plafond, vous pourrez admirer une coupole centrale basse qui filtre une lumière tamisée sur les chapiteaux ornés de sculptures d’animaux symboliques et de motifs entrelacés. C’est une œuvre remarquable de l’architecte Zhamhayr, dont le nom est resté gravé dans la pierre, et je trouve que l’acoustique y est particulièrement envoûtante, rappelant le passé glorieux de cette académie médiévale.
Un peu plus loin, je vous conseille de ne pas manquer le gavit de l’église de la Mère de Dieu (Astvatsatsin), qui présente un style architectural tout à fait différent et plus tardif, datant de 1211. Contrairement au précédent, ce vestibule commandé par le prince Vache Vachutyan se distingue par ses trois nefs et sa façade occidentale percée de grandes ouvertures voûtées, lui donnant l’allure d’une galerie ouverte sur le complexe. L’intérieur est d’une grande sobriété, avec des colonnes basses et massives en basalte gris poli qui témoignent du savoir-faire des tailleurs de pierre arméniens. C’est un espace que j’apprécie beaucoup pour sa transition douce entre la nature environnante et le silence sacré des vieilles églises, offrant un cadre idéal pour observer les détails des khatchkars qui parsèment le sol.

3. Église de Saint Amenaprkitch
L’église Surb Amenaprkich (le Saint-Sauveur) est sans conteste le monument le plus imposant et le cœur vibrant du complexe de Sanahin. Érigée entre 957 et 966 par la reine Khosrovanouche, elle a été conçue pour assurer la protection et la prospérité de ses fils, les princes Smbat et Gourguen. C’est un édifice majestueux de type croix coupole, dont les proportions massives dominent l’ensemble architectural et servent de point d’ancrage à toutes les structures voisines. J’ai toujours été impressionné par la puissance qui se dégage de ses murs de basalte poli, abritant à l’intérieur des chapelles d’angle sur deux étages qui témoignent de la complexité du savoir-faire médiéval arménien.
En faisant le tour du bâtiment, je vous conseille de lever les yeux vers le sommet de la façade orientale pour admirer l’un des joyaux sculpturaux du site : un bas-relief représentant les deux princes fondateurs tenant fièrement entre eux la maquette de leur église. Cette œuvre d’art lapidaire est particulièrement célèbre car elle a servi de modèle pour de nombreux autres monastères, dont celui d’Haghpat. Bien que le temps et les séismes aient nécessité plusieurs restaurations importantes au fil des siècles, notamment en 1181 après un tremblement de terre dévastateur et à nouveau au XVIIe siècle, l’église a conservé toute sa splendeur originelle. En pénétrant dans la pénombre de la nef, vous pourrez encore apercevoir quelques fragiles traces de fresques anciennes qui ornaient autrefois les parois, rappelant que ce lieu était, à son âge d’or, aussi coloré que spirituel.

5. Académie de Grégoire Magistros à Sanahin
En me baladant entre les églises Surb Astvatsatsin et Surb Amenaprkich à Sanahin, j’aime m’arrêter dans l’espace couvert qui les relie : c’est là que se trouve la célèbre académie, ou séminaire, de Grégoire Magistros. Érigée au XIe siècle, cette structure est un exemple unique d’architecture civile médiévale, se présentant sous la forme d’une galerie voûtée dont la conception visait à favoriser l’étude. Ce qui me frappe toujours, ce sont ces niches creusées dans les murs et placées tout près les unes des autres, qui servaient autrefois de sièges de pierre pour les étudiants pendant les leçons. On y enseignait bien plus que la simple théologie, puisque les élèves se penchaient aussi sur la philosophie, la médecine, la musique, la calligraphie ou encore la science du calendrier.
Le nom de ce lieu rend hommage à Grigor Magistros Pahlavuni, un immense savant, philosophe et linguiste arménien qui y a prodigué son savoir à l’apogée du monastère. Je trouve fascinant d’imaginer l’effervescence intellectuelle qui régnait ici au Moyen Âge, faisant de Sanahin l’un des centres d’enseignement les plus prestigieux de tout le Caucase. Grâce à l’influence de maîtres comme lui, l’académie attirait de nombreux scribes et archimandrites, transformant le complexe en une véritable cité universitaire où les sciences et la religion se rencontraient pour le bien du peuple. C’est un passage obligé lors de votre visite pour ressentir l’aura de sagesse et de silence qui imprègne encore aujourd’hui ces vieux murs de basalte.

6. Église de Saint Grégoire
Je vous invite maintenant à jeter un œil à la charmante église Surb Grigor (Saint-Grégoire-l’Illuminateur), une structure plus modeste mais absolument fascinante située à environ 12 mètres à l’est de l’église Astvatsatsin. Elle a été fondée en 1061 par la reine Hranush, et ce qui me marque à chaque fois, c’est son ingéniosité architecturale : alors que son aspect extérieur est parfaitement circulaire, son cœur intérieur dévoile une forme de croix grecque couronnée par une coupole centrale à quatre autels. Observez bien la finesse des colonnes décoratives qui ornent son portail et les niches triangulaires sculptées dans le basalte gris, des détails qui témoignent du grand savoir-faire des artisans du XIe siècle. Malheureusement, le dôme que nous admirons aujourd’hui n’est pas celui d’origine, car un tremblement de terre a forcé les bâtisseurs à le reconstruire entièrement en 1652, modifiant un peu les proportions et la symétrie initiales de ce petit sanctuaire. Pour moi, cet édifice complète à merveille l’équilibre de Sanahin, s’insérant dans ce groupe de bâtiments historiques où la science et la religion se rencontraient autrefois pour le bien du peuple.
7. La bibliothèque & 8. son portique
Lors de mes pérégrinations à Sanahin, j’ai été fasciné par son Matenadaran, une bibliothèque monumentale qui témoigne du rayonnement intellectuel exceptionnel de ce monastère au Moyen Âge. Érigée en 1063 sous l’impulsion de la reine Hranush et du père Dioscoros Sanahnetsi, elle est considérée aujourd’hui comme la plus ancienne et la plus vaste structure de ce type conservée en Arménie. Ce lieu n’était pas qu’un simple entrepôt de livres, mais le cœur battant d’une véritable cité universitaire où les moines produisaient et étudiaient de précieux manuscrits enluminés.
Son architecture est un véritable bijou d’ingéniosité technique : le bâtiment suit un plan carré où quatre piliers massifs, ornés de sculptures variées, soutiennent un système d’arches croisées formant un espace central surmonté d’une coupole octogonale. En observant attentivement les murs de basalte gris, vous remarquerez de profondes niches voûtées qui servaient autrefois de coffres-forts pour protéger les manuscrits et les reliques sacrées de la communauté. Cette double fonction de dépôt de livres et de trésor liturgique explique pourquoi l’édifice est également connu sous le nom de Nshkharatun.
Pour découvrir l’intérieur de ce sanctuaire du savoir, je vous donne un petit conseil d’ami : sollicitez poliment le gardien du site pour qu’il vous en ouvre les portes, car la bibliothèque est malheureusement souvent fermée à clé. C’est pourtant un passage obligé, car c’est ici qu’a été conservé pendant des siècles le plus ancien livre connu en langue arménienne. L’atmosphère de silence et de sagesse qui imprègne encore ces vieilles voûtes de pierre vous transportera instantanément à l’époque où calligraphes et philosophes se réunissaient pour préserver la culture nationale.

9. Le clocher de Sanahin
Impossible de rater la silhouette imposante du clocher de Sanahin qui domine fièrement le complexe depuis son achèvement en 1235. Cet édifice à trois étages, qui est d’ailleurs l’un des plus anciens exemples de ce type en Arménie, m’a fasciné par sa structure géométrique très robuste et ingénieuse. Au rez-de-chaussée, j’ai découvert une simple salle voûtée dont l’entrée se cache sur le côté nord, tandis qu’un escalier de pierre asymétrique situé sur la façade ouest permet d’accéder aux niveaux supérieurs. En montant, on arrive au deuxième étage qui abrite trois petites apses communicantes ; j’y ai appris, grâce à une inscription d’époque, que le monument fut construit par un certain Vag, fils d’Abas. Le clocher culmine véritablement au troisième étage dans une salle ouverte où un système complexe d’arches croisées, soutenu par quatre paires de colonnes, supporte la coupole finale ornée de six colonnettes. De l’extérieur, j’admire tout particulièrement la grande croix en granit rouge finement sculptée qui ressort sur le basalte gris de la façade occidentale, une touche de couleur vibrante qui termine magnifiquement cet ensemble. Pour moi, ce clocher est bien plus qu’une simple tour : il illustre parfaitement ce point de rencontre entre la science architecturale et la spiritualité qui faisait le rayonnement de Sanahin au Moyen Âge.

10. Le tombeau des Kiurikians
Pour finir votre tour du côté des nécropoles, je vous suggère de faire une halte devant la tombe des Kiurikians, une structure qui m’a fasciné par son allure pour le moins originale. Édifiée entre la fin du Xe et le début du XIe siècle, cette sépulture se présente sous la forme d’une galerie voûtée en berceau, mais ce qui attire immédiatement l’œil, ce sont les trois chapelles miniatures qui semblent littéralement « pousser » sur son toit. Imaginez deux petites coupoles circulaires encadrant une structure rectangulaire centrale, le tout perché au-dessus de la nef funéraire : c’est un exemple unique d’ingéniosité architecturale médiévale. Ce mausolée servait de dernière demeure aux rois de la dynastie des Kyurikides, une branche des Bagratides qui a fait de Sanahin son centre administratif et spirituel majeur. En observant ces pierres de basalte poli, on ressent toute l’importance de cette lignée qui, pendant des siècles, a veillé sur le rayonnement intellectuel et la protection du monastère.
11. La tombe des Zakarian
En vous aventurant vers le nord-ouest du complexe de Sanahin, vous découvrirez la sépulture de la puissante dynastie des Zakarian, un monument qui m’a fasciné par son architecture à double facette. Érigé en 1189 par les célèbres frères Ivane et Zakaré, ce mausolée a été conçu pour honorer la mémoire de leur père Sargis et de leur grand-père Vahram. Ce qui rend ce lieu vraiment unique à mes yeux, c’est sa partie orientale datant du tournant du XIe siècle, où trois minuscules chapelles — une rectangulaire flanquée de deux circulaires — semblent surgir directement du toit voûté. La section occidentale, ajoutée plus tard, se distingue quant à elle par son portail sculpté avec soin et son toit double, créant un ensemble funéraire imposant qui témoigne du prestige de cette lignée pour l’Arménie médiévale.
12. Les Khachkars de Sanahin
En vous promenant dans le dédale de basalte de Sanahin, vous remarquerez vite que le site est une véritable forêt de pierres dressées. On y dénombre environ 50 khatchkars encore debout, sculptés avec une finesse qui force le respect. Ces « pierres-croix » ne sont pas de simples éléments décoratifs ; elles racontent l’histoire des donateurs et des maîtres artisans qui ont fait la gloire du monastère entre le Xè et le XIIIè siècle.
Le monument le plus emblématique reste sans aucun doute le khatchkar de Grigor Tuteordi. Érigé en 1184 contre le mur nord de l’église Surb Harutyun, ce chef-d’œuvre est signé par le maître Mkhitar Kazmich. J’ai été fasciné par la précision de ses entrelacs, qui lui valent d’être considéré comme l’un des spécimens les plus précieux au niveau artistique et historique dans toute l’Arménie. On dit souvent de ces œuvres qu’elles ressemblent à de la dentelle de pierre, et celle-ci en est la preuve éclatante.
Une autre pièce maîtresse à ne pas manquer est le khatchkar de Sargis, datant de 1215. Il a été dressé sur la tombe d’un certain Sargis, tombé lors des guerres contre les émirats musulmans. Situé le long d’un mur, il témoigne de la ferveur et de la résilience des nobles arméniens de l’époque zakaride. Prenez vraiment le temps d’observer les détails au centre de ces croix : chaque motif est unique et symbolise l’arbre de vie ou la victoire sur la mort.

Visite guidée du monastère de Sanahin
J’ai trouvé les 3 meilleurs excursions dans la région. La première est une excursion en groupe d’une journée au départ de Tbilissi pour découvrir le patrimoine UNESCO de la région. La seconde est une visite privée au départ d’Erevan avec en plus Zarni-Parni et Odzun. Enfin, la troisième est une excursion en groupe au départ d’Erevan avec en plus Akhtala.
Un bon hôtel non loin du monastère de Sanahin ?
Lors de votre passage au monastère de Sanahin, je vous suggère de faire une halte à la Sanahin Pottery House, un lieu unique fondé par la jeune entrepreneuse Alla Avetisyan qui allie magnifiquement l’art et le bien-être. Installé tout près du site historique, cet établissement est bien plus qu’un simple atelier : c’est une véritable immersion dans le mode de vie traditionnel des villages arméniens, où l’on peut s’initier à la poterie ou à la fabrication de tapis lors de masterclasses passionnantes. Au-delà de l’aspect créatif, l’endroit propose des expériences de soins originales comme la thérapie par l’argile méditative, des enveloppements corporels ou encore des massages aux pierres chaudes utilisant du basalte volcanique. En parcourant l’atelier, vous pourrez également admirer des outils et objets du quotidien autrefois utilisés par les villageois, tout en profitant d’une vue imprenable sur les paysages de Lori. Pour ceux qui souhaitent prolonger cette parenthèse enchantée, la maison fait aussi office de guesthouse pouvant accueillir jusqu’à six personnes, offrant ainsi une retraite paisible au cœur des montagnes.

Où manger un bout non loin du monastère de Sanahin ?
Mendz Er, un nom qui se traduit tout simplement par « Grande Grotte » en arménien. L’histoire du lieu est assez incroyable, puisque ce qui n’était au départ qu’une simple étable pour chèvres a été métamorphosé par deux frères, en un complexe original regroupant un musée, des ateliers d’artisanat et un restaurant panoramique. Lors de l’aménagement du site, ils ont même découvert une cavité naturelle de plus de 300 mètres de long s’enfonçant profondément dans la montagne vers le monastère de Sanahin. Pour les gourmands, c’est l’endroit rêvé pour tester l’ Egh u Jil, la fondue arménienne traditionnelle, tout en profitant d’une terrasse qui offre sans doute l’une des vues les plus spectaculaires et vertigineuses sur tout le canyon de Debed. Je vous suggère également de descendre jeter un œil à la partie de la grotte transformée en bar, où les lampes de sel créent une atmosphère feutrée et magique absolument unique.
FAQ sur le monastère de Sanahin
La traduction littérale est assez amusante : « celui-ci est plus vieux que celui-là » (Sa nranic hin eh). C’est une référence directe à son voisin Haghpat. La légende raconte qu’une dispute aurait éclaté entre un maître architecte et son fils. Ce dernier serait parti construire Haghpat, et son père, en voyant les murs s’élever, aurait affirmé la supériorité de son propre ouvrage, plus ancien.
Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, Sanahin est l’un des plus beaux exemples de l’architecture religieuse médiévale arménienne. À son apogée, entre le Xè et le XIIIè siècle, ce n’était pas seulement un lieu de culte, mais une véritable cité universitaire où calligraphes, scientifiques et philosophes se réunissaient. J’aime particulièrement l’harmonie qui se dégage de ses bâtiments en basalte gris poli, qui semblent avoir poussé organiquement les uns contre les autres.
Avez-vous déjà visiter le monastère de Sanahin? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.


