Pour moi, le monastère d’Haghpat est bien plus qu’une simple étape : c’est un véritable balcon sur l’histoire, niché à mi-pente d’une colline verdoyante pour surplomber majestueusement la rivière Debed. Fondé en 976 par la reine Khosrovanush afin d’assurer la protection divine de ses fils, les princes Smbat et Gourguen, ce chef-d’œuvre classé au patrimoine mondial de l’UNESCO incarne l’âge d’or de l’architecture médiévale arménienne en fusionnant avec élégance les influences locales et byzantines. Bien que son nom signifie littéralement « mur solide », l’austérité de ses pierres en basalte cache un passé foisonnant où des centaines de moines étudiaient les sciences, la théologie et la calligraphie, faisant de ce lieu l’un des foyers intellectuels les plus vibrants de tout le Caucase au Moyen Âge. J’aime particulièrement sa situation géographique choisie par geste d’humilité : contrairement à d’autres édifices trônant fièrement sur les sommets, Haghpat se blottit au cœur du paysage, offrant ainsi une atmosphère de sérénité et de spiritualité absolument unique.
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- Histoire du monastère d’Haghpat
- Bons plans en un clic
- Comment se rendre au Monastère d’Haghpat ?
- Informations pratiques sur le Monastère d’Haghpat
- Plan du Monastère d’Haghpat
- Quoi voir dans le Monastère d’Haghpat ?
- Visite guidée du monastère d’Haghpat
- Un bon hôtel non loin du monastère d’Haghpat ?
- Où manger un bout non loin du monastère d’Haghpat ?
- FAQ sur le monastère d’Haghpat
Remarque : cet article contient des liens d'affiliation, ce qui signifie que je peux percevoir des clopinettes si vous effectuez un achat en cliquant sur un lien (sans frais pour vous).
Histoire du monastère d’Haghpat
La naissance d’un joyau et son âge d’or intellectuel
Tout commence en 976, sous le règne de la dynastie des Bagratides. C’est la reine Khosrovanouche, épouse du roi Achot III le Miséricordieux, qui ordonne la fondation du monastère pour assurer la protection divine de ses fils, les futurs rois Smbat et Gourguen. La construction de l’église principale, Surb Nshan (le Saint Signe), s’achève vers 991 et reste aujourd’hui le bâtiment le plus emblématique du site. Une sculpture émouvante sur la façade orientale représente d’ailleurs les deux princes tenant ensemble une maquette de l’église, figeant ainsi leur héritage dans la pierre. Haghpat n’a pas été bâti au sommet de la colline, mais à mi-pente, un choix architectural symbolisant l’humilité face à Dieu.
Rapidement, le monastère dépasse sa fonction religieuse pour devenir un centre scientifique et culturel de premier plan dans tout le Caucase. À son apogée, plus de 500 moines y vivaient, étudiant la théologie, la musique, la médecine et l’astronomie. Haghpat est devenu célèbre pour sa bibliothèque et son scriptorium, où des calligraphes et des peintres de miniatures créaient des chefs-d’œuvre comme le célèbre Évangile d’Haghpat de 1211. Des érudits de renom, tels que Grigor Magistros ou Hovhannes Sargavan, y enseignaient, faisant du canyon de Debed un véritable phare du savoir médiéval.
Entre destructions, résilience et renouveau poétique
Le destin d’Haghpat bascule au XIIIe siècle avec les invasions mongoles de 1236, qui marquent le début d’une période de pillages et de saccages. Le site subit ensuite les assauts des armées de Tamerlan, puis des Ottomans, forçant les moines à redoubler d’ingéniosité pour protéger leurs trésors. C’est à cette époque que la bibliothèque a été transformée en cellier enterré : on y cachait les précieux manuscrits, et parfois même du vin, dans des jarres creusées dans le sol pour les dérober au regard des envahisseurs. Malgré ces épreuves, le monastère a toujours été restauré, preuve de son importance vitale pour l’identité arménienne.
Une paix durable s’installe finalement entre 1759 et 1795, permettant au monastère de connaître une seconde renaissance intellectuelle. C’est durant cette période qu’Haghpat accueille le célèbre poète lyrique Sayat-Nova, qui y vécut une partie de sa vie sous le nom de frère Stépanos. Après avoir été restauré à l’époque soviétique, le monastère a perdu ses moines mais a gagné une reconnaissance mondiale en étant le premier site d’Arménie inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996. Aujourd’hui, en marchant entre ses murs de basalte, on ressent encore cette atmosphère de sérénité et cette force tranquille qui ont traversé les siècles.
Bons plans en un clic
Depuis Erevan : Excursion en groupe à partir de 39 € par personne
Visite privée de Haghpat, Sanahin, Odzun & Zarni-Parni depuis Erevan
Depuis Tbilissi : Excursion en groupe à la journée
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Comment se rendre au Monastère d’Haghpat ?
Pour vous rendre à Alaverdi et explorer le Monastère d’Haghpat, plusieurs options s’offrent à vous selon votre budget et votre envie d’aventure. Située dans le nord de l’Arménie, cette région est relativement accessible, même si elle demande un peu d’organisation une fois sur place.
Depuis Erevan
La solution la plus courante et la plus économique est de prendre une marshrutka (minibus local).
- Départ : Les minibus partent de la gare routière de Kilikia.
- Horaires : Il y a généralement des départs à 09:00, 14:00, 15:00 et 16:00.
- Tarif et durée : Le trajet coûte environ 1 500 AMD (soit environ 3 €) et dure entre 3 h 30 et 4 heures.
Si vous préférez plus de confort ou voyagez en groupe, le taxi est une excellente alternative via une plateforme comme GOTRIP.GE. Un trajet simple depuis Erevan coûte environ 17 000 AMD (38 €). Je vous recommande aussi la location de voiture si vous voulez être totalement libre de vos mouvements, car les routes sont décentes malgré les nombreux virages en épingle à cheveux. Dans ce cas, considérez Local Rent qui regroupe diverses agences locales proposant des tarifs compétitifs, avec de nombreux véhicules incluant une assurance tous risques SANS caution.
Depuis la Géorgie (Tbilissi)
Le Monastère d’Haghpat est en fait plus proche de Tbilissi que d’Erevan (environ 110 km).
- En bus : Vous pouvez grimper dans une marshrutka à la station Ortachala en direction d’Erevan ou de Gyumri, et demander au chauffeur de vous déposer à Alaverdi.
- En excursion : De nombreuses agences basées à Tbilissi proposent des sorties à la journée pour visiter les monastères de Haghpat et Sanahin. Voir plus bas.
Informations pratiques sur le Monastère d’Haghpat
Horaires et temps de visite
Il n’existe pas d’horaires d’ouverture officiels strictement définis pour le monastère d’Haghpat. Cependant, je vous conseille d’arriver entre 10h00 et le coucher du soleil pour être certain de pouvoir explorer l’ensemble des bâtiments. Le site est accessible toute l’année. Pour bien profiter de la sérénité du lieu et explorer chaque recoin (église, gavit, bibliothèque, campanile), je vous recommande de prévoir au minimum 45 à 60 minutes sur place.
Prix de l’entrée
Bonne nouvelle pour votre budget : la visite du monastère d’Haghpat est entièrement gratuite. Bien qu’il n’y ait pas de ticket d’entrée, je vous suggère de prévoir un peu de monnaie (cash) pour laisser une petite contribution dans les boîtes de dons destinées à l’entretien du site, ou si vous souhaitez acheter un souvenir.
Conseils pratiques et accessibilité
- Tenue vestimentaire : Comme dans tous les lieux de culte en Arménie, la tradition exige une tenue respectueuse. Prévoyez de quoi couvrir vos genoux et vos épaules. Pour les femmes, il est d’usage d’avoir un foulard pour se couvrir les cheveux une fois à l’intérieur des églises.
- Accessibilité : Le site est globalement accessible aux personnes en fauteuil roulant, ce qui est assez rare pour des monastères médiévaux. Notez toutefois que certaines salles spécifiques ou passages étroits peuvent rester difficiles d’accès.
- Signétique : Les panneaux explicatifs sur place sont limités. Pour ne rien manquer de l’histoire fascinante de la reine Khosrovanush ou des détails de l’église Surb Nshan, je vous conseille de vous documenter un peu à l’avance.
- Pour les curieux : Si vous vous sentez l’âme d’un explorateur, vous pouvez parfois essayer de demander poliment au gardien de vous ouvrir l’accès au campanile. C’est une expérience unique, même si, par tradition, l’accès aux niveaux supérieurs est normalement réservé aux hommes.
Plan du Monastère d’Haghpat

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Quoi voir dans le Monastère d’Haghpat ?
Il y a beaucoup de chose à voir dans le monastère d’Haghpat et il faut particulièrement faire attention aux détails. Je vais essayer de vous mentionner les principaux points à ne pas manquer.
1. Le Gavit d’Haghpat
Quand on arrive devant l’église principale d’Haghpat, Surb Nshan, on est accueilli par son impressionnant gavit, ce vaste narthex médiéval construit entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle. Pour moi, c’est l’un des espaces les plus habités du complexe, car il ne servait pas uniquement de vestibule religieux : c’était un véritable foyer social et intellectuel où les moines se réunissaient pour débattre, où l’on enseignait aux novices et où les fidèles assistaient aux cérémonies. En marchant sur les dalles de basalte, on réalise aussi que ce lieu faisait office de nécropole solennelle, abritant les sépultures de la haute noblesse et des dignitaires de l’époque. La façade extérieure, ornée d’arcades sculptées et de tympans gravés de lettres finement ciselées, témoigne magnifiquement de la splendeur de l’architecture médiévale arménienne.
D’un point de vue structurel, ce gavit est une véritable prouesse qui se distingue par un choix technique particulièrement audacieux. Plutôt que de s’appuyer sur les quatre colonnes centrales habituelles dans ce type d’édifice, le maître d’œuvre n’en a utilisé que deux, ce qui libère un volume intérieur surprenant et rare. Ces deux piliers massifs reçoivent un réseau d’arches croisées qui s’élancent vers le plafond pour soutenir la voûte avec une force et une élégance impressionnantes. Au centre de cet entrelacs de pierre, j’adore observer le « yerdik », cette ouverture zénithale surmontée d’une petite rotonde qui laisse filtrer une lumière douce, créant une atmosphère sereine propice au recueillement. Cette ingéniosité architecturale, fusionnant les styles byzantin et caucasien, a d’ailleurs permis au bâtiment de traverser les siècles et les séismes en restant presque intact.

2. Église Surb Nshan
L’église principale du complexe, Surb Nshan (le Saint-Signe), est pour moi un chef-d’œuvre de basalte sombre dont la silhouette massive se détache magnifiquement sur le paysage de Lori. Construite entre 976 et 991 sur l’ordre de la reine Khosrovanouche pour la gloire de ses fils, elle est le fruit du génie du célèbre architecte Trdat, l’homme qui a également œuvré sur le dôme de Sainte-Sophie à Constantinople. Même si l’extérieur affiche une allure rectangulaire assez sobre typique de l’époque, je vous conseille de bien observer le fronton oriental : vous y découvrirez une sculpture fascinante des princes Smbat et Gourguen présentant ensemble une maquette du bâtiment. À l’intérieur, le plan en « croix inscrite » se dévoile avec une grande clarté, porté par quatre piliers robustes reliés par des arcades ogivales qui soutiennent la coupole centrale rénovée au XIIe siècle.
En franchissant le portail, j’ai été immédiatement saisi par l’atmosphère solennelle que dégagent les fragments de fresques médiévales encore visibles sur les parois. Le cul-de-four de l’abside est occupé par une représentation monumentale de la Déisis, où un Christ en trône est flanqué de la Vierge Marie et de Jean le Baptiste dans une attitude de prière. Juste en dessous, vous pourrez admirer la fresque de l’Eucharistie où le Christ apparaît deux fois derrière l’autel, une particularité iconographique servant à illustrer la distribution simultanée du pain et du vin. Les murs conservent également des scènes des grandes fêtes chrétiennes, comme la Nativité ou le Baptême, accompagnées d’inscriptions bilingues en arménien et en géorgien qui soulignent l’importance d’Haghpat comme carrefour spirituel majeur au Moyen Âge.

3. La galerie et l’église d’Hamazasp
En me baladant entre le gavit et l’imposant bâtiment Hamazasp, je tombe souvent sous le charme de la galerie couverte qui relie ingénieusement ces deux espaces. Ce passage n’est pas qu’une simple zone de transition : il abrite le magnifique portail nord de l’église Surb Nshan et mène directement vers la bibliothèque (Matenadaran) du monastère. Ce que je préfère ici, c’est m’arrêter pour admirer les nombreux khatchkars (pierres-croix) alignés le long des murs, et plus particulièrement le célèbre « Amenaprkich » ou « Sauveur de tous ». Sculpté en 1273 par le maître Vahram, ce chef-d’œuvre représente une scène de la Crucifixion d’une finesse rare, autrefois rehaussée par une teinture rouge éclatante extraite de cochenilles. C’est un endroit vraiment paisible qui permet de ressentir toute la richesse architecturale et spirituelle du site.
L’imposant bâtiment Hamazasp se distingue par ses dimensions colossales, étant la plus vaste structure de tout le complexe. Construit entre 1253 et 1257 sous l’égide de l’abbé dont il porte le nom, ce vaste narthex (ou jamatoum) indépendant dégage une austérité fascinante : dépourvu de fenêtres ou de décorations extérieures, à l’exception de son portail, il ressemble presque à une immense grange en pierre. Une fois à l’intérieur, je suis toujours impressionné par le volume libéré par ses quatre piliers massifs qui soutiennent une coupole percée d’un « yerdik », cette ouverture zénithale laissant passer une lumière tamisée. Ce lieu servait autrefois de foyer social pour les débats des moines, de salle d’études musicales ou même de tribunal, et son atmosphère unique a d’ailleurs servi de décor à plusieurs scènes du film culte de Paradjanov, La Couleur de la grenade. Au fond de la grande salle, je vous suggère également de jeter un œil à la petite chapelle intégrée, qui était probablement réservée à l’usage exclusif de l’abbé.

4. La bibliothèque d’Haghpat
Le Matenadaran (la bibliothèque) témoigne de l’incroyable effervescence intellectuelle du monastère au Moyen Âge. Construite initialement au milieu du XIe siècle avec un toit en bois, elle a été reconstruite entre 1258 et 1262 avec une voûte de pierre aux arches croisées impressionnante, ne reposant sur aucune colonne centrale. Ce qui me fascine toujours ici, c’est l’ingéniosité des moines : face aux menaces d’invasions mongoles au XIIIe siècle, ils ont enterré le bâtiment sous une butte de terre pour le protéger, le transformant en une structure quasi souterraine dont seul dépasse aujourd’hui le sommet du toit. À l’intérieur, vous remarquerez d’étranges trous dans le sol ; s’ils servaient à l’origine de niches pour préserver les précieux manuscrits et parchemins de l’humidité, ils ont plus tard été utilisés comme jarres pour cacher du vin ou de la nourriture aux yeux des pillards. C’est un lieu chargé d’une atmosphère fraîche et mystérieuse, où l’on imagine sans peine les calligraphes à l’œuvre sur le célèbre Évangile d’Haghpat avant que le silence ne retombe sur ces murs de basalte.
5. Le campanile d’Haghpat
Quand je me promène à Haghpat, mon regard est inévitablement attiré par son campanile indépendant, une structure que je trouve absolument fascinante par sa complexité architecturale. Érigée en 1245 sous la direction de l’abbé Hamazasp, cette tour-clocher (ou Zangakatun) se dresse majestueusement dans un espace dégagé, ce qui permet de l’admirer sous tous les angles depuis n’importe quel point du monastère. C’est une véritable prouesse en trois niveaux : le rez-de-chaussée abrite une petite église cruciforme, le second étage est octogonal, et l’ensemble est couronné par une magnifique rotonde belfroi à sept colonnes surmontée d’un toit conique. Pour beaucoup, cet édifice est considéré comme l’une des pièces les plus artistiques et les plus abouties de toute l’architecture médiévale arménienne.
Outre son esthétique remarquable, j’ai appris que le bâtiment cache des secrets de construction ingénieux pour résister aux caprices de la terre, comme cette ceinture de pierres antisismique sculptée en « queue d’aronde » qui en fait le tour. En vous approchant, vous pourrez observer la finesse des fenêtres géminées et des petites ouvertures en forme de croix qui ornent ses façades de basalte sombre. Une petite astuce pour les plus curieux d’entre vous : il est parfois possible de grimper à l’intérieur si vous parvenez à convaincre le gardien, même si la tradition interdit normalement aux femmes d’accéder aux niveaux supérieurs de la tour. C’est un élément essentiel du site classé à l’UNESCO qui, par sa silhouette élancée, finit de donner à Haghpat cette aura de citadelle du savoir hors du temps.

6. La stèle de Khosrovanouche
En me promenant sur les pelouses verdoyantes du complexe d’Haghpat, je m’arrête souvent devant une stèle ancienne qui, selon les historiens, représenterait sans doute la reine Khosrovanouche. Cette souveraine est la figure fondatrice du monastère, qu’elle fit ériger dès 976 pour assurer la protection divine et la prospérité de ses fils, les princes Smbat et Gourguen. Je trouve que ce monument de pierre rend un bel hommage à celle qui a permis à ce lieu de devenir l’un des centres intellectuels et spirituels les plus rayonnants de toute l’Arménie médiévale.
7. Le réfectoire et les maisons
Pour terminer votre tour des bâtiments, je vous invite à découvrir le réfectoire situé à l’extrémité nord du complexe, une étape qui permet d’imaginer la vie quotidienne foisonnante des centaines de moines qui habitaient ici au Moyen Âge. Construit vers 1248 par l’architecte Minas, cet édifice monumental se compose de deux vastes salles carrées dont la voûte repose sur un système ingénieux de deux colonnes centrales et d’arches croisées, une prouesse technique similaire à celle de Haghartzin qui libère un volume intérieur impressionnant. En pénétrant dans la pénombre, ne manquez pas d’observer les « yerdiks », ces lucarnes traditionnelles au sommet des coupoles qui laissaient filtrer la lumière sur des tablées pouvant réunir environ 270 personnes. J’ai été particulièrement marqué par la présence des grandes meules d’origine, toujours visibles au sol, qui servaient à moudre le grain pour fabriquer la farine de la communauté, rappelant que Haghpat était une véritable cité vivante et organisée.

8. Le mémorial de la famille Ukanants
Si vous explorez la partie nord de l’enceinte, juste à côté du réfectoire, vous tomberez sur l’un des monuments les plus singuliers du site : le mémorial de la famille Ukanants. Construit au début du XIIIe siècle, vers 1210-1220, cet ensemble funéraire ne ressemble à rien de ce que l’on voit habituellement ailleurs. Imaginez trois immenses piédestaux en pierre, particulièrement élevés, sur lesquels trônent majestueusement trois khatchkars (pierres-croix) finement sculptés. Ce qui rend ce monument vraiment unique, c’est que ces bases massives ne sont pas de simples socles décoratifs : elles abritent en réalité de petites chambres funéraires fermées.
Chacune de ces chambres sépulcrales est conçue comme une minuscule chapelle miniature, dotée d’une abside et même d’une petite fenêtre pour laisser filtrer un peu de lumière. C’est un exemple fascinant d’architecture hybride, où la fonction de monument commémoratif (le khatchkar) fusionne littéralement avec celle de mausolée. Bien que les détails précis sur cette lignée noble restent encore nimbés de mystère, la verticalité et l’élégance de leurs tombes témoignent de l’importance sociale qu’occupait la famille Ukanants à Haghpat durant l’âge d’or médiéval du monastère. C’est une étape que je vous recommande vivement pour saisir toute la finesse de l’art funéraire arménien.

9. L’église Astvatsatsin
La petite église Surp Astvatsatsin (Sainte-Mère-de-Dieu) se dresse discrètement au nord du gavit principal du complexe d’Haghpat. Édifiée en 1025 par la princesse Khatoun, elle occupe une place particulière dans l’ensemble monastique car elle est la plus petite église du site, tout en affichant des proportions harmonieuses. Les architectes de l’époque l’ont d’ailleurs positionnée de manière symétrique à l’église Saint-Grégoire par rapport au vestibule central, créant ainsi un équilibre visuel apaisant au cœur du complexe. En observant sa façade de basalte, on est frappé par sa grande sobriété architecturale, les éléments décoratifs se limitant essentiellement à quelques motifs délicats autour du portail d’entrée. Malgré ses dimensions réduites, cet édifice à petite coupole centrale est un témoignage touchant de la dévotion médiévale et finit de donner à Haghpat cette allure de petite cité spirituelle nichée dans les montagnes de Lori.
10. L’église Saint-Grégoire
En continuant votre exploration au sud de l’église principale Surb Nshan, vous tomberez sur la charmante église Surb Grigor (Saint-Grégoire), qui se dresse symétriquement à la petite chapelle Astvatsatsin par rapport au gavit central. Érigée entre 1005 et 1025, elle est considérée comme le deuxième édifice le plus ancien du complexe et frappe immédiatement par sa grande sobriété architecturale. J’ai appris qu’elle possédait autrefois une coupole, mais celle-ci a disparu lors d’une reconstruction en 1211, laissant place à une structure plus humble couverte d’une voûte en berceau et d’un toit à pignon. Malgré l’absence de décorations superflues, j’admire particulièrement la précision avec laquelle ses pierres de basalte ont été taillées, témoignant d’un savoir-faire médiéval exceptionnel qui a su traverser les âges. Pour moi, cet édifice complète parfaitement l’harmonie spirituelle d’Haghpat en offrant un espace de recueillement simple et puissant.
Visite guidée du monastère d’Haghpat
J’ai trouvé les 3 meilleurs excursions dans la région. La première est une excursion en groupe d’une journée au départ de Tbilissi pour découvrir le patrimoine UNESCO de la région. La seconde est une visite privée au départ d’Erevan avec en plus Zarni-Parni et Odzun. Enfin, la troisième est une excursion en groupe au départ d’Erevan avec en plus Akhtala.
Un bon hôtel non loin du monastère d’Haghpat ?
Pour ceux qui cherchent une expérience vraiment mémorable entre deux visites monastiques, je vous conseille de poser vos valises au Kayanberd Resort. Cet établissement est idéalement niché sur le sentier du patrimoine mondial, ce fameux itinéraire de randonnée qui relie Haghpat à Sanahin, ce qui en fait une halte de choix pour les marcheurs. Ce qui m’a le plus séduit ici, ce sont sans aucun doute les vues panoramiques absolument vertigineuses sur le canyon du Debed que l’on peut admirer directement depuis sa chambre. En plus de ce cadre spectaculaire que je trouve digne d’un rêve, l’hôtel se distingue par un service de haute qualité, offrant tout le confort nécessaire après une journée d’exploration dans le Lori. C’est, pour moi, l’adresse incontournable si vous souhaitez vous réveiller face à la majesté sauvage du canyon tout en profitant de prestations haut de gamme.

Où manger un bout non loin du monastère d’Haghpat ?
À quelques minutes seulement du célèbre monastère de Haghpat, au cœur des paysages verdoyants du canyon du Debed, le restaurant Lastuer est une halte appréciée des voyageurs explorant le nord de l’Arménie. Le restaurant séduit par son cadre paisible au bord de la rivière, ses terrasses entourées de nature et son atmosphère chaleureuse typique de la région du Lori. On y déguste une cuisine arménienne généreuse, avec des grillades, des spécialités locales et des produits du terroir, idéale après la visite du monastère classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
FAQ sur le monastère d’Haghpat
Attention aux erreurs sur le net : Haghpat n’est pas juste à côté de son « monastère frère » de Sanahin. Ils sont séparés par environ 15 à 16 kilomètres, soit environ 35 minutes de route à cause des virages du canyon. Si vous aimez marcher, un sentier de randonnée de 4 heures relie les deux sites en passant par la forteresse de Kayan.
Lors de mes pérégrinations dans le Lori, j’ai découvert que le nom même d’Haghpat est entouré de récits populaires qui ajoutent un charme mystérieux à ses vieilles pierres de basalte. La légende la plus célèbre raconte qu’une querelle aurait éclaté entre un maître architecte et son fils alors qu’ils travaillaient sur le chantier du monastère de Sanahin. À la suite de cette dispute, le fils aurait quitté son père pour se mettre au service d’un autre prince et bâtir son propre édifice sur la montagne d’en face. Lorsque les murs de ce nouveau monastère commencèrent à s’élever, le vieux maître décida de s’y rendre pour juger le travail de son fils. Après avoir examiné attentivement la maçonnerie, il se serait exclamé : « Akh pat » (quel mur solide !), donnant ainsi son nom au site d’Haghpat.
D’un point de vue plus étymologique, on m’a aussi expliqué que « Haghpat » ne vient pas d’un saint, mais signifie littéralement « mur énorme » ou « mur solide », en référence aux imposants remparts qui protégeaient autrefois le complexe des pillards. C’est d’ailleurs un terme qui décrit parfaitement l’austérité et la puissance de son architecture médiévale. Par ailleurs, il existe une interprétation plus spirituelle, bien que moins connue, selon laquelle le nom signifierait « celui qui déteste le mal ». L’idée derrière cette appellation est qu’un lieu aussi sacré, dédié à la prière et à l’étude, ne peut laisser aucune place aux forces maléfiques. Enfin, n’oublions pas que l’histoire d’Haghpat est indissociable de celle de son voisin, Sanahin. Le nom de ce dernier signifie d’ailleurs « celui-ci est plus vieux que celui-là », une affirmation fière de son antériorité sur Haghpat. Ces deux « monastères sœurs », bien que séparés par une profonde crevasse, restent liés pour l’éternité par ces récits de rivalité et de fraternité.
Avez-vous déjà visiter le monastère d’Haghpat ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.


