Nichée dans le nord sauvage de l’Arménie, la province de Lori abrite un véritable trésor que je ne me lasse pas de parcourir : le majestueux canyon de Debed. Ce paysage spectaculaire, sculpté par la rivière et bordé de falaises de basalte vertigineuses, semble parfois suspendu hors du temps. En explorant ses recoins avec moi, vous découvrirez une harmonie parfaite entre une nature brute et un patrimoine médiéval unique, marqué par les célèbres monastères de Haghpat et Sanahin classés à l’UNESCO, ou encore les fresques vibrantes d’Akhtala. Que vous soyez ici pour relever le défi de randonnées époustouflantes sur le World Heritage Trail ou pour vous imprégner de la spiritualité des vieilles pierres, ce canyon s’imposera vite comme l’un des points forts de votre aventure arménienne.
Temps de lecture estimé : 41 minutes
> Ouvrir le sommaire
- Histoire du Canyon de Debed
- Les habitants du canyon de Debed et leur culture
- Bons plans en un clic
- Comment se rendre à Alaverdi et dans le canyon de Debed ?
- Carte du canyon de Debed
- Quoi voir dans le canyon de Debed ?
- Maison des comtes de fée à Pambak
- Maison-Musée Hovhannes Tumanian
- Ruine du monastère de Bardzrakash
- Sirun Khach
- Lac Tsover
- Musée des étiquettes de boîtes d’allumettes de Tumanyan
- Café Flying Samovar
- Ruines du monastère de Kobayr
- Monastère médiéval d’Horomayr et l’église de Saint Nshan
- Basilique d’Odzun
- Odzi Port, le monastère d’Ardvi et son cimetière
- Gallerie d’art d’Alaverdi
- Musée des frères Mikoyan
- Monastère de Sanahin
- Forteresse de Kayan
- Les grottes de Zarni-Parni
- Monastère d’Haghpat
- Monastère d’Akhtala
- Visite guidée du canyon de Debed
- Où séjourner dans le canyon de Debed ?
- Où manger un bout dans le canyon de Debed ?
- FAQ sur le canyon de Debed
Remarque : cet article contient des liens d'affiliation, ce qui signifie que je peux percevoir des clopinettes si vous effectuez un achat en cliquant sur un lien (sans frais pour vous).
Histoire du Canyon de Debed
Le canyon du Debed est l’un des paysages naturels les plus impressionnants du nord de l’Arménie. Il s’étend depuis la ville de Vanadzor, chef-lieu de la province de Lori, le long de la rivière Débède jusqu’à la frontière arméno-géorgienne. Avec une profondeur maximale de 350 mètres, il constitue le point le plus bas de la République d’Arménie, à environ 380 mètres au-dessus du niveau de la mer. La rivière qui le traverse, la route sinueuse qui la longe ainsi que les panoramas spectaculaires offerts par les montagnes environnantes en font une destination prisée, aussi belle en été qu’en hiver.
Riche d’une histoire millénaire, le canyon du Debed s’inscrit dans l’ancien territoire des provinces de Gouguark et d’Utik du royaume historique d’Arménie, gouverné tour à tour par de puissantes dynasties telles que les Bagratides, les Mamikoniens et les Zakarides. Au Moyen Âge, la région fut intégrée au royaume de Tachir-Dzoraguet, fondé par Kiouriké Ier, fils du roi Achot III. Au XIe siècle, après la chute du royaume arménien face à l’Empire byzantin, la région partagea pendant plusieurs siècles l’histoire du royaume de Géorgie voisin. Cet héritage commun se reflète encore aujourd’hui dans les nombreuses églises aux traditions chalcédoniennes ou orthodoxes grecques qui parsèment le canyon, notamment les monastères de Kobayr et d’Akhtala, dont les fresques et les inscriptions en arménien et en géorgien témoignent de cette double influence culturelle et religieuse.
Les habitants du canyon de Debed et leur culture
Les habitants du canyon du Débède ont leurs propres traditions, fêtes et célébrations. Le village de Dsegh honore ainsi l’héritage du poète Hovhannès Toumanian en organisant chaque année la « Journée du Conte de Toumanian », un festival international de théâtre de marionnettes. La ville d’Alaverdi accueille quant à elle le festival « Theatrical Lori », qui rassemble des troupes de théâtre venues du monde entier. La fête de Vardavar, célébrée dans toute l’Arménie, revêt ici une forme particulière : tandis qu’à Erevan les gens se retrouvent en masse pour se verser de l’eau dessus, les habitants de la province de Lori préfèrent se rendre dans les montagnes environnantes pour préparer des plats traditionnels et pique-niquer en plein air.
Parmi les traditions les plus anciennes et les plus méconnues du canyon figure le rite de la poupée Nouri, également appelée la fée de la pluie. Selon la croyance locale, cette poupée aux grands yeux versait des larmes capables d’apporter la pluie tant attendue par les paysans. En période de sécheresse, les enfants portaient la poupée Nouri de maison en maison, où les villageois l’aspergeaient d’eau tandis que certaines femmes offraient des friandises — une coutume qui n’est pas sans rappeler Halloween. Tombé dans l’oubli au fil du temps, ce rite tend aujourd’hui à renaître grâce à la Maison des Contes du village de Pambak, un espace mêlant gastronomie, hébergement et théâtre de marionnettes, qui s’efforce de faire redécouvrir cette tradition aux nouvelles générations.
Bons plans en un clic
Depuis Erevan : Excursion en groupe à partir de 39 € par personne
Visite privée de Haghpat, Sanahin, Odzun & Zarni-Parni depuis Erevan
Depuis Tbilissi : Excursion en groupe à la journée
Vous prévoyez de voyager par vos propres moyens ? Trouvez et comparez ici les tarifs de location de voiture les plus avantageux !
Un hébergement pas cher et confortable ? Voir Shen Toon guest house ici !
Comment se rendre à Alaverdi et dans le canyon de Debed ?
Pour vous rendre à Alaverdi et explorer le canyon de Debed, plusieurs options s’offrent à vous selon votre budget et votre envie d’aventure. Située dans le nord de l’Arménie, cette région est relativement accessible, même si elle demande un peu d’organisation une fois sur place.
Depuis Erevan
La solution la plus courante et la plus économique est de prendre une marshrutka (minibus local).
- Départ : Les minibus partent de la gare routière de Kilikia.
- Horaires : Il y a généralement des départs à 09:00, 14:00, 15:00 et 16:00.
- Tarif et durée : Le trajet coûte environ 1 500 AMD (soit environ 3 €) et dure entre 3 h 30 et 4 heures.
Si vous préférez plus de confort ou voyagez en groupe, le taxi est une excellente alternative via une plateforme comme GOTRIP.GE. Un trajet simple depuis Erevan coûte environ 17 000 AMD (38 €). Je vous recommande aussi la location de voiture si vous voulez être totalement libre de vos mouvements, car les routes sont décentes malgré les nombreux virages en épingle à cheveux. Dans ce cas, considérez Local Rent qui regroupe diverses agences locales proposant des tarifs compétitifs, avec de nombreux véhicules incluant une assurance tous risques SANS caution.
Depuis la Géorgie (Tbilissi)
Le canyon de Debed est en fait plus proche de Tbilissi que d’Erevan (environ 110 km).
- En bus : Vous pouvez grimper dans une marshrutka à la station Ortachala ou Avlabari en direction d’Erevan ou de Gyumri, et demander au chauffeur de vous déposer à Alaverdi.
- En excursion : De nombreuses agences basées à Tbilissi proposent des sorties à la journée pour visiter les monastères de Haghpat et Sanahin. Voir plus bas.
Se déplacer dans le canyon
Une fois arrivé à Alaverdi, la ville principale, les choses se corsent un peu car les transports locaux sont rares.
- Les minibus locaux : Il existe quelques navettes quotidiennes reliant Alaverdi aux villages de Sanahin, Haghpat et Akhtala, mais elles sont peu fréquentes (souvent une ou deux par jour).
- Le stop : C’est une pratique très courante et sûre dans le canyon. Les locaux savent que les transports sont difficiles pour les voyageurs et s’arrêtent très volontiers pour vous dépanner.
- La marche : Pour les plus courageux, je vous suggère de suivre le World Heritage Trail. C’est une superbe randonnée d’environ 4 heures qui relie Sanahin à Haghpat en passant par la forteresse de Kayan.
Carte du canyon de Debed
Abonnez-vous à ma newsletter pour accéder à ma carte interactive de l’Arménie et localiser tous les points d’intérêt mentionnés dans mes articles.
Quoi voir dans le canyon de Debed ?
Pour une lecture plus simple, je vais partir du bas du canyon au niveau du village de Dsegh et remonter vers la frontière géorgienne. Sachez que dans ce premier village vous avez un office du tourisme qui pourra vous donner quelques informations supplémentaires si je n’ai pas déjà tout couvert. Ensuite, les Canyon d’Arevatsag et tout ce qu’il y a à l’ouest de Dsegh, je le traite dans l’article sur Stepanavan car ce n’est pas du tout le même route.
Maison des comtes de fée à Pambak
La scène artistique et culturelle du canyon du Débède est à la fois riche et variée. La Maison des Contes de Pambak propose des ateliers autour des traditions de fabrication de poupées et de tissage. La créatrice de poupées Anahit Atoyan, originaire du village de Dsegh, est connue pour sa collection exposée dans le chalet situé devant le musée-maison Hovhannès Toumanian.
Par aillleurs, l’art ancestral de la taille de pierre, transmis de génération en génération, se perpétue aujourd’hui à travers des artistes contemporains spécialisés dans les khatchkars, comme Bogdan Hovhannisyan de Vanadzor. Gagik Vanyan, également originaire de Dsegh, explore quant à lui la sculpture sur bois et réalise des œuvres décoratives de grand et moyen format. Enfin, les paysages du canyon du Debed sont une source d’inspiration inépuisable pour de nombreux peintres locaux, tels qu’Anatoly Avetyan ou le jeune artiste contemporain Taron Marukyan.
Maison-Musée Hovhannes Tumanian
Pour moi, impossible de parcourir la province de Lori sans s’arrêter au village pittoresque de Dsegh, lieu de naissance du « poète national » de l’Arménie, Hovhannes Toumanian. Nichée sur un haut plateau surplombant le canyon, cette demeure familiale a été construite par son père dans les années 1860 ; c’est ici que le grand écrivain a passé toute son enfance et son adolescence. Même après s’être installé à Tiflis, Toumanian revenait régulièrement y passer ses étés pour s’imprégner du folklore local et de la beauté sauvage de Lori, une nature qui a profondément inspiré ses contes, ballades et poèmes aujourd’hui chéris par tous les Arméniens.
Une fois franchi le seuil de cette maison transformée en musée en 1939, vous ferez un véritable bond dans le temps pour découvrir le quotidien rural du XIXe siècle. À travers les différentes pièces, vous pourrez admirer environ 300 objets personnels, allant de sa cuisine d’enfance à sa chambre à coucher, le tout agrémenté de meubles et de textiles d’époque parfaitement préservés. Je vous conseille de prêter attention aux manuscrits et aux photographies anciennes qui retracent son parcours exceptionnel : c’est une étape à la fois intime et culturelle, idéale pour saisir toute la spiritualité qui émane de ces montagnes.
- Horaires : Du mardi au samedi de 11h00 à 17h00 et jusqu’à 16h le dimanche. Fermé le lundi.
- Prix : 500 AMD pour les adultes et 300 AMD pour les enfants
Ruine du monastère de Bardzrakash
Pour les amateurs de randonnée et de vieilles pierres, je vous suggère de quitter les sentiers battus pour débusquer les ruines envoûtantes du monastère de Bardzrakash Saint-Grégoire. Caché dans les forêts denses de Tavush, sur la pente gauche de la gorge de la rivière Marts à environ deux kilomètres du village de Dsegh, ce complexe médiéval dédié au saint patron de l’Arménie semble littéralement englouti par la végétation, ce qui lui confère une aura de mystère absolument unique. Érigé entre le Xe et le XIIIe siècle, Bardzrakash fut autrefois un centre intellectuel et spirituel majeur de la province de Lori, où les érudits se consacraient à des travaux scientifiques avant que le site ne soit vraisemblablement abandonné suite aux invasions mongoles.

Aujourd’hui, bien que le site figure depuis 2014 sur la liste de surveillance des monuments mondiaux en péril, la nature a repris ses droits sur les deux églises principales, notamment sur la majestueuse cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu (Surb Astvatsatsin) de 1221, dont on admire encore la grandeur et la finesse des ornements malgré l’état de ruine.
En explorant ce dédale de pierres, vous découvrirez également le cimetière de la dynastie aristocratique des Mamikonian, les vestiges d’un ancien pressoir à huile ainsi que de nombreux khatchkars disséminés dans les bois. Une petite chapelle sur place cache d’ailleurs une légende locale touchante : on raconte qu’un corbeau s’est sacrifié en se jetant dans le chaudron des ouvriers pour les avertir qu’un serpent venimeux s’y était glissé, ce qui poussa les villageois à l’enterrer et à construire cet édifice en son honneur. Accessible uniquement à pied par un sentier balisé au départ de la place principale de Dsegh, c’est pour moi l’une des étapes les plus gratifiantes et les plus secrètes de tout le canyon de Debed.
Sirun Khach
Lors de votre randonnée vers le monastère de Bardzrakash, je vous suggère de prêter une attention particulière au Sirun Khach, dont le nom signifie littéralement la « Belle Croix ». Ce monument du XIIIe siècle est considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’artisanat arménien des khatchkars, niché sur les hauteurs du village de Dsegh dans un cadre naturel exceptionnel offrant une vue plongeante sur le canyon. Bien que sa date exacte de création demeure inconnue, les inscriptions révèlent qu’il fut érigé sous le règne des princes Mamikon et Vardan pour servir de mémorial. La renommée de cette pierre est telle qu’elle a remporté le deuxième prix lors de l’Exposition de Paris en 1969, un voyage prestigieux qui lui a toutefois laissé quelques cicatrices, l’un de ses piliers horizontaux ayant été endommagé durant le transport. Pour moi, s’arrêter devant cette sculpture d’une finesse incroyable au sommet de la gorge est une étape indispensable pour saisir toute la spiritualité et la beauté qui se dégagent des paysages de la province de Lori.
Cette boucle de 8 kilomètres (cf. ma carte interactive) vous prendra une bonne demi-journée pour la réaliser. Prenez votre pique-nique pour en profiter pleinement.

Lac Tsover
Le lac Tsover, situé à 3 km au sud-est du village de Dsegh dans la région de Lori en Arménie, est un joyau naturel niché parmi les montagnes et forêts, s’étendant sur 250 mètres de long et 200 mètres de large avec une profondeur maximale de 4,5 mètres. Nommé en l’honneur d’une jeune fille, ce site était particulièrement cher au célèbre poète arménien Hovhannes Tumanyan qui s’y rendait fréquemment avec ses amis illustres, ce qui lui confère une valeur historique et culturelle. Accessible en toute saison grâce à sa position géographique favorable et aux bonnes infrastructures de transport, le lac offre un havre de paix aux visiteurs cherchant à échapper au bruit urbain, avec la possibilité d’y faire du camping, de la randonnée et de la photographie tout en admirant les panoramas exceptionnels et les nuits étoilées.
Musée des étiquettes de boîtes d’allumettes de Tumanyan
Pour une expérience vraiment insolite et hors des sentiers battus, je te suggère de t’arrêter dans la petite ville de Tumanyan pour visiter son Musée des étiquettes de boîtes d’allumettes. Sais-tu que c’est l’unique établissement au monde entièrement dédié à cette thématique ?. En franchissant ses portes, tu découvriras une collection impressionnante de plus de 10 000 étiquettes provenant du monde entier, incluant des pièces rares du Japon, d’Inde et bien sûr une vaste sélection de l’époque soviétique. J’ai particulièrement aimé la façon dont les spécimens sont organisés par thèmes, ce qui permet de retracer l’histoire et l’iconographie de façon ludique et visuelle. C’est une étape idéale pour les curieux en quête d’originalité, d’autant plus que le musée, situé sur la 2e rue, est gratuit et ouvert tous les jours de 14h à 18h, à l’exception du lundi.
Café Flying Samovar
Lors de mes pérégrinations à Tumanyan, une petite ville en plein renouveau située, j’ai découvert une adresse vraiment spéciale : le café Flying Samovar par Noosh. Installé dans un magnifique bâtiment en pierre de tuf qui évoque le style d’Erevan, ce lieu est une véritable oasis de créativité entourée de montagnes. J’ai été tout de suite séduit par son concept rétro, où l’on savoure son café au milieu d’une collection d’objets d’époque comme des machines à écrire, des affiches soviétiques ou des horloges provenant de l’ancienne usine de la capitale. Au-delà de son cadre original, c’est devenu un point de ralliement pour les nomades digitaux et les freelances en quête d’inspiration, car l’établissement propose une connexion WiFi performante et des espaces de travail très confortables. Pour moi, c’est l’étape parfaite pour reprendre des forces et discuter avec le personnel local adorable avant de poursuivre l’aventure dans le canyon.

Ruines du monastère de Kobayr
Le complexe monastique de Kobayr, datant du XIIe siècle et perché au sommet d’une falaise sur le versant ouest du canyon de Debed en face de la ville de Tumanyan, est célèbre pour ses fresques envoûtantes et fut un important centre d’éducation, de culture et d’écriture dans l’Arménie médiévale, dont l’histoire est liée aux activités des dynasties royales et aristocratiques des Bagratunis, des Kiurikians et des Zakarians. Le nom du monastère proviendrait soit de la combinaison du mot géorgien « kob » et du mot arménien « ayr », signifiant tous deux « grotte » en référence aux cavernes utilisées comme cellules monastiques autour du site, soit de l’expression « qo berd » (ton château) que les différentes parties en conflit se posaient mutuellement lors des querelles pour sa possession, ce qui explique pourquoi les habitants l’appellent aussi Kober.

Fondé comme prieuré en 1171 par Mariam, fille du roi Kiurike II du Royaume de Lori, le monastère connut son expansion à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle lorsqu’il fut acquis par la noble famille Zakarian, loyale à la cour géorgienne, qui le convertit à la foi chalcédonienne suivie par l’Église géorgienne et fit construire la plupart des bâtiments du complexe, notamment la cathédrale, le clocher-sépulcre, le réfectoire et la sacristie, d’où la présence d’inscriptions tant en arménien qu’en géorgien sur les murs. Les Zakarians introduisirent un nouveau style architectural avec des éléments typiques des églises géorgiennes, dont l’ajout le plus remarquable fut celui de fresques riches et exquises ornant les intérieurs, contrairement à la décoration plus conservatrice et minimaliste des églises arméniennes traditionnelles, comme en témoigne la fresque de l’abside de la cathédrale de la Mère de Dieu représentant la Madone et l’enfant Jésus avec des archanges, la scène de l’Eucharistie et des figures de saints.
À côté de la cathédrale de la Mère de Dieu se dresse l’église plus petite de Mariamashen (signifiant « construit par Mariam »), considérée comme la structure la plus ancienne du complexe selon une inscription à l’entrée datée de 1171, tandis qu’une autre structure notable est le clocher-sépulcre datant de 1279, représentant une rare combinaison de tour de cloches et de site funéraire.
Aujourd’hui, le complexe monastique de Kobayr n’est accessible qu’à pied, en passant par le village de Kober. Le monastère marque également le point de départ d’un sentier de randonnée très fréquenté (cf. ma carte interactive) qui longe le versant du canyon jusqu’au village d’Odzun, en passant par un autre monastère médiéval d’Horomayr. Comptez une bonne demi-journée pour faire les 8 kilomètres avec 300 mètres de dénivelé et profiter des points d’intérêt.
Monastère médiéval d’Horomayr et l’église de Saint Nshan
Bien que mentionné pour la première fois dès le VIIe siècle, le monastère de Horomayr tel qu’il subsiste aujourd’hui fut construit entre la fin du XIIe et le début du XIVe siècle et se compose de deux parties distinctes : le monastère inférieur, également appelé « Monastère dans la gorge », situé sous les falaises abruptes sur le versant gauche du canyon de Debed, et le monastère supérieur, connu sous le nom de « Monastère au bord du canyon », perché sur le rebord du plateau au-dessus. Selon la tradition, la première église fut construite au VIIe siècle par l’empereur byzantin Héraclius, tandis qu’une autre légende attribue sa fondation à un chrétien grec nommé Vasid qui, après avoir été témoin d’un miracle accompli par le Catholicos Hovhannes Odznetsi, se convertit à la foi de l’Église arménienne, s’installa dans les grottes du canyon et fonda la première église, d’où le nom Horomayr dérivé de « horom » (désignant les personnes d’origine grecque/byzantine) et « ayr » (grotte). Au XIe siècle, le monastère acquit les reliques du Catholicos Pierre Ier d’Arménie, et l’église fut alors nommée Saint-Nshan (Saint Signe).
La partie inférieure du monastère comprend l’église principale Saint-Nshan, une église à nef unique construite en 1187 par les princes Zakare et Ivaneh Zakarian et surmontée d’un clocher en 1290, dont l’unique entrée est ornée d’un haut-relief représentant Jésus-Christ. À côté de Saint-Nshan se trouve une autre église à nef unique, près de laquelle fut construite une petite chapelle en 1201, tandis qu’à environ 25 mètres au nord se dresse la chapelle Saint-Astvatsatsin (Sainte Mère de Dieu) édifiée en 1301, adjacente aux ruines d’une autre chapelle, Saint-Apôtre, et le complexe est entouré d’un grand nombre de khachkars du XIIIe siècle.

La partie supérieure du monastère (accessible en voiture depuis la route principale), construite par les moines de Horomayr sur le plateau au-dessus et bien qu’isolée du complexe principal, fait toujours partie intégrante du monastère de Horomayr et se compose de trois structures reliées créant une belle symétrie : deux églises à nef unique de taille presque égale et un narthex du XIIIe siècle entre elles qui sert également d’entrée aux deux églises. L’église nord et le narthex sont construits en pierre de felsite aux teintes jaunâtres et brunes, tandis que l’église sud, édifiée en 1206, utilise des pierres de basalte gris foncé, conférant au complexe une apparence plutôt inhabituelle.
Basilique d’Odzun
Odzun est l’une des anciennes colonies de la province de Gugark du Royaume historique d’Arménie et constitue un village renommé non seulement pour être le lieu de naissance de l’un des catholicos de l’Église arménienne, Hovhannes Odznetsi (Jean d’Odzun), mais aussi pour abriter une église arménienne unique, la Basilique d’Odzun. Le village tire son nom du mot arménien « ordonner », « otsel », car selon la tradition chrétienne, au Ier siècle, Thomas l’Apôtre, l’un des douze apôtres du Christ, y ordonna des prêtres et aurait enterré les langes du Christ avant son départ pour l’Inde, au-dessus desquels fut construite une petite église, puis au IVe siècle, le roi Tiridate le Grand et Grégoire l’Illuminateur édifièrent une basilique sur ce site qui fut progressivement agrandie au cours des siècles suivants pour obtenir son aspect actuel au VIIIe siècle, à l’exception des clochers ajoutés à la fin du XIXe siècle.
La basilique à coupole d’Odzun, l’une des rares basiliques survivantes en Arménie, est un bel exemple de l’architecture arménienne du début du Moyen Âge, caractérisée par ses cloîtres à arcades extérieures sur les côtés nord et sud qui ajoutent un espace et un volume supplémentaires à la structure, tandis que les murs extérieurs et intérieurs sont décorés d’ornements élaborés, de bas-reliefs et de sculptures typiques de l’art chrétien primitif des VIe-VIIe siècles. À environ 10 mètres au nord-est de l’église se trouve un autre exemple rare de l’art religieux arménien primitif : un mémorial composé de deux stèles rectangulaires de 4 mètres ornées de sculptures sophistiquées représentant des scènes bibliques ainsi que des scènes de la propagation de la foi chrétienne en Arménie, symbolisant la conversion de toute l’Arménie au christianisme, et bien que l’on suppose que le mémorial fut créé au VIe siècle, la tradition veut qu’il soit dédié au roi Smbat Ier Bagratuni assassiné dans l’ancienne capitale arménienne d’Ani en 914 après J.-C.

Odzi Port, le monastère d’Ardvi et son cimetière
Lors de votre périple dans le canyon de Debed, je vous suggère de faire un détour par le paisible village d’Ardvi pour découvrir le monastère Saint-Hovhannes, également connu sous le nom de Srbanes. Ce site, qui semble coupé du monde, est dédié au catholicos Hovhannes Odznetsi, un grand théologien surnommé « le Sage », dont le tombeau se trouve sur place. L’architecture du complexe est assez inhabituelle : il se compose de deux petites églises accolées partageant un mur commun, flanquées d’un clocher du XVIIe siècle doté d’une jolie rotonde à six colonnes. Pour les amateurs de cinéma, l’endroit possède une aura particulière, car c’est ici que Sergueï Paradjanov a tourné certaines scènes de son célèbre film La Couleur de la grenade.
Juste avant d’arriver au monastère, vous tomberez sur un site naturel fascinant appelé Odzi Port, ou le « nombril du serpent ». Les légendes locales abondent autour de cette source, et l’on raconte depuis longtemps que ses eaux possèdent des propriétés curatives. Plus étonnant encore, des analyses de l’Institut de géologie d’Erevan ont confirmé que l’eau qui s’en écoule contient des traces d’or et d’argent, ce qui ne fait que renforcer le mystère et l’attrait de ce petit coin de la province de Lori.
Pour terminer votre visite en toute sérénité, je vous conseille d’explorer l’ancien cimetière médiéval qui s’étend à l’ouest du monastère. C’est un lieu magnifique où l’on peut admirer de nombreux khatchkars finement sculptés, ainsi que le tombeau ancestral de la famille noble des Kalantaryan, l’une des plus anciennes de la région. La simplicité de ces pierres séculaires, entourées par une nature verdoyante, offre une expérience de contemplation unique, loin des circuits touristiques les plus fréquentés.
Gallerie d’art d’Alaverdi
Fondée en 1987 dans la ville d’Alaverdi en tant que succursale de la Galerie nationale d’Arménie, la Galerie d’art d’Alaverdi expose des œuvres d’artistes arméniens de renom tels que Seiran Khatlamajyan, Arpenik Nalbandyan, Lusik Aguletsi, Ruben Shahverdyan et d’autres artistes contemporains, tout en jouant un rôle actif de centre culturel et éducatif à travers sa participation à des expositions internationales et l’organisation de visites pédagogiques pour les élèves et étudiants.
- Horaires : Du mardi au samedi de 10h30 à 17h30 et jusqu’à 16h le dimanche. Fermé le lundi.
- Prix : 200 AMD
Musée des frères Mikoyan
À deux pas du célèbre monastère de Sanahin, j’ai découvert un lieu insolite qui ravira les passionnés d’histoire soviétique : le musée des frères Mikoyan. Ce petit établissement, niché au cœur de leur village natal, rend hommage à deux personnalités locales dont le destin a marqué l’URSS entière. L’un, Anastas, fut un homme politique de premier plan, ayant atteint les sommets de l’État soviétique en tant que président du Présidium du Soviet suprême. Son frère Artem, quant à lui, était un ingénieur de génie, célèbre pour avoir co-conçu les légendaires avions de chasse MiG.
En arrivant sur place, vous ne pourrez pas manquer la pièce maîtresse exposée fièrement en extérieur : un véritable avion de chasse MiG-21. Juste à côté, on peut également admirer la limousine officielle d’Anastas, une imposante GAZ-12 ZIM, amenée directement de Moscou pour l’inauguration du site. À l’intérieur du bâtiment, les collections regorgent d’objets personnels touchants, allant de leurs vêtements et équipements de travail à des documents rares, des photographies et même des échantillons de nourriture de l’époque. C’est une halte à la fois instructive et surprenante qui offre un contraste saisissant avec les vieilles pierres des monastères environnants.
- Horaires : Tous les jours de 9h30 à 16h45 en saison et de 11h à 16h du lundi au samedi de Novembre à Mars.
- Prix d’entrée : 500 AMD les adultes, 250 AMD les ado, gratuit pour les moins de 5 ans.

Monastère de Sanahin
Surplombant la ville industrielle d’Alaverdi, le monastère de Sanahin est un site incontournable classé à l’UNESCO que j’adore pour son atmosphère paisible et son histoire fascinante. Fondé au Xe siècle par le roi Achot III le Miséricordieux et la reine Khosrovanouch, son nom cache une petite pointe de rivalité historique : Sanahin signifie littéralement « celui-ci est plus vieux que celui-là », une affirmation de son antériorité par rapport au monastère voisin de Haghpat. Une légende locale raconte d’ailleurs que cette appellation viendrait d’une querelle entre un maître architecte et son fils, le père ayant fini par reconnaître la solidité des murs érigés par son rejeton. Ce complexe fortifié, niché sur un haut plateau, servait autrefois de rempart vital pour protéger ces trésors religieux des invasions ennemies.
En franchissant les portes de ce labyrinthe de pierres, vous découvrirez un véritable centre intellectuel médiéval où la science et la religion se rencontraient quotidiennement. Le complexe s’articule autour de l’église de la Sainte-Mère-de-Dieu, la plus ancienne du site, et de la cathédrale du Saint-Sauveur, dont la façade orientale s’orne d’une sculpture remarquable des fils des fondateurs tenant une maquette de l’église. Je vous suggère de vous attarder dans l’académie de Grigor Magistros, une galerie de style civil unique où les étudiants s’asseyaient sur des bancs de pierre pour apprendre la philosophie, la médecine ou la musique. Entre sa bibliothèque, qui fut l’une des plus riches et des plus vastes de l’époque, et ses nombreux khatchkars finement ciselés éparpillés sur le sol, Sanahin reste l’un des témoignages les plus vibrants de l’architecture médiévale arménienne.

Forteresse de Kayan
La forteresse de Kayan, un bastion médiéval aussi appelé Kayanberd ou Dsevank, se dresse fièrement sur un éperon rocheux entre les villages d’Akner et de Haghpat. Construite en 1233 par l’évêque Hovhannes, alors abbé de Haghpat, cette place forte servait de poste de guet stratégique pour protéger le monastère voisin et les populations locales en détectant l’approche des ennemis. Sa position est tout simplement vertigineuse : protégée naturellement par des gorges profondes sur trois côtés, elle était autrefois renforcée par une quinzaine de tours de défense avant d’être tragiquement détruite lors des invasions mongoles de 1241. Aujourd’hui en ruines, le site abrite encore les vestiges de l’église Surb Astvatsatsin en tuf noir et offre l’un des panoramas les plus époustouflants sur le canyon de Debed. Je vous recommande vivement d’y passer car l’accès se fait uniquement à pied, ce qui renforce cette impression de découvrir un trésor caché au milieu d’une nature sauvage. Cette petite balade de 3 km aller-retour vous prendra une demi-journée.

Les grottes de Zarni-Parni
Pour une expérience qui sort vraiment de l’ordinaire près du monastère de Haghpat, je vous emmène découvrir le complexe de grottes-forteresses de Zarni-Parni. Ce lieu mystérieux se compose de trois cavités principales — Zarni, Parni et Tsak — dont le nom rend hommage au gouverneur Zareh. Selon la légende, celui-ci s’y était réfugié avec ses nobles pour mettre à l’abri les trésors et les manuscrits précieux de Haghpat face aux invasions ennemies. C’est un endroit chargé d’une aura savante, puisque le célèbre philosophe arménien Hovhannes Imastaser s’y isolait déjà aux XIe et XIIe siècles pour mener ses travaux. Ne manquez pas d’y observer la « fontaine de gouttes », une source naturelle s’écoulant du plafond rocheux à laquelle les locaux prêtaient autrefois des vertus médicinales.
Au-delà de ses légendes, le site a bénéficié d’une superbe restauration privée qui lui a redonné vie tout en préservant son authenticité brute. En explorant les cavités, vous tomberez sur un petit musée exposant des objets du quotidien médiéval, tels que des charrues anciennes, des épées et des jarres à vin. Pour parfaire votre visite durant la période estivale, vous pourrez même profiter d’un café et d’une cave à vin installés sur place, ou vous détendre près d’un foyer souterrain chaleureux. L’accès se fait très facilement à pied par un sentier d’environ 650 mètres depuis le village de Haghpat, ce qui en fait une halte idéale pour s’imprégner de l’histoire et de la nature sauvage de la province de Lori.
- Horaires : Tous les jours de 10h à 18h.
- Prix d’entrée : 1500 AMD

Monastère d’Haghpat
Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le monastère d’Haghpat est pour moi l’un des lieux les plus habités par l’histoire dans tout le canyon de Debed. Fondé en 976 par la reine Khosrovanush pour assurer la prospérité de ses fils, les princes Smbat et Gourgen, ce chef-d’œuvre se perche humblement à mi-pente d’une colline verdoyante, offrant une vue plongeante sur la rivière en contrebas. J’adore la légende locale qui raconte que son nom, signifiant « mur solide », viendrait d’une exclamation admirative d’un maître d’œuvre observant le travail de son propre fils lors d’une querelle d’architectes. Bien plus qu’un simple lieu de culte, Haghpat s’est imposé au Moyen Âge comme un centre intellectuel et scientifique de premier plan, où des érudits renommés comme Hovhannes Sargavan enseignaient les mathématiques, la théologie et la médecine à une communauté dépassant les 500 moines.
En me promenant dans ce dédale de basalte, je suis toujours frappé par l’austérité majestueuse de l’église principale, Surb Nshan, dont l’architecture fusionne les traditions caucasiennes et byzantines. À l’intérieur, les murs conservent des fragments de fresques médiévales récemment restaurées, mais le véritable trésor est pour moi le khatchkar Amenaprkich (« Sauveur de tous ») sculpté en 1273 par le maître Vahram. C’est l’un des rares à représenter la scène de la crucifixion avec une telle finesse, autrefois rehaussé d’une teinture rouge éclatante extraite de cochenilles. Je vous suggère aussi de ne pas manquer la bibliothèque du XIe siècle, dont les trous dans le sol servaient à cacher les précieux manuscrits ou le vin lors des invasions, ainsi que l’immense réfectoire capable d’accueillir 270 personnes. C’est d’ailleurs entre ces murs que le célèbre poète Sayat-Nova a vécu une partie de sa vie monastique, ajoutant une touche de mélancolie poétique à ce site hors du temps.

Monastère d’Akhtala
Lors de mes pérégrinations dans le nord de la province de Lori, je reste toujours sans voix devant le monastère-forteresse d’Akhtala, qui se dresse fièrement sur un promontoire rocheux entouré de canyons vertigineux. Fondé à la fin du Xe siècle par la dynastie des Kyurikides, une branche des Bagratides, le site était initialement connu sous le nom arménien de Pghndzahank, ce qui signifie littéralement la « mine de cuivre » en raison des riches gisements de la région. Cette place forte a joué un rôle crucial dans la protection des frontières nord-ouest du pays et demeure aujourd’hui l’une des forteresses les mieux préservées de toute l’Arménie moderne, avec ses puissantes murailles et ses tours construites en basalte bleu et mortier de chaux.
Pour bien comprendre l’importance historique du lieu, il faut s’intéresser à la fin du XIIe siècle, époque où le site devient la propriété du prince Ivane Zakarian. Contrairement à son frère Zakare, Ivane s’est rallié à l’orthodoxie chalcédonienne (byzantine) de la cour géorgienne, transformant ainsi Akhtala en un centre religieux et culturel majeur pour les Arméniens partageant cette foi. Le monastère est alors devenu un véritable carrefour entre les cultures arménienne, géorgienne et byzantine, servant même de sépulture à Ivane et à son fils Avag, dont les tombes reposent toujours dans le portique rectangulaire de l’église principale. Bien plus tard, à la fin du XVIIIe siècle, le site a accueilli une importante communauté de mineurs grecs qui l’ont baptisé Meramani, laissant encore aujourd’hui des traces de leur passage sur les murs de l’édifice.
Sur le plan architectural, l’église principale Surb Astvatsatsin (Sainte-Mère-de-Dieu) est une basilique à dôme massive qui témoigne magnifiquement de cette fusion culturelle. Je vous suggère d’observer attentivement les façades extérieures : vous y verrez de grandes croix ornementales typiques de l’art géorgien, tandis que les motifs des portails et les ciselures de la pierre conservent une finesse purement arménienne. À l’intérieur, c’est une explosion de couleurs qui vous attend avec l’un des cycles de fresques médiévales les plus complets et les mieux préservés d’Arménie, réalisés entre 1205 et 1216. Les peintures, où dominent le bleu lazurite et le rouge de cochenille, recouvrent presque entièrement les murs de scènes bibliques vibrantes, faisant d’Akhtala un trésor artistique unique qui, bien que son dôme d’origine ait disparu, dégage toujours une aura de puissance et de sérénité.
Visite guidée du canyon de Debed
J’ai trouvé les 3 meilleurs excursions dans la région. La première est une excursion en groupe d’une journée au départ de Tbilissi pour découvrir le patrimoine UNESCO de la région. La seconde est une visite privée au départ d’Erevan avec en plus Zarni-Parni et Odzun. Enfin, la troisième est une excursion en groupe au départ d’Erevan avec en plus Akhtala.
Où séjourner dans le canyon de Debed ?
Chez une potière
Lors de votre passage au monastère de Sanahin, je vous suggère de faire une halte à la Sanahin Pottery House, un lieu unique fondé par la jeune entrepreneuse Alla Avetisyan qui allie magnifiquement l’art et le bien-être. Installé tout près du site historique, cet établissement est bien plus qu’un simple atelier : c’est une véritable immersion dans le mode de vie traditionnel des villages arméniens, où l’on peut s’initier à la poterie ou à la fabrication de tapis lors de masterclasses passionnantes. Au-delà de l’aspect créatif, l’endroit propose des expériences de soins originales comme la thérapie par l’argile méditative, des enveloppements corporels ou encore des massages aux pierres chaudes utilisant du basalte volcanique. En parcourant l’atelier, vous pourrez également admirer des outils et objets du quotidien autrefois utilisés par les villageois, tout en profitant d’une vue imprenable sur les paysages de Lori. Pour ceux qui souhaitent prolonger cette parenthèse enchantée, la maison fait aussi office de guesthouse pouvant accueillir jusqu’à six personnes, offrant ainsi une retraite paisible au cœur des montagnes.
Au Château d’Aramyants
Si vous cherchez une étape qui sort vraiment de l’ordinaire dans la province de Lori, je vous conseille de vous arrêter au château d’Aramyants, une véritable curiosité architecturale nichée près d’Akhtala. Construit entre 1898 et 1905 par le richissime magnat du pétrole et philanthrope Mikael Aramyants, cet édifice surprend par son style « chalet suisse », unique en Arménie. Aramyants, qui avait eu un coup de cœur pour un château lors d’un voyage en Suisse, avait même envoyé son architecte en Europe pour en étudier les détails. Le manoir, avec ses deux étages en pierre de taille, ses larges balcons en bois et son toit métallique incliné, était autrefois le sommet du luxe, abritant des cheminées en marbre, des meubles européens raffinés et même le tout premier court de tennis du pays au milieu d’un jardin parsemé d’essences exotiques comme des cyprès japonais.

L’histoire de cette demeure est aussi fascinante que mélancolique : elle a été érigée à cet endroit précis car le climat d’Akhtala était réputé comme le plus pur et le plus sain pour la fille d’Aramyants, qui souffrait de tuberculose. Durant son âge d’or, le château était un haut lieu de la vie culturelle, accueillant des géants comme le chanteur d’opéra Fiodor Chaliapine ou le poète national Hovhannès Toumanian. C’est également entre ces murs qu’a été adoptée la déclaration de la Première République d’Arménie, conférant au site une importance historique nationale majeure. Malheureusement, Mikael Aramyants a perdu toute sa fortune avec l’arrivée du régime soviétique et s’est éteint dans la pauvreté, laissant derrière lui ce joyau qui, bien qu’inscrit au patrimoine historique, est aujourd’hui dans un état de délabrement avancé et attend une restauration qui lui rendrait sa splendeur passée.
Aujourd’hui le château est en très mauvais état mais le nouveau propriétaire est en train d’aménager le domaine et des restaurations sont en cours. La seule possibilité de s’approcher de ce bout d’histoire et de dormir sur place dans l’une des nouvelles chambres modernes et confortables.
Chez un apiculteur
Pour une expérience vraiment hors du commun lors de votre séjour à Alaverdi, je vous recommande vivement de grimper sur les hauteurs de la ville pour découvrir l’ARMBEE Honey Farm. Cette ferme apicole ne se contente pas de produire du miel ; elle propose un concept fascinant d’apithérapie où vous pouvez dormir dans des cabines en bois douillettes construites directement au-dessus des ruches. Rassurez-vous, tout est parfaitement sécurisé et cette pratique est réputée pour renforcer le système immunitaire grâce aux vibrations et aux effluves des abeilles. Au-delà de cet aspect insolite, l’endroit dispose d’un jardin et d’une terrasse ouverte offrant une vue absolument fabuleuse sur les paysages montagneux de Lori, le tout couronné par l’accueil chaleureux d’une hôte adorable. C’est, à mon avis, l’une des haltes les plus ressourçantes et originales de tout le canyon de Debed.
Debed life
Si vous cherchez un endroit pour poser votre ordinateur tout en restant en immersion dans la nature sauvage de Lori, je vous conseille vivement de découvrir Debed.life, situé dans le charmant village de Debet. Ce projet de co-living et de co-working est né de l’initiative de Tatevik Aghababyan, une designer qui, après avoir vécu 15 ans en Allemagne, a décidé de revenir à ses racines pour créer un refuge inspirant. C’est devenu le point de ralliement idéal pour les nomades digitaux et les freelances en quête de sérénité : l’endroit offre non seulement une connexion internet performante, mais aussi un environnement de travail chaleureux où l’on peut échanger avec d’autres esprits créatifs. Séjourner ici, c’est choisir de ralentir le rythme, loin du tumulte des grandes villes, tout en profitant de paysages montagneux absolument grandioses.
Où manger un bout dans le canyon de Debed ?
Nurik Center
Après avoir exploré les fresques d’Akhtala, je vous invite chaleureusement à pousser la porte du Nurik Center, une véritable pépite de solidarité nichée au cœur de la ville. Ce lieu est bien plus qu’une simple étape gourmande ; il s’agit d’un centre communautaire et de développement touristique exemplaire, fondé par l’Association des jeunes femmes arméniennes pour offrir des opportunités d’emploi aux femmes locales ainsi qu’aux personnes en situation de handicap. L’accueil y est d’une bienveillance rare et l’on peut s’y immerger dans le folklore du Lori en participant à des ateliers de tissage de tapis ou à des masterclasses culinaires passionnantes. C’est pour moi l’endroit rêvé pour apprendre à cuisiner le célèbre gata (une brioche sucrée traditionnelle), ainsi que d’autres spécialités comme le ghapama ou la harissa. En choisissant de vous y arrêter, vous soutenez directement une initiative sociale forte tout en savourant une cuisine authentique qui, je vous le garantis, a le don de réchauffer le cœur.

Mendz Er
En grimpant sur les hauteurs d’Alaverdi, je suis tombé sur une adresse que je ne suis pas près d’oublier : Mendz Er, un nom qui se traduit tout simplement par « Grande Grotte » en arménien. L’histoire du lieu est assez incroyable, puisque ce qui n’était au départ qu’une simple étable pour chèvres a été métamorphosé par deux frères, en un complexe original regroupant un musée, des ateliers d’artisanat et un restaurant panoramique. Lors de l’aménagement du site, ils ont même découvert une cavité naturelle de plus de 300 mètres de long s’enfonçant profondément dans la montagne vers le monastère de Sanahin. Pour les gourmands, c’est l’endroit rêvé pour tester l’ Egh u Jil, la fondue arménienne traditionnelle, tout en profitant d’une terrasse qui offre sans doute l’une des vues les plus spectaculaires et vertigineuses sur tout le canyon de Debed. Je vous suggère également de descendre jeter un œil à la partie de la grotte transformée en bar, où les lampes de sel créent une atmosphère feutrée et magique absolument unique.
Restaurant Atorick
J’ai un petit faible pour le restaurant Atorick, une adresse que je vous recommande chaudement lors de votre passage près de Haghpat. Installé sur la route M6, ce petit havre gourmand borde directement la rivière Debed, offrant un cadre apaisant pour une pause déjeuner bien méritée. Ce que je préfère ici, c’est sans conteste sa superbe terrasse, idéale pour les voyageurs solitaires comme pour les grands groupes qui souhaitent profiter du grand air. On y savoure des grillades traditionnelles, mais l’établissement est également connu pour être très accueillant envers les végétariens et les vegans. Pour moi, c’est l’étape parfaite pour se ressourcer en toute simplicité avant de continuer à explorer les merveilles du canyon.
FAQ sur le canyon de Debed
Le canyon abrite deux joyaux classés à l’UNESCO : les monastères de Haghpat et Sanahin, célèbres pour leur architecture médiévale mêlant styles byzantin et arménien. Je te conseille aussi vivement de passer par le monastère-forteresse d’Akhtala ; c’est le seul de la région à posséder des fresques médiévales aussi bien préservées. Pour une vue à couper le souffle, ne manque pas la basilique d’Odzun, perchée sur un plateau surplombant les gorges.
Le canyon peut se visiter toute l’année, mais le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-novembre) sont mes saisons favorites. La nature est en fleur ou parée de couleurs dorées, et les températures sont idéales pour la randonnée (environ 18-20°C en journée).
C’est un véritable paradis pour les marcheurs. Le sentier le plus emblématique est le World Heritage Trail, qui relie Sanahin à Haghpat en passant par la forteresse de Kayan. Par ailleurs, le sentier allant de Kobayr à Odzun est considéré comme l’un des plus beaux du pays, offrant des panoramas spectaculaires sur le canyon tout au long des 11 km de marche.
Avez-vous déjà visiter le canyon de Debed ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.



Très bel endroit à ne pas manquer !
A ne pas manquer lors de votre visite de l’Arménie