La Géorgie se mérite souvent à pied, en 4×4 ou au fil de routes de montagne qui serpentent pendant des heures avant de dévoiler un sommet ou un monastère perché. Mais il existe une autre manière, radicalement différente, d’aborder ce pays du Caucase : depuis le ciel, à bord d’un hélicoptère privé. En une poignée d’heures, des paysages qui demanderaient normalement plusieurs jours de route se déploient sous vos yeux, sans lacets ni cols enneigés à négocier. J’ai voulu réunir ici les quatre escapades aériennes qui, à mon sens, racontent le mieux ce que la Géorgie a de plus vertical, de plus reculé et de plus spectaculaire — en commençant par les deux régions qui, pour moi, justifient à elles seules de réserver un vol : la Touchétie et la Svanétie.
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- Vol en hélicoptère en Touchétie hivernale : atterrir là où la route a disparu
- Vol en hélicoptère en Svanétie : entre géants de 5 000 mètres et tours médiévales
- Survol de Mtskheta, Ananouri direction le mont Kazbek et l’église de Guergueti
- Vol en hélicoptère à Vardzia : Journée complète entre grottes monastiques et forteresse
- Organisez votre propre escapade
Vol en hélicoptère en Touchétie hivernale : atterrir là où la route a disparu
Il y a quelque chose d’assez vertigineux à survoler une région que la neige rend, chaque année, inaccessible pendant sept à huit mois. C’est le cas de la Touchétie, coincée entre le Grand Caucase et la frontière tchétchène, dont l’unique voie d’accès routière franchit le col d’Abano à 2 950 mètres d’altitude. Dès les premières neiges, ce col disparaît sous des congères et sous la menace d’avalanches, et la région se referme sur elle-même jusqu’au printemps.
C’est précisément cette fermeture qui rend l’expérience fascinante. En hiver, sur les 52 villages historiques que compte la Touchétie, à peine une vingtaine d’habitants demeurent sur place, le reste de la population redescend vers les plaines de Kakhétie. Omalo, le centre administratif de la région perché à environ 1 900 mètres, se retrouve alors quasiment vide, tout comme les hameaux voisins qui culminent au-delà de 2 300 mètres.
Depuis Tbilissi, un véhicule privé vous conduit jusqu’à l’aérodrome de Katchreti, où un hélicoptère AS350 B3 AStar vous attend pour un vol réservé exclusivement à votre groupe. Une fois en l’air, le paysage se hisse rapidement vers des crêtes acérées et des vallées encaissées du Grand Caucase enneigé, avant de survoler le col d’Abano lui-même — cette route impraticable, vue d’en haut, prend tout son sens. Au sol, à Omalo, vous découvrez des tours en pierre médiévales, des ruelles figées sous la neige et un silence que peu de voyageurs ont la chance d’expérimenter.
Un déjeuner traditionnel touche vous attend sur place : khinkali tushètes aux formes plus rustiques que leurs cousins de la capitale, et khavitsi, un plat réconfortant à base de caillé frais et de beurre clarifié, le tout accompagné de vin géorgien et de chacha. Pour les amateurs, une balade à cheval d’une heure dans la neige peut compléter la journée — une manière assez juste de se déplacer dans un paysage qui a toujours vécu au rythme du cheval plutôt que de la route.
Comptez une journée d’environ six heures, avec un tarif démarrant autour de 970 € par personne selon la taille du groupe (le prix par personne diminue sensiblement à mesure que le groupe s’agrandit, jusqu’à quatre participants).

Vol en hélicoptère en Svanétie : entre géants de 5 000 mètres et tours médiévales
Si la Touchétie séduit par son isolement, la Svanétie impressionne par sa verticalité. Cette région, au départ de Mestia, concentre certains des sommets les plus hauts du Caucase géorgien, et le survol en hélicoptère les met en scène d’une façon qu’aucune route ne pourrait offrir.
Le vol débute au petit matin, lorsque la lumière rase encore les crêtes. Très vite apparaît le mont Ushba, surnommé le Cervin du Caucase pour ses deux pointes jumelles culminant à 4 710 mètres — une silhouette que je trouve personnellement plus impressionnante encore vue depuis les airs que depuis le sol. L’hélicoptère file ensuite vers le mont Chkhara, toit de la Géorgie à 5 201 mètres, qui fait partie de l’imposante paroi du Bezengi, un mur de glace et de roche qui met à l’épreuve les alpinistes les plus expérimentés.
Vient alors le passage au-dessus d’Ushguli, l’un des villages habités les plus élevés d’Europe et site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ses tours de pierre svanes, dressées comme des sentinelles depuis des siècles, racontent une architecture défensive unique au monde, pensée pour résister aux avalanches autant qu’aux invasions.
À mi-parcours, l’appareil se pose dans une prairie alpine coupée de toute route, où un déjeuner géorgien raffiné est servi au milieu des sommets — un moment que je recommande de savourer lentement, tant le silence environnant contraste avec le vrombissement du vol. Les amateurs de sensations fortes peuvent ajouter une option heliski, encadrée par des guides certifiés IFMGA, pour tracer leur propre trace sur des pentes vierges.

Le vol de retour, en fin d’après-midi, profite d’une lumière dorée qui change complètement le visage des montagnes traversées le matin. Comptez environ deux heures de vol pour une excursion à la journée, dès 875 € par personne selon la taille du groupe.
Survol de Mtskheta, Ananouri direction le mont Kazbek et l’église de Guergueti
Moins isolée que la Touchétie ou la Svanétie, l’escapade de Kazbegi séduit par la densité de ce qu’elle donne à voir en seulement deux heures de vol, toute l’année, au départ de Tbilissi. Le trajet aérien commence par un survol de Mtskheta, l’ancienne capitale religieuse de la Géorgie, dont les coupoles et les enceintes se découpent nettement depuis les airs.
Plus loin, la forteresse d’Ananouri, place forte du XVIIe siècle, domine le réservoir turquoise de Jinvali — un contraste de couleurs qui, à mon avis, mérite à lui seul quelques minutes de survol supplémentaires. L’itinéraire passe ensuite au-dessus de la station de Gudauri avant d’atteindre son point d’orgue : l’église de la Trinité de Gergeti, œuvre du XIVe siècle perchée sur son promontoire face au mont Kazbek, qui culmine à 5 054 mètres. C’est l’un des rares survols qui autorise un atterrissage sur place, pour explorer l’église à pied et profiter d’un panorama sur le Caucase que la route d’accès habituelle, longue et sinueuse, ne permet pas d’apprécier aussi vite.
Pour les voyageurs curieux d’aller plus loin, une extension optionnelle mène jusqu’au village isolé de Shatili, en Khevsourétie, à 1 400 mètres d’altitude. Ses maisons-tours de pierre, agglomérées les unes aux autres comme une forteresse naturelle, offrent un aperçu rare de la vie montagnarde traditionnelle — une option que je conseille à quiconque a déjà survolé Kazbegi une première fois et cherche à pousser plus loin.
L’excursion démarre à partir de 755 € par personne, pour une expérience d’environ deux heures accessible toute l’année.


Vol en hélicoptère à Vardzia : Journée complète entre grottes monastiques et forteresse
Dernière escapade, et sans doute la plus complète en termes d’immersion historique : le survol de Vardzia, dans le Samtskhe-Javakhétie. Contrairement aux trois précédentes, cette expérience se déroule sur une journée entière, avec un départ matinal depuis l’aérodrome de Natakhtari, non loin de Tbilissi.
Après un peu plus d’une heure de vol au-dessus de collines ondulantes et de vallées verdoyantes, l’hélicoptère se pose près de Vardzia, la spectaculaire cité troglodytique creusée dans la falaise aux XIIe et XIIIe siècles, sous le règne de la reine Tamar. Inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO depuis 2007, le site déploie des centaines de chambres et de chapelles taillées dans la roche, ornées de fresques qui ont traversé les siècles. Un déjeuner géorgien est servi sur place, dans un cadre qui invite à prolonger la visite plutôt qu’à la presser.
En début d’après-midi, un second vol, bien plus court, mène à la forteresse de Rabati, à Akhaltsikhé. Restaurée entre 2010 et 2012, elle mêle influences architecturales européennes et asiatiques et abrite aujourd’hui un musée d’histoire locale, où armes anciennes et pièces ethnographiques du Samtskhe-Javakhétie complètent utilement ce que l’on vient de survoler. Le retour vers Tbilissi, en fin de journée, referme une boucle d’environ dix heures qui aura fait traverser à la fois l’histoire médiévale géorgienne et certains de ses paysages les moins accessibles par la route.
Cette expérience, la plus longue des quatre, démarre à partir de 1 250 € par personne selon la taille du groupe.


Organisez votre propre escapade
Ces quatre survols n’épuisent pas les possibilités qu’offre la Géorgie vue du ciel, mais ils en dessinent, je trouve, un excellent aperçu : l’isolement hivernal de la Touchétie, la verticalité minérale de la Svanétie, la densité historique de Kazbegi et la profondeur monastique de Vardzia. Chacun peut se vivre isolément, sur une demi-journée ou une journée complète, ou se combiner à un itinéraire terrestre plus classique pour les voyageurs qui souhaitent alterner route et ciel.
J’aime construire ce genre de parcours sur mesure, en ajustant les dates aux fenêtres météo les plus favorables et en associant, selon vos envies, un survol à quelques jours de randonnée ou de découverte culturelle au sol. N’hésitez pas à m’écrire si l’une de ces quatre escapades a retenu votre attention : je serai heureux d’en discuter avec vous.
Avez-vous déjà effectué un vol en hélicoptère au dessus du Caucase ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

