Khevsourétie la terre des vallées

Écrit par Sébastien

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La Khevsourétie, souvent surnommée la « Terre des Vallées », est une province historique de la Géorgie nichée sur les versants nord et sud de la chaîne du Grand Caucase. Caractérisée par un relief tourmenté de gorges profondes et de sommets escarpés, cette région isolée n’est accessible que durant les mois d’été, le col de Datvisjvari étant bloqué par la neige le reste de l’année. Patrie d’un peuple de guerriers légendaires et de poètes, elle a conservé une identité culturelle unique où les citadelles médiévales, telles que Shatili et Mutso, témoignent d’un passé défensif héroïque. Entre ses sanctuaires en ardoise, ses lacs glaciaires d’Abudelauri et ses traditions singulières mêlant christianisme et rites païens, la Khevsourétie offre aux voyageurs une immersion hors du temps dans l’une des zones les plus sauvages et les plus authentiques du pays.

Temps de lecture estimé : 27 minutes

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Brève histoire de la Khevsourétie

La Khevsourétie, habitée depuis l’âge du bronze, était historiquement connue sous le nom de Pkhovi, une province qui englobait également la région voisine de Pshavi. Dès le Ier siècle av. J.-C., ses habitants se distinguèrent en barrant la route au général romain Pompée, affirmant très tôt leur caractère belliqueux et indépendant. Au Moyen Âge, bien que la région ait été officiellement convertie au christianisme dès le IVe siècle, puis plus fermement sous la reine Tamar au XIIe siècle, les Khevsours ont maintenu un syncrétisme unique mêlant rites païens et orthodoxie. En raison de leur rôle stratégique de gardiens des frontières nord du royaume géorgien, ils bénéficiaient d’une autonomie particulière, étant exemptés d’impôts et directement subordonnés au monarque, pour qui ils servaient souvent de gardes du corps d’élite.

L’histoire plus récente de la région est marquée par une résistance farouche, notamment contre l’annexion russe après 1801, menant à des révoltes qui ne furent totalement réprimées qu’en 1830. Les citadelles comme Shatili témoignent de ce passé héroïque, ayant par exemple repoussé des milliers d’envahisseurs du Nord-Caucase au début du XIXe siècle avec seulement une cinquantaine d’hommes. Cependant, le XXe siècle a apporté des bouleversements radicaux : après l’arrivée de la première route carrossable en 1934, le régime soviétique a orchestré, durant les années 1950, une déportation forcée de la population vers les plaines pour punir l’insubordination des montagnards. Ce déracinement a laissé de nombreux villages, tels que Mutso et Ardoti, à l’état de ruines ou de colonies abandonnées. Aujourd’hui, la Khevsourétie connaît un timide renouveau grâce au développement du tourisme et à la restauration de son patrimoine architectural exceptionnel.

Quel est le meilleur moment pour visiter la Khevsourétie ?

La meilleure période pour visiter la Khevsourétie se situe entre juin et septembre, voire jusqu’au début du mois d’octobre. En raison de son altitude élevée et de son relief escarpé, cette région isolée est inaccessible durant la majeure partie de l’année, car le col de Datvisjvari (2 676 mètres) est bloqué par la neige de novembre à mai. Le climat y est typiquement montagnard, caractérisé par des hivers longs et rudes, tandis que les étés sont courts et frais, avec des températures moyennes oscillant entre 10°C et 14°C dans les zones alpines de la Khevsourétie du Nord.

Pour une expérience optimale, le mois de juillet est particulièrement recommandé car il correspond à la floraison des fleurs alpines, offrant un spectacle magnifique autour des lacs d’Abudelauri. Les mois de juillet et août sont également les plus favorables pour la randonnée et le trekking grâce à des conditions plus sèches et des routes plus sûres. Enfin, planifier un voyage à la fin du mois d’août ou au début du mois de septembre permet d’assister à la fête traditionnelle de Shatiloba, un festival marqué par des courses de chevaux, des danses et des chants folkloriques célébrant la culture locale.

Comment se rendre en Khevsourétie ?

Pour se rendre en Khevsourétie depuis Tbilissi, l’itinéraire principal suit d’abord la route militaire géorgienne vers le nord avant de bifurquer au niveau du réservoir de Zhinvali pour remonter la rivière Aragvi de Pshav. Cette province montagneuse est l’une des plus difficiles d’accès en Géorgie : le trajet d’environ 100 kilomètres depuis la capitale jusqu’à Korsha prend environ 2 heures et nécessite impérativement un véhicule tout-terrain (4×4) capable de circuler sur des pistes de montagne étroites et non goudronnées.

Ensuite, il vous faudra 40 minutes pour atteindre le départ des randonnées à Roshka, 50 minutes jusqu’au col de Datvisjvari et encore 1h30 pour atteindre Shatili. Enfin, comptez encore 40 minutes jusqu’à Mutso et ajoutez 20 minutes de plus pour atteindre la dernière étape, Khonischala. Cela fait un total de 5h20 pour faire toutes les vallées jusqu’au bout depuis Tbilissi.

Le transport public est assuré par des minibus (marchrutkas) partant de la gare routière de Didube à Tbilissi, mais les liaisons sont limitées. Pour rejoindre directement Shatili, les départs ont lieu deux fois par semaine, généralement le mercredi et le samedi à 9h00 ou 10h00, pour un coût de 30 GEL par personne. Il existe également une liaison quotidienne vers Barisakho, centre de la Basse Khevsourétie, partant en fin d’après-midi. Pour les randonneurs, la région est aussi accessible à pied via des sentiers de haute montagne reliant la Touchétie (depuis Omalo) ou la région de Kazbegi (depuis Juta).

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Quoi voir en Khevsourétie, la terre des vallées ?

Musée Vazha-Pshavela

Le musée Vazha-Pshavela, situé dans le village de Chargali à l’entrée de la Khevsourétie, rend hommage à Luka Razikashvili (connu sous son nom de plume Vazha-Pshavela), une figure emblématique de la littérature géorgienne née en 1862. Ce site culturel, établi en 1961, comprend l’ancienne résidence du poète ainsi qu’un bâtiment d’exposition adjacent dont l’architecture de style soviétique brutaliste se distingue par des formes arrondies et l’usage unique de la pierre locale. Les visiteurs peuvent y découvrir une collection de souvenirs personnels et admirer, à l’entrée du complexe, un petit amphithéâtre ainsi qu’une sculpture géante représentant le profil distinctif de l’écrivain. Le musée, dont les œuvres littéraires célèbrent les légendes et la bravoure des guerriers de Pshavi et de Khevsourétie, est ouvert au public du mardi au dimanche, de 10h00 à 18h00, pour un tarif d’entrée de 2 GEL.

Korsha

Korsha est un petit village pittoresque niché en Basse Khevsourétie (Piraketa), à environ une heure et quarante-cinq minutes de route de la périphérie de Tbilissi. Décrit comme un modeste regroupement de maisons, il se distingue par une curiosité locale insolite : un vieil hélicoptère stationné en plein centre du village. Pour les voyageurs, Korsha marque souvent une transition géographique importante, car c’est à cet endroit que l’on rejoint une route goudronnée de meilleure qualité en quittant les pistes de gravier plus rudes de la haute montagne.

Le village joue un rôle clé dans la préservation du patrimoine local grâce à son musée ethnographique installé à l’intérieur d’une tour en pierre reconstruite. Ce musée est géré par la famille exploitant la « Korsha Guest House », une auberge réputée qui sert de base idéale pour les randonneurs avant ou après leur excursion vers les lacs d’Abudelauri. Situé à seulement sept kilomètres de l’embranchement vers Roshka, Korsha offre une immersion authentique dans la culture des montagnards tout en restant l’un des points de la région les plus accessibles depuis la capitale.

Roshka

Roshka est un village pittoresque de la Basse Khevsourétie, niché à une altitude élevée à proximité du massif montagneux de Chaukhi. Historiquement, au XIXe siècle, la communauté de Roshka était composée de sept villages regroupant environ 650 habitants. Pour l’atteindre, les voyageurs doivent quitter la route principale après avoir dépassé Korsha et prendre une bifurcation au niveau de Ghelisvake. Le trajet de sept kilomètres sur cette route secondaire est particulièrement exigeant et prend environ 40 minutes en véhicule tout-terrain, bien que des travaux récents visent à améliorer cet accès autrefois très difficile.

Aujourd’hui, le village est mondialement connu comme le point de départ principal de la randonnée vers les lacs glaciaires d’Abudelauri, célèbres pour leurs teintes verte, bleue et blanche. Roshka constitue également une étape stratégique pour les randonneurs traversant le Grand Caucase, car il relie la Khevsourétie à la région de Kazbegi par les cols de Chaukhi ou de Sadzele, menant au village de Juta. Une route de terre se prolonge au-delà du village vers la vallée d’Arkhoti, une zone extrêmement isolée qui n’était autrefois accessible qu’à cheval ou par hélicoptère.

Randonnées de lacs Abudelauri

La randonnée des lacs d’Abudelauri, nichés à environ 2 600 mètres d’altitude au pied du majestueux massif de Chaukhi (souvent comparé aux Dolomites), est l’un des points forts de la région. Le sentier débute généralement au village de Roshka et permet de découvrir trois lacs d’origine glaciaire aux couleurs uniques : vert, bleu et blanc. Si les lacs vert et bleu sont situés à proximité l’un de l’autre (environ 7 km du village) et sont accessibles aux randonneurs moins expérimentés, le lac blanc, niché à la base même de la montagne, demande un effort physique plus soutenu. La période idéale pour effectuer cette visite est le mois de juillet, moment où la floraison des fleurs alpines transforme le paysage en un tableau féerique.

lac Abudelauri

Sur le plan technique, il faut compter au minimum six heures pour réaliser la boucle complète de 12 km aller-retour à travers la vallée. Le parcours suit des sentiers balisés et franchit de nouveaux ponts avant d’entamer une ascension plus raide vers le lac blanc, qui constitue la partie la plus difficile de l’excursion. La transition entre le lac blanc et le lac bleu s’effectue par une descente abrupte sur des roches d’ardoise, exigeant une certaine vigilance. Pour les marcheurs au long cours, ce site est souvent une étape clé des itinéraires reliant la Khevsourétie à la région de Kazbegi (village de Juta) via le col de Chaukhi, qui culmine à 3 341 mètres d’altitude. Ces lacs, alimentés par la fonte des glaces et des neiges, restent gelés plus de six mois par an.

Le col de Datvisjvari, la tour de Lebaiskari et la Forteresse de Kistani

Le col de Datvisjvari, culminant à 2 676 mètres d’altitude, constitue la porte d’entrée naturelle et le point de partage entre la Khevsourétie basse (Piraketa) et la Khevsourétie haute (Pirikita). Également connu sous le nom de col de la Croix de l’Ours, il est traversé par l’unique route menant à la région, une piste de montagne étroite qui reste bloquée par la neige de novembre à mai. Souvent enveloppé d’un brouillard épais, le sommet du col abrite plusieurs petits sanctuaires et une croix métallique à trois branches offrant des vues spectaculaires sur les vallées environnantes. C’est un point de passage historique qui servait autrefois de route commerciale majeure avec le Caucase du Nord.

Située sur la route menant à Shatili, juste après la descente du col, la tour de Lebaiskari est un exemple remarquable de l’architecture médiévale défensive des montagnards. Cette structure de cinq étages, reliés par des escaliers amovibles en bois, servait autrefois de poste de guet pour protéger les frontières sud de la province. Caractéristique du style Vainakh, elle présente une silhouette effilée couronnée d’un petit toit en ardoise, tandis que son rez-de-chaussée était traditionnellement utilisé comme écurie. Aujourd’hui, elle se dresse seule près des ruines d’un ancien village abandonné, témoignant du passé guerrier de la région.

Juste après la forteresse de Kistani est un complexe de structures résidentielles et militaires bâti sur un terrain rocheux particulièrement escarpé. Sa conception architecturale est unique : les maisons sont construites en terrasses de telle sorte que le toit d’une habitation sert de plateforme de sortie pour la suivante. Le périmètre extérieur du village, composé d’une trentaine de maisons fortifiées, faisait office de mur d’enceinte défensif, complété par deux tours de guet situées sur une colline voisine. Bien qu’elle soit aujourd’hui en grande partie en ruines, la forteresse de Kistani reste l’un des sites les mieux préservés illustrant l’ingéniosité des bâtisseurs khevsours face à un relief difficile.

Shatili

Shatili est un village fortifié médiéval spectaculaire situé à 1 400 mètres d’altitude sur la rive gauche de la rivière Argouni, dans une gorge profonde à proximité immédiate de la frontière tchétchène. Ce complexe architectural, édifié entre le Xe et le XIe siècle, est unique en Géorgie car ses 60 tours de défense et d’habitation sont toutes interconnectées pour former une muraille continue et impénétrable. À l’intérieur de cette citadelle, on trouve un véritable labyrinthe de passages étroits, de terrasses aménagées sur des toits plats et de ponts en bois surélevés qui permettaient autrefois aux défenseurs de circuler rapidement sans descendre au niveau du sol en cas d’attaque. Des pictogrammes symboliques, gravés dans la pierre au-dessus des portes et des fenêtres, témoignent encore aujourd’hui des croyances locales anciennes visant à protéger les foyers.

Historiquement, Shatili a servi pendant des siècles de bastion stratégique gardant les frontières nord-est du royaume de Géorgie contre les incursions. Après avoir été presque entièrement dépeuplé lors des déportations forcées vers les plaines par les autorités soviétiques dans les années 1950, le village a repris vie avec le retour de certaines familles qui se sont installées dans le « Nouveau Shatili » adjacent. Aujourd’hui inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO, le site est devenu le centre névralgique de la Khevsourétie supérieure, accueillant les randonneurs dans des tours transformées en maisons d’hôtes. Chaque année, le village célèbre la Shatiloba en septembre, un festival populaire mettant à l’honneur les chants, les danses guerrières et les traditions équestres de ce peuple de montagnards autrefois réputé pour sa bravoure au combat.

Shatili khevsourétie

Nécropole d’Anatori

La nécropole d’Anatori est un monument archéologique et historique situé à environ trois kilomètres de Shatili, au confluent des rivières Arghouni et Mutso. Ce site, autrefois un village prospère, est marqué par une tragédie humaine liée à une épidémie de peste qui a dévasté la communauté entre le XIe et le XVe siècle. Pour protéger leurs familles et voisins de la contagion, les habitants infectés pratiquaient un acte d’auto-quarantaine héroïque : sentant la mort approcher, ils se rendaient d’eux-mêmes dans ces cryptes de pierre pour y attendre leur fin en solitude. La légende raconte qu’un seul résident, un jeune garçon parti travailler comme berger, survécut pour témoigner de l’extinction de son village.

Sur le plan architectural, le complexe se compose de structures basses en pierre d’ardoise et d’argile, construites sans mortier et dotées de toits plats. À l’intérieur de ces chambres funéraires, des étagères en ardoise disposées sur deux ou trois niveaux abritent encore des ossements humains et des restes momifiés visibles à travers les fenêtres à barreaux. Bien que l’église Sainte-Marie se trouve à proximité, les cryptes elles-mêmes sont dépourvues de symboles religieux. Aujourd’hui, située à moins d’un kilomètre de la frontière russe, la nécropole demeure un lieu de mémoire saisissant où les pèlerins venaient autrefois honorer la divinité locale Anatorisjvari, censée avoir envoyé la plaie sur le village.

Mutso

Le village fortifié de Mutso est situé à environ 12 kilomètres de Shatili, perché de manière spectaculaire sur un éperon rocheux escarpé à près de 1 900 mètres d’altitude. Ce complexe médiéval, habité entre le Xe et le XIXe siècle, servait autrefois de bastion stratégique majeur pour protéger les frontières nord du royaume de Géorgie contre les incursions ennemies. Son architecture unique se compose d’une trentaine de maisons-tours et de quatre châteaux militaires édifiés sur des terrasses verticales, si étroitement intégrés au relief qu’ils semblent avoir été sculptés par la nature elle-même.

Bien qu’il soit resté à l’état de ruines après son abandon il y a un siècle, Mutso a bénéficié récemment d’un vaste projet de restauration visant à préserver ses tours à toit plat et ses remparts. Le site est entouré de mystère, notamment à travers la légende de l’icône de l’Archange Broliskalo, que les habitants auraient cachée dans les montagnes et qui ne révélerait son emplacement qu’en rêve à un homme au cœur pur. Pour explorer la citadelle, les visiteurs doivent entreprendre une ascension abrupte d’environ 30 minutes, passant devant d’anciennes cryptes funéraires et des sanctuaires traditionnels (khati) avant d’atteindre le sommet, où se dresse la célèbre tour de Torghva offrant une vue panoramique sur la vallée de l’Ardoti.

Mutso khevsureti

Cryptes de Mutso

Les cryptes funéraires de Mutso, situées sur un petit plateau le long du sentier escarpé menant à la forteresse, sont construites en pierre sèche et s’intègrent parfaitement au paysage montagneux. Contrairement aux tombeaux d’Anatori, ces voûtes ne sont pas protégées par des barreaux, ce qui laisse apparaître de manière saisissante des ossements et des crânes humains à l’intérieur. Ces structures sont remarquables par leur absence totale d’ornements ou de symboles religieux, renforçant le caractère mystérieux et « étrange » du site. Il est toutefois vivement conseillé aux visiteurs de ne pas grimper sur leurs toits pour prendre des photos afin de préserver l’intégrité de ces monuments historiques.

Tour Torghva

La tour de Torghva est l’une des structures défensives les plus emblématiques du village fortifié de Mutso, perchée de manière spectaculaire sur un rebord rocheux surplombant la rivière au nord du complexe principal. Elle est historiquement associée à Torghva Dzagani, un héros légendaire du folklore khevsour originaire de Mutso. Longtemps restée à l’état de décombres, la tour a été récemment reconstruite pierre par pierre dans le cadre d’un projet de restauration. Bien que cet édifice soit particulièrement impressionnant à observer depuis le plateau voisin, son accès direct reste périlleux car il n’existe aucun sentier clairement tracé pour l’atteindre en toute sécurité.

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L’église de Mutso

A l’intérieur du village

L’intérieur des édifices de Mutso, composé d’environ trente structures incluant des maisons-tours et des châteaux militaires, se caractérise par une architecture verticale robuste et fonctionnelle. Ces tours comptent généralement de deux à quatre niveaux, séparés par des poutres et des chevrons en bois qui soutiennent les planchers et les plafonds. Traditionnellement, les deux premiers étages étaient dévolus au bétail, tandis que les espaces de vie et le stockage des possessions — tels que les vêtements, les ustensiles de cuisine et les armes — se trouvaient aux niveaux supérieurs. Aujourd’hui, bien que les tours restaurées soient vides de mobilier, leurs entrées souvent ouvertes permettent aux visiteurs d’admirer les intérieurs reconstruits et la structure des plateformes en bois. L’ensemble reste très sobre et largement dépourvu d’ornements, avec peu de traces subsistantes des anciens ponts en bois surélevés qui permettaient autrefois de circuler entre les habitations.

Comptez au minimum deux heures pour explorer Mutso dans son ensemble : l’ascension jusqu’au sommet du complexe nécessite environ une heure en incluant les nombreuses pauses photographiques et les détours vers les sépultures, puis comptez 45 minutes supplémentaires pour redescendre. Aucun point d’eau n’étant accessible sur le site, pensez à emporter vos propres provisions. Bien que le restaurant local propose boissons fraîches et en-cas, les tarifs y sont relativement élevés.

Khonischala

Khonischala est un petit village reculé de la Haute Khevsourétie, situé encore plus profondément dans les montagnes que la forteresse de Mutso, à environ trois kilomètres ou vingt minutes de route de cette dernière. Ce hameau idyllique, niché au bord de la rivière, est composé de seulement quelques maisons appartenant toutes aux membres de la famille Shetekauri, qui s’y est établie il y a plusieurs générations.

Son accès est particulièrement typique du caractère sauvage de la région, car il n’existe pas de pont routier sur la rivière Khomistskali ; les véhicules doivent donc traverser le cours d’eau à gué, tandis que les passagers peuvent emprunter une petite passerelle piétonne. Pour les voyageurs, Khonischala représente une étape stratégique et paisible, notamment pour les randonneurs se préparant à franchir le col d’Atsunta (vers la Touchétie) ou en revenant, grâce à des établissements comme la maison d’hôtes Grilo.

Séjourner dans ce village permet une immersion totale loin de l’affluence touristique, offrant l’occasion de goûter à une hospitalité authentique, comme les khinkalis faits main par les locaux, tout en profitant de vues spectaculaires sur la citadelle de Mutso encadrée par les montagnes lors du trajet retour vers le sud. Il est toutefois vivement recommandé de ne s’y rendre que s’il reste suffisamment de lumière du jour, le trajet depuis le col de Datvisjvari prenant environ deux heures et demie sur des pistes de gravier exigeantes.

Où dormir en Khevsourétie ?

La maison d’hôtes familiale de Korsha est très appréciée. Située avant le col, elle est facilement accessible depuis Tbilissi par une route en grande partie goudronnée. Les propriétaires gèrent un petit musée ethnographique dans le village. C’est un bon point de chute pour passer la nuit avant ou après la randonnée des lacs d’Abudelauri.

hotel khevsureti

L’Ethnic Hotel est dirigé par Irma et sa famille, qui vous accueillent chaleureusement dans une tour restaurée en bordure du village principal. La terrasse panoramique offre une vue imprenable sur l’ensemble de Shatili, un avantage considérable par rapport aux hébergements situés au cœur du village. L’établissement se distingue par son mobilier artisanal entièrement réalisé par l’époux d’Irma, notamment les structures de lit sculptées dans des troncs d’arbres. Les chambres allient tranquillité, propreté et confort, tandis que le petit-déjeuner servi est de grande qualité.

Khevsourétie ethno hotel

Niché à proximité du col d’Atsunta, la maison d’hôtes Grilo dans le village de Khonischala constitue une étape stratégique pour les randonneurs. Ce hameau paisible offre un point de chute idéal si vous souhaitez explorer les profondeurs du Khevsureti. Au petit matin, lors de votre départ, vous serez récompensé par des panoramas spectaculaires sur le village fortifié de Mutso qui se dévoile au loin dans toute sa splendeur. Réservation par téléphone au +995 522 22 49 20.

Non loin dans le village d’Adorti, une autre maison d’hôtes est très appréciée des randonneurs.

hotel khevsureti

Où manger un bout en Khevsourétie ?

En Khevsourétie, l’offre de restauration est limitée et se concentre principalement dans les villages habités et les maisons d’hôtes de la région. À Shatili, le Café Firefly est une option prisée pour manger en terrasse avec une vue imprenable sur les tours médiévales, tout comme l’établissement Sulphoni qui est réputé pour son khachapuri et ses pommes de terre frites. Pour les voyageurs s’aventurant plus loin, une famille à Ardoti propose du pain frais et de la bière, tandis qu’un petit café se trouve au pied de la citadelle de Mutso. Les localités de Barisakho et Roshka disposent également de guesthouses servant des repas, mais en dehors de ces points précis, il n’existe pratiquement aucun restaurant dans cette zone sauvage. Sur la route d’accès, le restaurant Pshauri Balada dans la région voisine de Pshavi est une étape célèbre pour ses khinkalis artisanaux cuits au chaudron.

Café Firefly Khevsourétie
Café Firefly sur les toits de Shatili

Café Firefly

Le Café Firefly est situé à l’arrière du complexe fortifié de Shatili et offre une vue imprenable sur les toits du village depuis sa terrasse. C’est un endroit idéal pour faire une pause lors de l’exploration de la citadelle, permettant aux visiteurs de déguster des spécialités locales comme le kuserbo, un plat traditionnel composé de pommes de terre, de fromage et de ghee, agrémenté d’oignons verts. Bien que l’établissement ne semble pas avoir d’horaires d’ouverture officiels fixes, il sert généralement le déjeuner et le dîner pendant la saison touristique, et il présente l’avantage d’accepter les paiements par carte.

La cuisine locale, adaptée à la vie en haute montagne, privilégie les produits laitiers et les féculents tout en excluant traditionnellement la viande de porc au profit du bœuf ou de l’agneau. Les spécialités emblématiques incluent le kuserbo, un mélange savoureux de pommes de terre, de fromage et de ghee (beurre clarifié), ainsi que le khavitsi, une préparation similaire à une fondue composée de fromage et de beurre. On peut également y déguster les khinkalis de Khevsourétie, farcis au fromage, et le kadiskveri, une pâtisserie à la viande parfumée à l’ail sauvage local. Pour accompagner ces plats, les montagnards produisent une bière artisanale unique brassée avec des herbes de montagne, ainsi que de l’eau-de-vie de fruits. Le dambalkhacho, un fromage affiné, complète ce panorama culinaire authentique.

Pshauri Balada

Le restaurant Pshauri Balada, situé dans la région de Pshavi le long de la route menant à la Khevsourétie, est réputé pour servir certains des meilleurs khinkalis (raviolis géorgiens) de la zone. Contrairement à la Khevsourétie voisine où le porc n’est pas consommé, les khinkalis y sont préparés dans le style « kalakuri », avec un mélange savoureux de bœuf et de porc, et sont cuits de manière traditionnelle dans de grands chaudrons suspendus au-dessus d’un feu ouvert dans une cuisine extérieure. En plus de ces spécialités, l’établissement propose le dambalkhacho, un fromage affiné servi sous forme de fondue avec du beurre clarifié (style khachoerbo), traditionnellement dégusté avec du pain shoti et des gousses d’ail cru. Bien que le restaurant soit particulièrement fréquenté le week-end, il constitue une étape gastronomique authentique pour les voyageurs.

FAQ sur la Khevsourétie

Combien de temps faut-il pour visiter la Khevsourétie ?

Une belle visite de la Khevsourétie nécessite généralement un séjour de trois jours, durée idéale pour découvrir les sites incontournables et apprécier les paysages sans précipitation. Pour les amateurs de randonnée, des itinéraires plus ambitieux comme le célèbre trek reliant Omalo à Shatili demandent environ cinq jours de marche à travers les montagnes.

Peut-on visiter la Khevsourétie avec une simple voiture ?

Il est fortement déconseillé de visiter la Khevsourétie avec une simple voiture de tourisme, car un véhicule 4×4 (tout-terrain) doté d’une garde au sol élevée est jugé obligatoire pour accéder en toute sécurité aux sites de la région comme Shatili. Si la première partie du trajet depuis Tbilissi emprunte une route goudronnée de bonne qualité, la piste se transforme après Korsha en un chemin de gravier, étroit et sinueux, qui s’avère particulièrement sensible aux inondations et aux glissements de terrain. Compte tenu du relief escarpé, du brouillard fréquent au col de Datvisjvari et de la dangerosité des virages, il est essentiel de disposer d’un véhicule robuste et, idéalement, d’un conducteur expérimenté familier avec ces conditions de montagne difficiles.

Est-ce qu’on a internet en Khevsourétie ?

L’accès à internet en Khevsourétie est globalement limité et souvent inexistant lors des déplacements entre les villages en raison du relief accidenté. De vastes zones de la région, particulièrement sur les routes de montagne, ne bénéficient d’aucun signal téléphonique, ce qui empêche de passer des appels ou de naviguer en ligne de manière continue. Cependant, une couverture mobile, notamment via l’opérateur Magti, est disponible dans certains centres comme Shatili et Mutso. Pour les voyageurs séjournant dans la région, la quasi-totalité des maisons d’hôtes proposent désormais une connexion Wi-Fi, bien que les sources précisent que la qualité de cette connexion reste très variable d’un établissement à l’autre. Enfin, grâce à l’énergie hydraulique locale, des villages comme Shatili et Khonischala disposent d’électricité permettant au moins de recharger les appareils électroniques.

Est-ce que la carte bancaire est acceptée ?

L’acceptation des cartes bancaires en Khevsourétie reste très limitée, l’argent liquide est indispensable pour régler la plupart des frais d’hébergement et de restauration. Bien que certains établissements spécifiques ou plus importants, comme le Café Firefly à Shatili, acceptent les paiements par carte, la majorité des commerces locaux ne disposent pas de terminaux de paiement. Il est crucial de noter qu’il n’existe aucun distributeur automatique de billets (DAB) dans toute la région, le point de retrait le plus proche se trouvant au niveau du réservoir de Zhinvali. Par conséquent, il est fortement recommandé de prévoir suffisamment de lari géorgiens en espèces avant de quitter la route principale pour couvrir l’ensemble de vos dépenses de séjour.

A-t-on besoin d’un permis pour visiter la Khevsourétie ?

Non, aucun permis ni autorisation spéciale n’est nécessaire pour visiter les principaux sites de la Khevsourétie, malgré leur proximité immédiate avec la frontière russe. Tant que les voyageurs restent sur les sentiers balisés et les itinéraires touristiques habituels, ils ne rencontreront aucun point de contrôle de sécurité ni station de surveillance frontalière. Il est toutefois recommandé de ne pas s’aventurer hors des chemins fréquentés pour garantir cette liberté de mouvement, d’autant plus que la patrouille frontalière surveille la zone et peut parfois contacter les maisons d’hôtes locales pour s’informer de la présence des visiteurs.

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