Rouge vif, souple, tout en fruit et pourtant chargé de siècles d’histoire, le Kallmet est sans doute le cépage le plus attachant d’Albanie. Il porte le nom d’un village du nord de Lezha, là où la plaine de Zadrima rencontre les premiers contreforts de la montagne de Vela et où les brises de l’Adriatique viennent caresser les vignes. Je vous propose de le suivre de la vigne au verre : son histoire, ses particularités botaniques, ses arômes, le domaine qui le défend avec le plus de constance, les plats qui lui font honneur et la façon de le déguster sur place.
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Les racines profondes d’une tradition millénaire
L’histoire du Kallmet s’enracine dans les terres illyriennes, l’un des plus anciens foyers viticoles d’Europe. Des graines de raisin retrouvées dans la grotte de Konispol, à l’extrême sud du pays, rappellent que la vigne accompagne les habitants de ces rivages depuis la préhistoire. Plus tard, plusieurs auteurs de l’Antiquité ont évoqué les vins d’Illyrie, et une anecdote souvent rapportée, attribuée à Pline, s’étonne que les femmes de Shkodër boivent elles aussi du vin, signe que la vigne faisait déjà partie du quotidien de la région.
Le Moyen Âge marque un véritable âge d’or. La tradition raconte que le vin de Kallmet fut associé à la principauté et à la famille des Blinisht, puis à celle des Dukagjini, et qu’il voyageait jusqu’à Rome, où certaines paroisses catholiques s’en seraient servies pour s’acquitter de la dîme. Cet ancrage ecclésiastique n’a rien d’étonnant dans un village qui a vu naître Frang Bardhi, prélat et érudit qui fit paraître en 1635, au XVIIe siècle, son Dictionarium latino-epiroticum, premier dictionnaire imprimé de la langue albanaise.
Au fil du temps, le cépage a voyagé et changé de nom. On le retrouve sous l’appellation Kadarka en Hongrie, Skadarka au Monténégro, en Croatie et en Serbie, Skutariner en Autriche et en Allemagne, Nero di Scutari en Italie ou Raisin noir de Scutari en France. Tous ces noms renvoient à Shkodër, que l’on appelait Scutari, et rappellent le rôle de la région dans la diffusion de la variété. L’origine exacte du Kadarka reste débattue entre plusieurs pays des Balkans, mais les Albanais revendiquent de longue date cette filiation, et la proximité du lac de Shkodër donne du poids à leur version.

