Bolnisi | Histoire des souabes

Écrit par Sébastien

Vin géorgienAOP de GéorgieBolnisi | Histoire des souabes

À une heure de route de Tbilissi, là où des maisons souabes côtoient des vignes cultivées depuis près de 8 000 ans, l’AOP Bolnisi (en géorgien : ბოლნისი) reste l’un des secrets les mieux gardés du vignoble géorgien. Cette appellation de Basse-Kartlie (Kvemo Kartli) a été enregistrée en mars 2019, ce qui en fait la 20e appellation d’origine protégée du pays. Encore à l’écart du tourisme de masse, elle cumule un potentiel viticole et touristique remarquable : ici, pas de foule, mais des vins secs, sincères et souvent confidentiels, que je vous invite à découvrir.

C’est également la terre des anciens Souabes, venus d’Allemagne du Sud au XIXe siècle fonder la colonie de Katharinenfeld. Il en reste quelques vestiges attachants dans la ville même, des caves encore en activité et, tout autour, de nombreuses forteresses et églises que je vous présente ci-dessous.

Temps de lecture estimé : 32 minutes

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Histoire de la région de Bolnisi

Les origines antiques de la viticulture à Bolnisi

La Basse-Kartlie, dont Bolnisi occupe le sud, compte parmi les berceaux de la viticulture géorgienne, et les fouilles menées dans la région racontent une histoire de plus de huit millénaires. Dans les plaines qui entourent la ville, les ruines néolithiques d’Aruchlo ont livré des pépins de raisin fossilisés datant du VIe millénaire avant notre ère, tandis que des celliers des IVe et IIIe millénaires ont été mis au jour dans les environs. Parmi les trouvailles figure une jarre d’argile sophistiquée du IIIe millénaire, dotée de parois à double couche pour traiter le vin par la chaleur : déjà, une maîtrise technique étonnante.

Les textes prennent ensuite le relais. Un fragment de typikon d’un monastère voisin, daté des IXe et Xe siècles, montre que le vin y était produit avec rigueur et conservé à part dans des jarres spécialisées. Au XIe siècle, le moine Giorgi Mtatsmindeli classait déjà les vins de Bolnisi en trois catégories : léger, modéré et noble. Plus tard, à l’époque de la reine Tamar, les raisins blancs, verts et rouge sombre étaient vendangés et pressés séparément, signe d’un vrai raffinement dans l’art de la vinification.

L’influence des colons allemands et l’essor moderne

En 1818, des familles souabes originaires du royaume de Wurtemberg fondent ici la colonie de Katharinenfeld, baptisée en l’honneur de Catherine de Wurtemberg, sœur du tsar Alexandre Ier. Ces immigrants ne connaissent rien, au départ, à la vinification géorgienne : ils apprennent le métier auprès des paysans du coin, puis y ajoutent leur esprit d’organisation et leur goût du travail bien fait. Au milieu du siècle, avec l’appui du vice-roi du Caucase, le comte Vorontsov, ils cultivent le muscat, la malera et l’isabelle, avant d’élargir leur palette au Rkatsiteli, au Saperavi, à l’aligoté et à d’autres cépages de qualité.

Le succès est tel que les 814 familles de la colonie ne parviennent plus à traiter seules l’énorme récolte. Elles fondent donc une coopérative de vignerons, l’Union, et érigent en 1908 une cave moderne dotée de ses celliers et de ses sous-sols. On y produit du vin, du brandy et de l’eau-de-vie, vendus à Tbilissi dans six boutiques de la colonie, mais aussi dans toute la Géorgie et dans les villes de l’Empire russe. Le prestigieux « rouge du Caucase » prenait chaque année la route de la table de l’empereur. Après la Première Guerre mondiale, l’élan s’accélère encore : dans les années 1920, Bolnisi récolte plusieurs dizaines de milliers de tonnes de raisin et met en bouteille des millions de flacons, dont le verre sort de l’usine du baron von Kuechenbach. Les vignes, plantées très serrées (un mètre entre les rangs, 90 à 95 pieds pour 100 mètres de rang), donnent alors 20 à 22 tonnes à l’hectare. Ces vignerons contribuent également à la renaissance du cépage endémique Asuretuli, utilisé pour produire du vin rouge sec.

Cet âge d’or s’achève brutalement. Après la soviétisation de la Géorgie, la colonie est rebaptisée Luxemburg en 1921, en hommage à la communiste allemande Rosa Luxemburg. En 1941, tous les Allemands qui n’étaient pas mariés à des Géorgiens sont déportés vers le Kazakhstan et la Sibérie. La ville reçoit son nom actuel, Bolnisi, en 1943.

Retrouvez l’histoire des colons allemands de Géorgie dans cet article ici.

bolnisi Mont Élia
Mont Élia à Bolnisi

La pérennité de la tradition viticole

Malgré les bouleversements de l’histoire, la viticulture de Bolnisi a fait preuve d’une belle capacité de résistance. Les invasions mongoles, perses et ottomanes des XIIIe et XIVe siècles chassent une grande partie de la population vers le nord, mais la tradition ne s’éteint pas : des chroniques arméniennes de l’époque mentionnent encore le Saperavi et un raisin vert, le Mtsvane. Au début du XVIIe siècle, la noble famille Orbeliani consigne ses récoltes avec minutie. En 1619, elle produit 778 « sapalne » de vin, puis 808 en 1620 (un sapalne équivaut à environ 96 litres, soit près de 75 000 litres la première année), dans les vignobles de neuf villages de la région : Mukhrana, Balakhauri, Shua Bolnisi, Tsughrughasheni, Kvemo Bolnisi, Chapala, Potskhveriani, Disveli et Zvareti.

Durant la période soviétique, entre les années 1950 et 1970, les vignes allemandes sont rénovées et de nouveaux vignobles sont plantés à Bolnisi, Ratevani, Kveshi, Nakhiduri, Mamkhuti, Tsurtavi, Savaneti, Chapala et Kvemo Bolnisi. Ils fournissent 14 000 à 17 000 tonnes de raisin, transformées en vin de base, porto, alcool de vin et jus de raisin expédiés dans toute l’Union soviétique. Aujourd’hui encore, la cave construite par les colons allemands est en activité, symbole d’une synthèse réussie entre tradition géorgienne millénaire et savoir-faire européen.

Puis une nouvelle génération de vignerons a relevé le défi. L’association Bolnisi Wine voit le jour en 2018, la demande d’appellation est déposée en juillet de la même année et l’AOP est officiellement enregistrée en mars 2019. Depuis, une trentaine de petites caves familiales, qui ont remis à l’honneur la vinification en qvevri, travaillent à faire redécouvrir ce vignoble bien au-delà de la Géorgie.

Comment se rendre à Bolnisi ?

Je préconise toujours la voiture de location via mon partenaire LOCALRENT, car elle donne la liberté de s’arrêter en chemin pour visiter d’autres lieux. Comptez environ 1 h 15 de route (une soixantaine de kilomètres) depuis Tbilissi. La route est en bon état, vous n’aurez aucune difficulté.

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Pour ceux qui ont du temps, il est possible de rejoindre Bolnisi depuis Tbilissi en minibus. Rendez‑vous au terminus des marshrutkas de Navtlukhi (ნავთლუხი), accessible en métro ou en taxi depuis le centre‑ville, où partent les minibus « Tbilissi – Bolnisi ». Ils circulent plusieurs fois par jour, jusqu’en fin d’après-midi, pour un tarif de l’ordre de 1 à 1,50 € par personne. Le trajet traverse la plaine de Basse-Kartlie et dure en règle générale entre 1 heure et 1 h 30, selon la circulation et les arrêts intermédiaires. Vous débarquerez à l’arrêt principal du marché de Bolnisi. Je vous conseille de confirmer les horaires la veille auprès de votre hébergeur, car ils évoluent régulièrement.

Où séjourner à Bolnisi ?

Les hébergements sont rares ici ; le plus simple est donc de dormir à Tetritskaro, chez mon amie artiste peintre, Ia Arsenishvili. Il y a des tableaux partout sur les murs, la maison est très kitsch, l’accueil est adorable et elle cuisine à merveille.

Autrement, à Bolnisi même, vous pouvez séjourner dans l’ancien moulin allemand du village (Hotel Deutsche Muehle). Cette meunerie magnifiquement restaurée se dresse au bord de la rivière Mashavera, au milieu de la campagne du Kvemo Kartli, à 4 km du centre‑ville. Ses 7 chambres et suites climatisées marient rusticité et modernité, dans un cadre très paisible.

Hotel Deutsche Muehle Bolnisi

Pour les petits budgets, l’hébergement Prime House, situé au 46 Tabidze Street en plein cœur de Bolnisi, offre un cadre paisible et verdoyant, avec un jardin fleuri, des arbres fruitiers et même quelques pieds de vigne, ainsi qu’une petite piscine pour enfants et une cave à vin artisanale en sous-sol.

Quoi voir à Bolnisi ?

Bolnisi est une petite ville paisible qui mérite une belle balade. On y croise de vieilles maisons allemandes et un musée récent de grande qualité, où l’on apprend beaucoup sur le passé allemand de la ville et de ses vignobles. Certains établissements vinicoles occupent même d’anciennes caves que les Allemands possédaient. La maison de l’ancien « maire » a d’ailleurs été transformée en centre d’information et en cave à vin.

Le quartier allemand de Bolnisi

Entre 1818 et 1941, une communauté souabe vivait ici. La ville s’appelait alors Katharinenfeld, d’après la reine de Wurtemberg, avant de devenir Luxemburg en 1921, en hommage à la communiste allemande Rosa Luxemburg.

La communauté disposait de son église luthérienne (comme à Elisabethtal, aujourd’hui Asureti), de sa propre école, d’un journal, d’un théâtre et de cinq équipes de football. On peut encore trouver des maisons allemandes, certaines à colombages, dans les rues Saakadze et Parnavaz. Quant au moulin construit par les Allemands, il abrite aujourd’hui l’hôtel Deutsche Muehle.

Dans le quartier allemand, chaque maison intéressante porte une pancarte en trois langues (géorgien, allemand et anglais) qui résume brièvement l’histoire du lieu.

Maison d’Emanuel Walker – Georgian-German Wine House

Instituteur et écrivain, Emanuel Walker était une personnalité créative qui a joué un rôle actif dans le développement culturel et éducatif de Bolnisi : on lui doit notamment une école élémentaire, une équipe de football et des groupes de musique. En 1908, la communauté voit naître l’Union des viticulteurs et des propriétaires de vignobles, qui devient bientôt si influente que ses vins s’exportent au-delà des frontières de la Géorgie.

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Depuis plusieurs années, la société minière Rich Metals Group (RMG) soutient le développement de la viticulture de Bolnisi. Concrètement, elle accompagne les viticulteurs et vinificateurs locaux : recherches dans les vignobles, analyses de vins en laboratoire, participation à des événements viticoles locaux et internationaux, formation professionnelle, etc.

Désireuse de faire revivre le patrimoine local, RMG a acheté en 2020 l’ancienne maison d’Emanuel Walker, rue Tsiskvili. Pour prolonger l’esprit de l’Union de Katharinenfeld et celui de l’association contemporaine des vins de Bolnisi, la maison a été restaurée en collaboration avec l’Association pour la protection du patrimoine culturel allemand dans le Caucase du Sud.

Les travaux ont duré deux ans. La maison a gardé son caractère authentique, avec sa façade d’origine, son balcon et son grenier fonctionnel, tandis que le bois, la pierre et l’argile ont servi pour le reste de la rénovation. Rouverte le 17 juin 2023 sous le nom de Georgian-German Wine House, elle sert désormais de lieu de rencontre aux vignerons locaux.

À l’intérieur, vous trouverez un petit musée avec de nombreuses photos et une salle d’exposition. Dans la cave, un ancien cellier allemand, vous attend la sélection la plus complète de vins de Bolnisi à déguster et à acheter sur place.

Le musée de Bolnisi

Inauguré en 1951, le musée des traditions locales de Bolnisi retrace l’histoire de la région depuis le Néolithique (VIe-Ve millénaire avant notre ère) jusqu’à la fin du Moyen Âge. On y découvre des outils et des sculptures en pierre néolithiques, des haches en bronze, des ceintures et des parures, des céramiques aux formes singulières, dont une cruche en forme d’oiseau de la période antique, ainsi qu’un impressionnant tronc d’arbre fossilisé. L’artisanat de l’âge du bronze, la métallurgie ancienne et les outils de pierre des premiers hominidés rappellent l’ingéniosité humaine à travers les millénaires.

Au-delà des collections archéologiques, l’exposition réunit des éléments architecturaux et ethnographiques d’une grande valeur patrimoniale. L’architecture médiévale y est représentée par des fragments de pierre issus des façades et des intérieurs d’églises de la région, des détails de stèles et des croix sculptées, tandis que la section ethnographique présente des pièces impressionnantes, complétées par des livres, des photographies et des tableaux. Parmi les pièces les plus remarquables figurent les copies des plus anciennes inscriptions géorgiennes de l’église Sioni de Bolnisi, une édition anniversaire du « Martyre de la sainte reine Chouchanik » d’Iakob Tsurtaveli traduite en cinq langues (il s’agit de la plus ancienne œuvre littéraire géorgienne conservée), et la pierre tombale d’Ioane Bolneli, ornée d’une épitaphe en asomtavruli, l’ancienne écriture géorgienne.

Eau de la source

Juste avant d’arriver en ville, une grande statue marque l’emplacement de la source d’eau de la ville. Vous pouvez vous y servir gratuitement ou acheter un bidon aux vieilles dames du coin pour environ 0,60 €.

Se balader autour de Bolnisi

Monastère de Pierre et Paul

Perché à 820 m d’altitude sur le mont Élia, à quatre kilomètres de Bolnisi, le monastère des Saints Pierre et Paul (en géorgien : ელიას მთის მონასტერი) s’élève sur les fondations d’une ancienne église apostolique. Entièrement reconstruit entre 2008 et 2015 grâce à l’engagement des habitants, il s’organise sur deux niveaux protégés par une double enceinte : en contrebas, le réfectoire, la cave et les bâtiments annexes ; plus haut, l’église principale, flanquée d’un clocher et ornée d’une iconostase peinte par Mikael Ghoghoberidze. Autour, des terrasses de vignes minutieusement taillées rappellent que la vinification monastique fait partie intégrante de l’histoire spirituelle géorgienne, tandis que la cour offre une vue extraordinaire à 360 degrés sur la plaine de Kartlie et les villages environnants.

bolnissi

Pour moi, c’est le point fort de la balade, à ne manquer sous aucun prétexte. Le monastère est récent et la route qui monte est plutôt bien entretenue.

Église de Tsughrughasheni

La particularité de l’église de Tsughrughasheni n’est pas son nom, difficile à prononcer, mais son dôme aux magnifiques sculptures, comparables à celles des églises de Nikortsminda, de Kvatakhevi et de Pitareti.

Les inscriptions de l’église mentionnent le roi Giorgi et le bâtisseur Hasan. On s’accorde à y voir Giorgi Lasha, ce qui situe la construction sous son règne, entre 1212 et 1222.

Une légende relie cette église à l’amour tragique du roi pour une paysanne. Le royaume s’opposant à ce mariage, impensable à l’époque, le souverain aurait fait bâtir l’église à l’emplacement de la tombe de sa bien-aimée.

Église Sioni

En poursuivant vers le sud, on tombe sur l’église Sioni de Bolnisi, le plus ancien édifice religieux conservé de Géorgie. Elle a été bâtie entre 478 et 493, à l’époque du roi Vakhtang Gorgassali, sous la direction de l’évêque David, et ses murs portent les plus anciennes inscriptions géorgiennes datées du pays, vers 493-494.

Des inscriptions plus anciennes existent, mais hors de Géorgie : près de Jérusalem, dans un ancien monastère géorgien, on en a retrouvé qui datent de 430. Les Géorgiens sont fiers de leur alphabet, l’un des rares alphabets originaux du monde. L’église est construite en pierre de tuf d’un vert caractéristique, et sa décoration sculptée, avec des têtes de taureau, des animaux et des oiseaux, garde la trace de l’influence perse et des croyances préchrétiennes qui se reflètent dans l’architecture chrétienne primitive.

Cherchez aussi la croix de Bolnisi, gravée au-dessus de l’entrée nord : cette croix pattée, dont les branches s’élargissent aux extrémités, est devenue un véritable emblème de la Géorgie. On la retrouve aujourd’hui partout, des bijoux aux étiquettes de vin. L’édifice, très abîmé à la fin du Moyen Âge, a été restauré par la reine Mariam dans les années 1640.

bolnisi église sioni

Forteresse de Chapala

La forteresse se dresse près du village de Chapala, un peu avant Bolnisi. Construite sur une grande colline rocheuse, au milieu de champs verdoyants, elle domine entièrement le paysage. Des fouilles archéologiques y ont mis au jour les vestiges de divers bâtiments et des réservoirs d’eau datant du XIe au XIIe siècle. Depuis le sommet, la vue sur les plaines environnantes, cultivées par les habitants des villages azéris voisins, est imprenable. L’accès n’est pas compliqué : il suffit de suivre les pistes et de faire le tour de la montagne, et en y allant doucement, une simple voiture peut y monter. Évitez en revanche d’y aller quand il pleut.

Forteresse de Kveshi

Posée sur une falaise au-dessus de la Mashavera, la forteresse de Kveshi est mentionnée dès le VIIe siècle et témoigne du passé turbulent du pays. Elle surveillait les anciennes routes commerciales et les envahisseurs qui empruntaient la vallée, jusqu’à ce que Dmanisi lui ravisse son rang de place forte principale. Elle redevient une pièce maîtresse au XVIe siècle, lorsque les rois de Kartli en font l’une de leurs résidences. Ses murs et ses structures, partiellement préservés, racontent des siècles de courage et de résilience, et l’on y pénètre par un étroit tunnel creusé dans le roc, ce qui ne manque pas de charme.

L’accès se fait en 3 minutes par une route pavée depuis la route principale, à une dizaine de kilomètres de Bolnisi. Si vous vous rendez à Dmanisi ou en revenez, c’est un arrêt facile de 20 minutes.

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Forteresse de Poladauri

Encore plus au sud, la forteresse de Berdiki (Poladauri) vous réserve une petite randonnée et une aventure mémorables. Juste après le pont, au-delà du village, vous apercevrez le château sur la colline. Attention, le chemin n’est pas évident à trouver : montez prudemment depuis le champ en prenant le chemin escarpé sur votre droite. Au printemps et en automne, si vous disposez de plus de temps, vous serez peut-être tenté d’explorer davantage la gorge de Poladauri, le pont de la reine Tamar et les monastères cachés, dont celui de Sakhundari.

Pour la petite histoire, la forteresse a été construite au milieu de l’ère féodale et contrôlait la route du col de Mgliskari en direction de l’Arménie. On ne sait pas avec certitude qui l’a fait bâtir. Elle s’élève en deux parties, chacune sur son propre rocher, et a mieux conservé son apparence que la plupart des autres : elle se compose de plusieurs remparts et de deux grandes tours à quatre faces. Au nord, une gorge offre le seul accès à la structure.

Forteresse de Tsurtavi

La forteresse de Tsurtavi, aussi appelée Kolagiri, a été construite entre 1788 et 1798 sous l’impulsion de la reine Darejan, épouse du roi Erekle II. Son plan carré, qui s’étend sur plus de 2 000 m², utilise de la pierre brute soigneusement choisie, laissant apparaître de belles meurtrières et de massives tours d’entrée. Les murs d’enceinte atteignent jusqu’à 6 mètres de hauteur.

Forteresse de Tsurtavi

De grandes tours rondes de quatre étages se dressent dans les angles, et des tours rectangulaires de trois étages sont intégrées aux murs ouest et est. Les grandes tours servaient à la fois d’habitations et de postes de combat, tandis que les autres sont équipées d’une cheminée et de latrines. Toutes possèdent des meurtrières, des embrasures et des parapets.

À l’intérieur, la petite église Sainte-Kétévane, élevée elle aussi à l’initiative de la reine Darejan, se visite ; un couvent y vit toujours. Quelques oliviers ont été plantés dans la cour.

Le lieu a une résonance bien plus ancienne. Au Ve siècle, Tsurtavi était la grande ville de la Basse-Ibérie, et c’est de là que venait Iakob Tsurtaveli, auteur du « Martyre de la sainte reine Chouchanik », la plus ancienne œuvre littéraire géorgienne qui nous soit parvenue.

Cette forteresse vaut un petit arrêt de 10 minutes sur la route du retour.

Gadachrili Gora

Un petit détour hors de l’appellation vous mène au site archéologique de Gadachrili Gora, près du village d’Imiri, dans la plaine voisine de Marneuli, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Tbilissi. On y a découvert des fragments de poterie datés au carbone d’environ 6 000 ans avant notre ère, preuve que les hommes du Néolithique s’y sont sédentarisés. Les analyses de résidus y ont révélé de l’acide tartrique, l’empreinte chimique du raisin et du vin. Tout porte à croire que les raisins, légèrement écrasés dans de grandes jarres d’argile, étaient laissés à fermenter grâce aux levures naturelles présentes sur la peau et au sucre du fruit : un vin naturel, tout simplement.

Gadachrili Gora

Le site est en cours d’aménagement pour devenir un musée. Jetez-y un œil, mais n’entrez pas dans les habitations néolithiques afin de ne pas détériorer ce site archéologique déjà très fragile.

La ville médiévale de Samshvilde

Un peu plus au nord, sur la municipalité voisine de Tetritskaro, Samshvilde mérite largement le détour. C’est l’une des plus anciennes villes fortifiées de Géorgie. Au Moyen Âge, elle était à la fois une place forte importante et une cité commerçante et industrieuse. Elle a changé de mains plusieurs fois : à la fin du Xe siècle, elle devient la capitale des rois arméniens de Lorri, puis elle est incorporée au royaume de Géorgie en 1064. Au XIIIe siècle, alors que la fortune de la monarchie géorgienne décline, Samshvilde perd de son importance, se réduit à un avant-poste militaire, puis tombe en ruines.

Aujourd’hui, cette ville médiévale se prête à une incroyable balade dominicale. Vous pouvez vous garer au pont médiéval ou rouler 500 mètres de plus jusqu’au parking si votre voiture le permet. Une fois là, c’est tout droit sur 2 kilomètres jusqu’à la pointe rocheuse qui domine le canyon et les rivières Khrami et Chivchava.

La balade commence littéralement dans l’avenue principale de la ville, bordée de part et d’autre par les ruines des maisons d’habitation. Vous passez devant la chapelle Saint-Georges, puis une aire de pique-nique s’offre à vous au niveau de l’église de la Dormition de la Mère de Dieu. Perdue sur le plateau, l’église de Patara se laisse aussi découvrir. Plus loin, vous atteignez l’entrée de la forteresse, c’est-à-dire le quartier royal : attention, des fouilles archéologiques y sont menées. Continuez tout droit et vous longerez la basilique, puis la cathédrale de Sioni, qui porte encore des inscriptions géorgiennes du VIIIe siècle. Vous pouvez aller jusqu’au bout, mais regardez où vous mettez les pieds : d’anciens réservoirs d’eau et des qvevri sont dispersés un peu partout. Comptez 3 heures aller-retour.

En été, les cascades de Chivchavi et de Samshvilde vous permettent de faire trempette et de vous rafraîchir après une bonne marche.

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Enfin, les plus courageux se lanceront dans la randonnée de 11 kilomètres aller-retour qui mène au monastère de Pirghebuli, daté du XIIIe siècle et récemment rénové.

Terroir de l’AOP Bolnisi

Localisation et taille de l’appellation Bolnisi

La microzone de Bolnisi se situe dans le sud de la Basse-Kartlie (Kvemo Kartli), à 570 m d’altitude, dans les bassins des rivières Mashavera et Khrami. Les vignes de l’appellation doivent être plantées entre 500 et 800 m. Le cœur viticole, qui s’étire sur les deux rives de la Mashavera (autour de Nakhiduri, Chapala, Savaneti, Kvemo Arkevani, Talaveri et Bolnisi), couvre 8 188 hectares, dont environ 2 000 pourraient accueillir de nouvelles vignes. Le territoire est bordé à l’est par le plateau de Marneuli, à l’ouest par le plateau volcanique de Djanakheti (Dmanisi), au nord par la vallée de la Khrami (Tetritskaro) et au sud par la crête de Loki, qui ouvre sur les montagnes d’Arménie.

L’AOP Bolnisi couvre la ville de Bolnisi, le bourg de Tamarisi et les villages suivants : Ratevani, Khatisopeli, Rachisubani, Savaneti, Talaveri, Kvemo Arkevani, Samtredo, Chapala, Zvareti, le village de Bolnisi, Kveshi, Mushevani, Akaurta, Disveli, Kvemo Bolnisi, Samtsevrisi, Nakhiduri, Tsurtavi, Parizi, Vanati, Kianeti et Mamkhuti.

carte AOP Bolnisi

Climat

La microzone de Bolnisi possède un climat bien à elle, façonné par sa situation : entourée de montagnes sur trois côtés (les reliefs de Ketuchi, de Sansara et de Loki à l’ouest et au sud, la chaîne du Trialeti au nord et au nord-ouest), elle voit les phénomènes atmosphériques modifiés par les conditions locales. Les hivers y sont modérément froids et les étés chauds. La température annuelle moyenne est de 12 °C. Les mois les plus chauds sont juillet et août (23,3 à 23,6 °C en moyenne) ; le plus froid est janvier, avec une moyenne légèrement négative (-0,3 °C). Les gelées sont instables : elles commencent généralement vers le 12 novembre et s’achèvent vers le 4 avril. La période de gel dure de 120 à 144 jours, et l’on compte 210 à 221 jours sans gel par an. Les maximales absolues peuvent atteindre 39 °C en été, tandis que les minimales absolues peuvent descendre jusqu’à -24 °C.

Les précipitations annuelles atteignent 700 mm, avec un maximum en mai et juin (80 à 86 mm) et un minimum en décembre et janvier (20 à 25 mm). Les hivers sont enneigés, mais la neige reste instable : elle commence à tomber en décembre, peut se prolonger jusqu’à la première moitié de mars et ne dépasse guère 6 cm d’épaisseur en moyenne. Ce sont des masses d’air arctique venant de l’est et de l’ouest qui provoquent les minimales absolues. Pendant la saison froide, les précipitations sont faibles (152 à 166 mm, soit 28 à 29 % du total annuel) et le sol manque d’humidité, mais les pluies plus abondantes du printemps (183 à 196 mm) profitent à la qualité du raisin. Cet équilibre entre hivers modérément froids, étés chauds et sols variés donne aux vins de Bolnisi leurs caractéristiques uniques.

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Sol

La diversité des sols de la microzone vient d’un relief complexe, de la variété des roches mères, du climat, de la flore et de l’activité humaine. On y trouve des sols de montagne et de clairière, gris, bruns forestiers, noirs, châtains (gris-bruns) et alluviaux de clairière, classés en variétés et en catégories selon leur formation, leur épaisseur, leur texture et leur degré d’érosion. Les formes de méso et micro-relief, typiques des moyennes montagnes, des contreforts et des plaines, jouent un rôle majeur dans la formation des sols comme dans leur usage agricole.

Les sols bruns de clairière et les sols alluviaux occupent 1 212 hectares sur les première et deuxième terrasses de la vallée de la Mashavera. Les premiers se trouvent sur la rive droite de la rivière, autour du village de Ratevani ; les seconds s’étendent sur les rives de la Mashavera et de la rivière de Bolnisi, en terrain plat ou légèrement incliné. Ces sols sont jugés très favorables et constituent une base solide pour le développement de la viticulture.

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Le vin de Bolnisi

Les vins de Bolnisi se distinguent de ceux des autres régions par leur goût et leur style. Dans mon verre, les profils aromatiques des cépages kakhétiens, dont le Rkatsiteli, sont par exemple plus intenses ici qu’à l’est du pays, avec une personnalité très différente qui les rend passionnants. Le Rkatsiteli règne d’ailleurs sur ces terres depuis longtemps : dans les années 1950, le district de Bolnisi en cultivait près de 1 300 hectares, soit près des deux tiers de ceux de toute la Basse-Kartlie. Hors appellation, on croise aussi des cépages venus d’autres régions, comme le Mujuretuli de Racha, aux tanins plus doux, mais ces cuvées ne peuvent pas porter la mention AOP Bolnisi. Beaucoup de vignerons locaux privilégient les vins naturels, souvent vinifiés en qvevri et peu exportés, ce qui explique qu’ils ne soient pas si faciles à dénicher.

Autre atout de Bolnisi : sa proximité avec la capitale. Elle rend la visite des lieux historiques et les dégustations de cépages locaux très faciles d’accès, et la région possède toutes les ressources pour devenir l’une des grandes destinations touristiques de la Géorgie.

Couleur et arômes du vin Bolnisi

L’appellation ne retient que des vins secs, en blanc, ambré, rouge et rosé, issus de la fermentation alcoolique complète du moût ou du marc. Il n’y a pas de restriction sur le type de vinification, européenne ou en qvevri.

Les blancs, de teinte ambrée claire, et les ambrés, qui vont de l’ambre foncé à la couleur du thé noir, sont produits uniquement à partir des cépages Rkatsiteli, Chinuri et/ou Goruli Mtsvane. On y retrouve des arômes de figues sèches, d’abricots et de fleurs jaunes.

Le rouge, d’un rouge sombre, est produit uniquement à partir des cépages Saperavi, Tavkveri, Shavkapito et/ou Asuretuli Shavi. On y retrouve des arômes de framboise, de mûre, de cerise, de groseille, de canneberge, de prune noire et de baies intenses.

Le rosé, de teinte rose, est obtenu uniquement à partir de moût blanc fermenté sur le marc de raisins rouges, ou à partir d’assemblages de vins blancs et rouges.

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3 vins primés d’un excellent producteur de la région

Les cépages autorisés

Sept cépages seulement ont le droit de porter le nom de Bolnisi. Pour les blancs et les ambrés, il s’agit du Rkatsiteli, le grand classique venu de Kakhétie, du Chinuri, cépage emblématique de la Kartlie à l’acidité vive, et du Goruli Mtsvane, kartlien lui aussi. Pour les rouges, l’appellation retient le Saperavi, le Tavkveri, le Shavkapito et l’Asuretuli Shavi, ce dernier étant un cépage local du sud de la Kartlie que les vignerons allemands ont contribué à ressusciter. Les rosés se font à partir des raisins colorés de cette même liste. Aucun autre cépage n’est admis, même s’il pousse dans la microzone.

Les règles de production

Les règles de l’appellation sont précises. Les vignes doivent se situer entre 500 et 800 m d’altitude, avec 1,8 à 2,5 m entre les rangs et 1 à 1,5 m entre les pieds. Le rendement est plafonné à 10 tonnes de raisin par hectare, et à 650 litres de vin par tonne, soit 6 500 litres par hectare. Les raisins doivent être mûrs et sains, avec au moins 20 % de sucre à la vendange (19 % pour le rosé) et pas plus de 5 % de grains abîmés ; ils voyagent en caisses de bois, de plastique ou d’inox, jamais en sacs plastiques. Ils doivent provenir exclusivement de la microzone, et leur transformation en vin doit s’y dérouler aussi : seule la mise en bouteille peut avoir lieu ailleurs en Géorgie.

Côté analyses, tous les types de vin doivent respecter un taux de sucre de 4 g/l maximum et une acidité titrable d’au moins 4 g/l. Les autres critères varient selon la couleur :

Type de vinCouleurAlcool minimumExtrait minimum
BlancAmbré clair11 %16 g/l
RoséRose11 %16 g/l
RougeRouge foncé11 %22 g/l
AmbréDe l’ambre foncé à la couleur du thé noir12 %22 g/l

Sur l’étiquette, cherchez la mention « Bolnisi » accompagnée du sigle AOP (PDO en anglais) : c’est votre garantie d’avoir un vrai vin de l’appellation.

Accords mets et vins

Frais, souple et de structure modérée, le Bolnisi se montre très gourmand à table. Je le sers volontiers avec un mtsvadi de porc ou de volaille grillé, des aubergines rôties, des plats aux champignons, un khachapuri ou un lobiani bien chaud. Les salades d’herbes, comme celle à l’estragon, et les sauces à base de tomates lui vont également à ravir, tout comme la charcuterie et les fromages à pâte mi-dure. Pour les ambrés, je privilégie les fromages typés et les plats relevés. Côté service, comptez 16 à 17 °C pour les rouges, 10 à 12 °C pour les rosés et les blancs, et 12 à 14 °C pour les ambrés.

Où déguster le vin de Bolnisi

Pour comprendre l’appellation d’un seul coup d’œil, poussez la porte de la Georgian-German Wine House, dans le quartier allemand : sa cave propose à la dégustation et à l’achat les vins des producteurs de l’association. Pour rencontrer un vigneron, pensez à la petite cave familiale Brothers’ Cellar, installée dans un cellier vieux de près de deux siècles, qui vinifie du Bolnisi AOP en qvevri. Enfin, si vous voyagez à la belle saison, ne manquez pas le festival des vins AOP de Bolnisi, qui réunit chaque année, au printemps, une soixantaine de caves de toute la Géorgie dans le quartier allemand, entre dégustations, concours et concerts.

dégustation

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