Voici une appellation que l’on cite plus souvent qu’on ne la déguste. Kotekhi (en géorgien : კოტეხი) est une appellation d’origine protégée (AOP) de la région viticole de Kakhétie, en Géorgie. Elle figure bel et bien au registre officiel depuis 2007, mais je n’ai jamais vu une bouteille qui la mentionne. Elle mérite pourtant le détour : sur à peine 14 km², elle peut donner un blanc sec de Rkatsiteli ou un rouge sec de Saperavi, deux styles réunis sous un même nom. Même sans verre à la main, son terroir raconte beaucoup de choses sur le cœur de la Kakhétie.
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Localisation et taille de Kotekhi
La microzone de Kotekhi se trouve dans le cours moyen de l’Alazani, sur la rive droite du fleuve, aux coordonnées 41°45′ de latitude nord et 45°48′ de longitude est. Elle occupe le piémont qui prolonge les pentes boisées du Tsiv-Gombori, exposées au nord-ouest, jusqu’à la vallée de l’Alazani, entre 250 et 700 mètres d’altitude. L’ensemble ne couvre qu’environ 14 km².
Sur le terrain, elle se niche juste au sud d’Akhasheni, dans la municipalité de Gurjaani, et le tracé que j’ai reporté sur ma carte place la ville de Gurjaani dans son angle nord-est. Comme sa voisine, elle se superpose à la vaste AOP Gurjaani. L’appellation a été enregistrée en 2007 sous le numéro 799. Si vous parcourez la Kakhétie en voiture, Gurjaani est une étape toute trouvée : les vignes s’y étirent au pied du Tsiv-Gombori, et l’on comprend vite pourquoi cette région a bâti sa réputation sur le vin.

Terroir de la microzone de Kotekhi
Le climat
Ici, le temps se fait au gré des masses d’air qui circulent d’ouest en est entre les latitudes subtropicales et tempérées. Il en résulte un climat modérément humide, avec des étés chauds et des hivers modérément froids. Le soleil brille entre 2 150 et 2 200 heures par an, dont 1 550 à 1 600 pendant la période de végétation, et le rayonnement global atteint 120 kcal/cm² par an, dont 90 durant la saison chaude. Le ciel est dégagé 51 jours par an si l’on regarde la nébulosité générale (132 jours si l’on ne tient compte que des nuages bas), et 36 jours (79) pendant la végétation.
Côté thermomètre, la température moyenne annuelle est élevée : 12,4 °C, avec 23,6 °C en juillet et en août et 0,9 °C en janvier. Les minima absolus descendent en moyenne à -10 °C et les maxima montent à 35 °C, pour des extrêmes de -22 et +38 °C. Les étés s’installent durablement : pendant 85 jours à partir du début de l’été, la température moyenne quotidienne dépasse 20 °C, et durant 34 jours (du 10 juillet au 13 août), elle atteint ou dépasse même 23 °C.
La saison de la vigne s’ouvre quand l’air passe durablement au-dessus de 10 °C, dans la première décade d’avril (vers le 5), et se referme quand il repasse sous ce seuil, début novembre (vers le 3). La période de végétation dure ainsi 211 jours, pour environ 3 930 °C de températures actives cumulées. Les premières gelées nocturnes d’automne surviennent dans la deuxième décade de novembre (à partir du 25), voire fin octobre (vers le 30) une année sur dix. Au printemps, les dernières gelées s’achèvent en moyenne vers le 24 mars, mais elles peuvent traîner jusqu’à la mi-avril une année sur dix. Quant au grand froid, il peut faire plonger le mercure à -15 °C une fois tous les dix ans, brièvement, ce qui n’abîme que légèrement les bourgeons (moins de 30 %).
Il tombe 804 mm de pluie par an, dont 578 mm pendant la végétation. Mai est le mois le plus arrosé (124 mm) et janvier le plus sec (32 mm). La neige fait son apparition dans les derniers jours de décembre et disparaît vers la mi-mars, avec un manteau de 6 à 7 cm en moyenne qui tient environ 25 jours. L’humidité relative de l’air moyenne est de 72 %, avec un maximum de 80 % en novembre et un minimum de 64 % en août. La grêle, elle, reste rare : 1,7 jour par an en moyenne, surtout en mai et en juin, même si, certaines années exceptionnelles, elle peut frapper jusqu’à six fois. Les vents dominants viennent du sud-ouest (33 %) et de l’ouest (18 %), rarement de l’est (12 %), à 1,7 m/s en moyenne, avec un pic de 1,9 m/s en mars et un creux de 1,5 m/s en décembre.
Sous la surface, tout se met en place avec la même régularité. Entre 5 et 50 cm de profondeur, le sol passe durablement au-dessus de 10 °C dès la première décade d’avril, et plus bas (de 50 à 100 cm) vers la mi-avril. À la mi-mai, il dépasse 15 °C entre 10 et 120 cm, puis, de la mi-juin à la fin septembre, soit plus de trois mois, il reste au-dessus de 20 °C entre 5 et 70 cm. Avec une saison aussi longue et aussi régulière, la vigne n’a aucun mal à mûrir, et c’est bien ce qui rend si surprenants les degrés modestes imposés par le cahier des charges, que nous verrons plus bas.
Le sol
Les sols de la microzone appartiennent à la famille des sols bruns : des sols bruns, des sols bruns foncés (d’anciens alluvions) et des sols alluviaux-déalluviaux et alluviaux-proalluviaux, c’est-à-dire formés de matériaux déposés par les rivières et entraînés depuis les pentes par le ruissellement. Tous sont calcaires et faiblement squelettiques. Les sols bruns et bruns foncés les plus épais atteignent 100 à 130 cm de profondeur, avec une couche d’humus active de 60 à 80 cm, tandis que les alluviaux dépassent partout 100 cm. Les versions de profondeur moyenne se contentent de 60 à 70 cm (bruns) et de 70 à 80 cm (bruns foncés), avec 50 à 60 cm d’humus.
La texture est limoneuse et argileuse dans la partie haute de la zone, avec une teneur en argile physique (fraction inférieure à 0,01 mm) de 40,6 à 67,4 %. Plus bas, les sols se sont formés de matériaux déplacés et charriés : ils sont limoneux lourds, avec environ 60 % d’argile physique. Dans les couches de plantation (0 à 50 cm), la structure des sols bruns est granulaire-grumeleuse, et elle s’estompe en profondeur. Celle des sols alluviaux est grumeleuse-granulaire, jusqu’à disparaître dans les couches les plus basses.
Côté composition, ces terres sont plutôt frugales. La teneur en humus des couches de plantation reste faible à moyenne (1,54 à 3,09 %), et les réserves d’azote hydrolysable (au plus 5,6 mg pour 100 g de sol), de phosphore soluble (au plus 2,0 mg) et de potassium échangeable (2,0 à 7,2 mg) sont basses. Le calcaire, en revanche, abonde : le carbonate de calcium atteint 9,2 à 20 % dans les sols bruns, et ne dépasse pas 8 % dans la zone basse. Le pH est légèrement à moyennement alcalin, entre 7,1 et 8,0. Pour une vigne, c’est un terrain qui oblige à fournir un effort, ce qui profite généralement à la concentration des raisins.
Le vin Kotekhi : couleur et arômes
Le Kotekhi est un vin sec, blanc ou rouge, que les textes officiels décrivent comme un vin sec de la plus haute qualité. Dans les deux cas, le moût est entièrement fermenté : on ne cherche pas à conserver de sucre, à l’inverse de son voisin Akhasheni. Autre particularité : une même appellation, deux couleurs, avec un blanc de Rkatsiteli et un rouge de Saperavi.
Le Kotekhi blanc
Le blanc est élaboré à partir de Rkatsiteli, dont le nom signifie « tige rouge ». Il se distingue par une robe jaune paille clair, un arôme caractéristique du cépage et une bouche agréable. Son titre alcoométrique se situe entre 10,5 et 12 % vol., son sucre ne dépasse pas 4 g/L et son acidité titrable va de 5,5 à 7,5 g/L : on parle donc d’un blanc léger, frais et net. Le Rkatsiteli, fierté de la Kakhétie, est un cépage adaptable et productif, à maturité moyenne à tardive, dont les grappes pèsent en général de 160 à 250 g.
Le Kotekhi rouge
Le rouge, lui, est issu de Saperavi, un nom qui vient du géorgien sapera, « colorant », et qui dit tout de sa robe. Les textes lui prêtent une couleur rouge, un arôme typique du cépage et un goût fin et agréable. Son alcool reste lui aussi compris entre 10,5 et 12 % vol., son sucre sous les 4 g/L, et son acidité titrable est un peu plus basse que celle du blanc (5,0 à 7,0 g/L). Le Saperavi mûrit dans la seconde moitié de septembre, avec des grappes de 140 à 145 g et une baie bleu foncé, juteuse et charnue, qui accumule 200 à 260 g/L de sucre pour 7,5 à 8,5 g/L d’acidité. Plafonner l’alcool à 12 % vol. pour un tel cépage, j’imagine, suppose de le récolter relativement tôt, et de viser un rouge sec plus léger que les Saperavi puissants auxquels on est habitué.
Je ne vous décrirai pas ici des arômes que je n’ai jamais pu sentir : faute de bouteille, mieux vaut s’en tenir à ce que dit le cahier des charges. Si vous avez la chance d’en croiser une, n’hésitez pas à me raconter vos impressions en commentaire.
Cahier des charges et vinification
Pour porter le nom de Kotekhi, les vignes doivent pousser dans la microzone, à moins de 750 mètres d’altitude. Rkatsiteli comme Saperavi sont plantés à 2,0 x 1,5 m ou 2,5 x 1,5 m, avec des troncs de 80 à 100 cm, et la taille peut être libre ou bilatérale à la géorgienne. La charge est de 8 à 10 bourgeons par m², et les rendements sont plafonnés à 9 à 10 tonnes par hectare pour le Rkatsiteli, et 7 à 8 pour le Saperavi.
Le cahier des charges encadre aussi le travail du sol. Dans les zones irriguées, le dernier arrosage doit avoir lieu un mois avant les vendanges. Le sol est labouré à l’automne et au printemps, avec un travail minimal, et l’on veille à conserver l’humidité en gardant la terre meuble (binage, fraisage, paillage). La fertilisation fait appel à des engrais organo-minéraux dans le respect de la réglementation. Les principales menaces sont le mildiou, l’oïdium et la pourriture, côté maladies, et les acariens, les vers de la grappe et les cochenilles, côté ravageurs, que l’on combat avec des produits de contact et systémiques homologués en Géorgie.
Une fois en bouteille, les deux vins doivent respecter des seuils précis, que voici en un coup d’œil :
| Critère | Kotekhi blanc (Rkatsiteli) | Kotekhi rouge (Saperavi) |
|---|---|---|
| Titre alcoométrique | 10,5 à 12 % vol. | 10,5 à 12 % vol. |
| Sucres | 4 g/L au plus | 4 g/L au plus |
| Acidité titrable | 5,5 à 7,5 g/L | 5,0 à 7,0 g/L |
| Acidité volatile | 1,0 g/L au plus | 1,2 g/L au plus |
| Extrait sec | 16 g/L au moins | 20 g/L au moins |
Pour tout le reste, le vin doit se conformer à la législation géorgienne et au règlement européen n° 1493/1999 du 17 mai 1999 sur l’organisation commune du marché vitivinicole.
Où trouver du Kotekhi ?
Voilà la question qui fâche. À ma connaissance, aucun producteur ne commercialise actuellement de cuvée sous l’appellation Kotekhi, et même en cherchant en ligne, on ne trouve quasiment rien. L’AOP existe sur le papier, avec son périmètre, ses règles et ses deux couleurs, mais elle attend toujours son vigneron.
En attendant, rien ne vous empêche de goûter ses cousines. Pour le blanc, tournez-vous vers l’AOP Gurjaani, qui partage le même territoire et le même Rkatsiteli, ou vers un Tsinandali, plus aérien. Côté rouge, un Mukuzani sec vous donnera une idée de ce que peut offrir le Saperavi dans ce coin de Kakhétie. Vous trouverez toutes ces bouteilles sans peine chez n’importe quel bon caviste à Tbilissi.
Avez-vous déjà croisé une bouteille de Kotekhi ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.


Dommage qu’il ne le remette pas au goût du jour