Northern Terroir | Levon Gharagyozyan

Écrit par Sébastien

ŒnologieVin arménienNorthern Terroir | Levon Gharagyozyan

Il suffit parfois d’un nom très ancien pour rouvrir tout un pan d’histoire. TUS, c’est ainsi que l’on désignait la région de Tavush au haut Moyen Âge, et c’est aujourd’hui l’une des deux signatures de Northern Terroir, un domaine viticole du nord de l’Arménie fondé en 2017. Installé dans le village de Haghtanak, il met à l’honneur des cépages autochtones, en particulier le lalvari et le banants, pour des vins tranquilles comme pour des bulles. Je vous propose de faire le tour de cette adresse : son histoire, son vignoble, l’homme qui signe les vins, ce que l’on sait de l’accueil du public, et deux bouteilles que je vous recommande.

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Brève histoire du domaine Northern Terroir

Northern Terroir voit le jour en 2017 avec une ambition clairement formulée : faire entrer dans la bouteille l’essence de la province de Tavush, dans le nord de l’Arménie. Les vignes se trouvent à Haghtanak, et le domaine défend une approche qu’il décrit comme simple et honnête, proche de ses racines et de la nature. Il fait de son équipe sa véritable force et revendique l’union d’un savoir-faire artisanal avec des liens historiques, géographiques et culturels très forts avec son territoire.

Cette jeune maison s’inscrit pourtant dans une histoire bien plus longue. La viticulture et la vinification occupent les habitants de cette région de l’Arménie historique depuis l’Antiquité, et au haut Moyen Âge, la contrée s’appelait TUS. D’abord ethnonyme, le mot est devenu toponyme avant que sa prononciation évolue, aux VIIIe-IXe siècles, vers le Tavush que l’on connaît aujourd’hui. La marque TUS prolonge cet héritage, tandis que Zoé, le mousseux de la maison, veut raviver les traditions de vins effervescents du Tavush. Northern Terroir fait par ailleurs partie du groupe Team Group of Companies. Lors de l’édition 2026 du Concours Mondial de Bruxelles, organisée pour la première fois en Arménie, le domaine a réuni environ 130 invités à Erevan pour une soirée de dégustation.

Le vignoble de Northern Terroir

Le vignoble s’étend sur 24 hectares autour de Haghtanak, à une altitude moyenne de 450 mètres. Le climat y est continental, avec des étés chauds et des hivers doux. Le domaine indique n’utiliser ni pesticides ni herbicides, et les raisins sont vendangés à la main. Les fiches de ses vins évoquent par ailleurs des sols d’origine volcanique et calcaire, une signature minérale qu’on retrouve au verre.

Côté cépages, Northern Terroir fait le choix du patrimoine local. Le lalvari, variété autochtone arménienne, est surtout présent dans la zone nord-est du pays, principalement dans le district de Noyemberyan, au Tavush. Il tire son nom du mont Lalvar et se reconnaît à ses grappes grandes, denses et coniques, parfois ailées, et à ses grosses baies ovales. Sa belle acidité lui permet de servir aussi bien pour des vins tranquilles que pour des bulles, ce qui explique sa place centrale au domaine. Le banants, autre cépage endémique du Tavush, vient compléter la palette pour l’effervescent. Mon conseil : goûtez-les côte à côte pour mesurer ce que le lalvari raconte de ce coin d’Arménie.

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Le vigneron : Levon Gharagyozyan

Ce qui frappe d’abord chez Levon Gharagyozyan, c’est son parcours. Dans les régions viticoles moins médiatisées, comme le Japon ou la Chine, beaucoup de vignerons partent se former en France ou dans de grandes régions réputées. Lui est diplômé de l’Université nationale agraire d’Arménie et a acquis une solide expérience de terrain dans des domaines arméniens. Je trouve cette trajectoire attachante : elle ancre le vigneron de Northern Terroir dans le pays même où naissent ses vins, au sein d’une équipe que le domaine met volontiers en avant.

Fidèle à des techniques de vinification classiques, il cherche à faire des vins qui expriment l’esprit et la philosophie de l’Arménie, avec une lecture singulière du terroir du Tavush. Il travaille à taille humaine : le domaine produit environ 120 000 bouteilles par an, pour une capacité de plus de 300 000. Sa matière première, ce sont le lalvari et le banants, déclinés du mousseux Zoé aux deux TUS. Le TUS Reserve, 100 % lalvari, est fermenté et élevé plus d’un an en barriques de chêne arménien, ce qui en fait une expression très différente du TUS Classic. Pour qui s’intéresse aux vins d’ailleurs, c’est une jolie occasion de goûter un même cépage sous deux visages.

Levon Gharagyozyan

Mes vins préférés

Mon premier coup de cœur va à Zoé Brut, un mousseux élaboré selon la méthode Charmat à partir de lalvari et de banants, vendangés à la main et vinifiés en cuve inox sur des sols volcaniques et calcaires. Au nez, il offre des arômes de fruits d’été : pomme verte, agrumes, citron vert, orange, avec une fin de bouche qui évoque le jus de pamplemousse. La fraîcheur du nez et la douceur en bouche composent un mousseux facile à boire, d’environ 12 % vol., à servir entre 10 et 14 °C. Il se prête à l’apéritif comme aux poissons, aux fromages et aux viandes légères. Comptez environ 24 € la bouteille chez certains revendeurs européens.

Mon second choix est TUS Blanc Reserve 2021, un blanc 100 % lalvari, vinifié pendant 16 à 18 mois en barriques de chêne arménien. Fruité au nez, il se présente dans une robe jaune clair et brillante, avec des notes de caramel et un beau parfum de vanille. Il titre 12,5 % vol., se sert lui aussi entre 10 et 14 °C et accompagne volontiers l’apéritif, les poissons, les fromages ou les viandes légères. C’est pour moi une belle façon de goûter le lalvari dans une version plus ample, fidèle à l’héritage TUS. Il se trouve autour de 35 € chez certains revendeurs européens.

Zoé Brut Northern Terroir

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