Mujuretuli

Écrit par Sébastien

Rarement vinifié seul, et pourtant indispensable à l’un des vins les plus célèbres de Géorgie, le Mujuretuli (en géorgien : მუჯურეთული) est un cépage rouge de la région de Racha-Lechkhumi. Il forme avec l’Aleksandrouli l’autre moitié du duo culte qui donne naissance au Khvanchkara. Des recherches récentes montrent qu’il s’agit de deux variétés distinctes issues d’un ancêtre commun : l’ampélographe David Maghradze avance que le Mujuretuli est né à Racha et que l’Aleksandrouli en dérive. Comme son parent, il est surtout cultivé le long de la rivière Rioni, en Géorgie occidentale, dans les municipalités d’Ambrolauri et de Tsageri. Les parcelles monovariétales sont rarissimes : on le trouve le plus souvent planté en alternance avec l’Aleksandrouli, sur des sols rocailleux, calcaires et carbonatés.

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Histoire de ce cépage

Impossible de dire avec précision quand le Mujuretuli a fait son apparition, mais ses caractéristiques biologiques laissent penser qu’il est cultivé depuis plusieurs siècles. Selon l’historien géorgien Ivane Javakhishvili (1876-1940), il serait originaire d’Imérétie et devrait son nom au village de Mujireti. Les ampélographes actuels penchent plutôt pour Racha, ce qui n’a rien d’incompatible : les deux régions sont voisines, et la frontière entre leurs vignobles s’est toujours montrée perméable.

Aujourd’hui, le Mujuretuli pousse dans toute la région de Racha-Lechkhumi. Il se concentre surtout dans une petite zone appelée Kvemo Racha (la Basse-Racha), où il est cultivé aux côtés de l’Aleksandrouli. On en trouve aussi, en quantité plus modeste, en Imérétie.

Caractéristiques du cépage

Vigne plutôt vigoureuse, le Mujuretuli porte des grappes coniques et ailées, de taille moyenne et parfois assez lâches. Ses baies, de taille moyenne elles aussi, sont ovales, d’un bleu profond, et peuvent être assez allongées. Le débourrement intervient à la mi-avril et la maturité au début d’octobre. Très sensible au mildiou et sensible à l’oïdium, le cépage résiste en revanche bien au gel comme à la sécheresse, tout comme l’Aleksandrouli. En 2004, on recensait 58 hectares de Mujuretuli, tous dans la municipalité d’Ambrolauri. Aujourd’hui encore, on estime qu’ils ne dépassent guère 60 hectares, ce qui en fait une véritable rareté. Ses rendements, très faibles, n’arrangent rien et expliquent que peu de vignerons osent lui consacrer des parcelles entières.

En Iméréthie, les raisins arrivent à maturité presque deux semaines plus tôt, un décalage que l’on attribue au climat continental et aux faibles précipitations de cette région. La récolte augmente sur les sols fertiles et diminue sur les sols pauvres, mais la croissance du cépage reste modérée dans les deux cas par rapport à d’autres variétés.

Grappe de raisin Mujuretuli

Comme les autres cépages de l’ouest de la Géorgie, le Mujuretuli livre une première petite récolte la deuxième ou la troisième année suivant la plantation, puis une récolte complète à partir de la quatrième ou de la cinquième année.

Couleur et arômes

C’est dans le Khvanchkara, assemblé avec l’Aleksandrouli, que le Mujuretuli trouve sa plus belle expression. Ce rouge naturellement demi-doux, l’un des vins géorgiens les plus populaires, se reconnaît à sa robe d’un pourpre profond, à sa texture veloutée et à son équilibre : sa douceur délicate est avivée par une belle acidité qui rafraîchit le palais. Au nez, il se montre irrésistiblement parfumé, avec des notes de violette, de framboise bien mûre, de prune et de cerise. Traditionnellement, les raisins sont vendangés tardivement et la fermentation s’interrompt d’elle-même à l’arrivée du froid, laissant juste ce qu’il faut de sucre résiduel.

En Iméréthie, le Mujuretuli donne également de plaisants rouges de table secs, reconnaissables à leur arôme de cerise très net et à leur bouche souple et ronde.

À la cave familiale Ambra, j’ai eu la chance de goûter deux versions du Mujuretuli. Leur Pet-Nat, frais et léger, aux fines bulles, fera un parfait vin d’apéritif. C’est pourtant le rouge sec qui m’a le plus séduit : il laisse s’exprimer pleinement l’arôme de cerise qui caractérise ce cépage. Les cuvées 100 % Mujuretuli restent des raretés, et c’est justement ce qui les rend si précieuses : elles laissent entrevoir le potentiel d’un cépage capable de donner des rouges secs complexes, à suivre de près.

Un conseil de voyageur pour finir : le Khvanchkara a été tant imité, notamment à l’époque soviétique, que les contrefaçons n’ont jamais tout à fait disparu. Mieux vaut l’acheter directement chez un vigneron identifié ou chez un caviste de confiance, en vérifiant la mention de l’AOP sur l’étiquette. Comptez à partir de 10 € environ pour une bouteille honnête, un peu plus pour une cuvée de vigneron.

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Accords mets et vins de Mujuretuli

La région de Racha est célèbre pour ses rouges secs d’Aleksandrouli et de Mujuretuli, mais aussi pour des vins légers et élégants à base de Rachuli Dzelshavi. Naturellement, ces bouteilles s’accordent d’abord avec la cuisine locale. Les Aleksandrouli et Mujuretuli secs, aux saveurs affirmées et relevées, se marient volontiers avec le jambon de Racha, la soupe d’oie, le lapin rôti en sauce, les ragoûts de veau et les armillaires (champignons des bois). Le Dzelshavi, plus léger, préfère le lobiani, ce pain fourré aux haricots, et les soupes de haricots, avec ou sans noix.

Le Khvanchkara, lui, joue la carte du contraste. Servi légèrement rafraîchi, autour de 14 à 16 °C, il accompagne à merveille les fromages à pâte persillée ou bien affinés, les desserts aux fruits rouges, le gâteau aux noix ou encore la churchkhela, cette confiserie géorgienne à base de noix et de jus de raisin.

Bouteille de Mujuretuli sec, Bimbili 2019
Tannin moyen, sec, avec un corps moyen et une acidité moyenne ; tons explosifs de cerise, d’humus et de figue fraîche.

L’AOP Khvanchkara, grande vitrine du Mujuretuli

Parmi les appellations géorgiennes, l’AOP Khvanchkara est sans doute l’une des plus célèbres, et elle repose sur un assemblage de Mujuretuli et d’Aleksandrouli. Ce vin a été produit pour la première fois en 1907 et, pour des raisons historiques, il jouit d’une popularité toute particulière dans l’ancienne URSS. Sous le régime soviétique, sa renommée a grandi parce que Joseph Staline (1878-1953) l’aurait choisi comme vin préféré. Lors de la conférence de Yalta, en février 1945, il aurait fait servir ce vin au président américain Franklin D. Roosevelt (1882-1945) et au Premier ministre britannique Winston Churchill (1874-1965).

Pour aller plus loin, découvrez l’appellation Khvanchkara en détail, ainsi que l’Aleksandrouli, le cépage indissociable du Mujuretuli.

Avez-vous déjà goûté un Khvanchkara, ou mieux encore un Mujuretuli en version sèche ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

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