Mtevandidi

Écrit par Sébastien

Peu de cépages géorgiens portent un nom aussi trompeur que le Mtevandidi (en géorgien : მტევანდიდი). Il évoque une « grosse grappe », alors que les siennes sont de taille moyenne. Ce cépage rouge indigène de Gourie, dans l’ouest de la Géorgie, sert surtout à produire du vin de table, et il reste d’une rareté absolue : je ne connais que deux producteurs qui l’embouteillent.

Temps de lecture estimé : 8 minutes

Histoire du cépage Mtevandidi

Autrefois, le Mtevandidi se cultivait surtout dans l’est de la Gourie, en hautains, ces vignes hautes qui gardaient vigueur et qualité même presque sans soins. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les maladies fongiques et le phylloxéra ont pourtant dévasté ces vignobles. Ce fut aussi le cas pour le Jani et le Skhilatubani.

Soucieux de leur viticulture, les habitants de la région ont alors pris l’initiative de faire revivre le cépage. À partir de 1905, des greffons de Mtevandidi ont été plantés en vignes basses dans les villages de Kalagoni et Dablatsikhe (district de Chokhatauri), puis à Baghdati (district de Makharadze). Certaines de ces parcelles ont longtemps témoigné d’une productivité élevée et d’un développement sain de la vigne. Aujourd’hui encore, la zone de culture reste très limitée. Le Tsolikouri, bien plus répandu, lui a sans doute fait de l’ombre, et peu de vignerons connaissaient réellement ce cépage. Quelques passionnés s’y intéressent toutefois de nouveau.

Le cépage se cache derrière plusieurs noms. Dans certains villages de Gourie (Fartskhma, Sachamiaseri et Dablatsikhe), on l’appelle « Akido », ce qui signifie « pousse à deux grappes », en référence à sa tendance à porter deux grappes par rameau. À Chokhatauri, il devient Didmtevana, et à Baghdati, on parle de « Mtevandidi femelle ». On le retrouve aussi sous les noms d’Achido, de Didd Mtevana ou de Didtevano. Quant au nom Mtevandidi lui-même, il signifie littéralement « grosse grappe » : les grappes sont en réalité moyennes, et le nom vient probablement de leur taille un peu supérieure à celle des autres cépages locaux.

Une confusion a longtemps circulé : certains évoquaient un Mtevandidi blanc en Adjarie, distinct d’un Didmtevana rouge de Gourie. Les recherches menées ensuite ont tranché. Il s’agit d’un seul et même cépage rouge, et aucun Mtevandidi blanc n’a jamais été retrouvé dans les villages adjares. Historiquement, on en trouvait tout de même quelques pieds à Keda, en Adjarie.

Il n’existe pas de sources écrites concernant l’origine du Mtevandidi, mais ses caractéristiques botaniques et agricoles, tout comme ses noms géorgiens, indiquent que cette variété de vigne est indigène en Géorgie. Par ses caractères, il appartient au groupe des cépages de Gourie.

Caractéristiques du Mtevandidi

Sur le plan botanique, le Mtevandidi se reconnaît à ses jeunes pousses feutrées de duvet blanc et à ses baies presque noires. Voici ses principaux traits.

Mtevandidi, cépage rouge de Gourie
  • Feuillage : les jeunes pousses sont couvertes d’un épais duvet blanc feutré, légèrement rosé d’un côté. La feuille adulte est verte, brillante, légèrement jaunâtre, de taille moyenne ou grande (environ 18 à 21 cm de long), arrondie ou légèrement ovale, à lobes à peine marqués. Sa face inférieure est recouverte d’un court duvet.
  • Fleurs : elles sont hermaphrodites, avec un pistil et des étamines normalement développés. Une inflorescence compte de 300 à 500 fleurs.
  • Baies et grappes : la grande grappe mesure entre 15 et 17 cm de long pour 11 à 14 cm de large et porte environ 100 à 130 baies. La grappe moyenne est plus modeste (12 à 14 cm de long, 80 à 90 baies) et pèse en général entre 200 et 235 g. Elle est lâche ou assez compacte, de forme conique large ou ramifiée. La baie est bleu foncé (presque noire), ovale, de taille moyenne (environ 15 mm de long), charnue et juteuse, avec une peau épaisse parsemée de taches cireuses.
  • Cycle de maturation : la maturation des baies sur une même grappe se fait de manière inégale, ce qui est une particularité du Mtevandidi. Le débourrement a lieu début avril, la floraison fin mai ou début juin et la véraison fin août. La période de végétation, du bourgeonnement à la pleine maturation, dure de 208 à 216 jours. La maturité complète est généralement atteinte entre le 20 et le 25 octobre, et la récolte peut se prolonger jusqu’au début de novembre. Les feuilles tombent fin novembre, parfois début décembre.
  • Rendement : avec une culture appropriée et dans des conditions écologiques adéquates, le Mtevandidi est très productif. Il porte le plus souvent deux grappes par rameau, donne ses premières récoltes dès la deuxième ou la troisième année et atteint sa pleine production vers la quatrième ou la cinquième. Un pied chargé de 8 à 12 yeux fournit 2,5 à 4 kg de raisin, soit jusqu’à 120 quintaux par hectare (environ 12 tonnes).
  • Sensibilité aux maladies : dans le climat chaud et humide de Gourie, il est exposé aux maladies, surtout lorsqu’il est conduit en hautains, difficiles à traiter. Sa sensibilité à l’oïdium est forte : sans traitement au soufre, toute la récolte peut être perdue. Dans les zones plus sèches, comme celle de Telavi, il se montre au contraire résistant.
  • Sol et porte-greffe : il s’adapte à des sols très variés, des argiles rougeâtres aux alluvions brunes, en plaine comme sur coteau. Greffé sur un hybride Riparia x Rupestris 3309, il montre une croissance vigoureuse. Sa résistance au phylloxéra reste peu étudiée.
blank

Le vin de Mtevandidi

Le Mtevandidi donne un vin rouge de table, de degré modéré (autour de 11 à 11,5 % vol.) et à l’acidité plutôt vive. Dans les bonnes années d’automne, les raisins peuvent atteindre 21 à 23 % de sucre tandis que l’acidité retombe. Les vinifications historiques de Chokhatauri ont été jugées rondes et harmonieuses, alors que celles de Baghdati passaient pour de simples vins rouges locaux.

Le cépage a aussi servi d’assemblage. Dans les gorges de la Khevistskali, autour de Sajavakho, on le mariait au Skhilatubani pour obtenir un vin très réputé en son temps. Les micro-zones jugées les plus favorables à un rouge de qualité se situent dans l’est de la Gourie, entre les rivières Supsa et Khevistskali, autour de Chokhatauri, de Dablatsikhe et de Sachamiaseri.

Une production très rare

À l’heure actuelle, je ne connais que deux producteurs de Mtevandidi.

Depuis une vingtaine d’années, Teimuraz Sharashidze s’intéresse à la collecte et à la culture des cépages locaux de Gourie. Outre les cépages relativement répandus comme le Chkhaveri, le Tsolikouri, le Tsitska, le Dzelshavi et l’Aladasturi, il cultive des raretés telles que le Jani, le Skhilatubani, le Sakmiela, l’Orona, le Tsitlani et l’Atinouri. Il dirige également une petite maison d’hôte et travaille dans le secteur de l’hôtellerie. On retrouve aussi ce cépage dans la nouvelle gamme de Zangaura.

J’ai eu la chance de goûter les vins de ces deux producteurs au « Dadi Wine Bar ». Je ne vous cache pas que ce sont des vins natures, plutôt aigres, de simples vins de table. L’expérience est intéressante, mais mieux vaut ne pas s’attendre à quelque chose d’extraordinaire.

Mon conseil : abordez-le comme un témoignage de la Gourie plutôt que comme une bouteille de grande dégustation, et servez-le légèrement frais, ce qui adoucit son acidité. Si votre route passe par Chokhatauri et la vallée de la Supsa, c’est là, dans les villages de Dablatsikhe et de Kalagoni, que le Mtevandidi a retrouvé une seconde vie et que quelques vignerons passionnés le cultivent encore.

Mtevandidi, cépage rouge de Gourie

Avez-vous déjà goûté les vins géorgiens et notamment ce cépage ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

5/5 - (2 votes)

RESSOURCES UTILES

Commentaires

Partagez votre avis

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici