Kundza

Écrit par Sébastien

Dans les collines humides de la Basse-Imérétie, le Kundza (en géorgien : კუნძა) a longtemps vécu dans l’ombre de ses célèbres voisins, le Tsolikouri, le Tsitska ou le Krakhuna. Ce cépage blanc local, robuste et généreux, donne un vin de table original que quelques vignerons passionnés redécouvrent aujourd’hui.

Temps de lecture estimé : 10 minutes

Brève histoire du cépage Kundza

Dans la littérature viticole comme chez les vignerons locaux, ce cépage circule sous les noms de « Kumsa » et de « Mtsvane ». Ce dernier prête à confusion avec les différentes variétés de Mtsvane, d’autant que le Mtsvane planté en Imérétie est en réalité, très souvent, du Kundza.

Les noms « Kundza » et « Kumsa » viennent de la structure très dense des grappes, larges et coniques, qui évoquent une bûche. Quant au synonyme « Mtsvane » (qui signifie « vert »), employé dans certains districts d’Imérétie, il lui vient de sa ressemblance avec le cépage Mtsvane proprement dit.

Le Kundza fait partie des cépages anciens du pays. Par ses caractères morphologiques et agronomiques, il se rattache au groupe écogéographique pontique (proles pontica), originaire de la Colchide, cette plaine humide qui borde la mer Noire. On ne dispose en revanche d’aucune donnée historique précise sur ses origines.

Il ne pousse qu’en Géorgie occidentale, essentiellement en Basse-Imérétie, autour de Khoni (l’ancien district de Tsulukidze), de Tskaltubo, de Baghdati (l’ancien Maiakovski), de Koutaissi et de Vani. Ces anciens noms soviétiques apparaissent encore dans de nombreux documents, d’où mon petit rappel de géographie.

Les statistiques anciennes donnent la mesure de son importance passée. En 1940, la Géorgie comptait environ 715 hectares de Kundza, avec plus de 100 hectares dans chacun des districts de Tsulukidze, de Tskaltubo et de Tkibuli, le reste se répartissant entre Maiakovski, Koutaissi et de nombreux autres secteurs, jusqu’en Racha et en Abkhazie. Un recensement plus précis, réalisé en 1947, ramène la superficie à 428 hectares, toujours concentrés en Imérétie.

Ces chiffres restent toutefois approximatifs, car les noms se mélangent depuis toujours. En 1953, les 25 hectares recensés comme Mtsvane à Maiakovski et à Vani étaient en fait du Kundza, de même qu’une grande partie des 120 hectares de Goruli Mtsvane de Koutaissi, de Tkibuli, de Maiakovski et de Vani. Aujourd’hui encore, il n’existe aucune donnée fiable sur sa superficie actuelle : le Kundza reste un cépage rare et discret.

Caractéristiques du Kundza

Grappes de Kundza, cépage blanc de Basse-Imérétie
  • Feuillage : les feuilles adultes sont assez grandes (17 à 18 cm), arrondies, rarement ovales, entières ou trilobées, d’un vert foncé, lisses ou légèrement ridées en réseau. La face inférieure est couverte d’un épais duvet feutré, tandis que les jeunes pousses portent un duvet blanchâtre, à peine rosé. La fleur est hermaphrodite.
  • Baies et grappes : les grappes sont de taille moyenne (environ 11 cm sur 9), larges, coniques, souvent ailées et très compactes, ce qui explique le nom du cépage. Leur poids moyen est de 150 à 175 g, et peut atteindre 250 à 300 g pour les plus grosses. Les baies sont moyennes (environ 1,8 cm), rondes ou légèrement ovales, d’un jaune vif et couvertes de taches cireuses. La peau est épaisse et rugueuse, la pulpe juteuse et incolore, au goût simple avec un arôme variétal discret. Chaque baie contient un ou deux pépins.
  • Cycle de maturation : la vigueur est supérieure à la moyenne sur les sols alluviaux de Basse-Imérétie, plus modérée en Moyenne-Imérétie. Entre le débourrement et la pleine maturité, le cycle dure de 165 à 185 jours. Le Kundza mûrit 10 à 12 jours plus tôt que le Tsitska et le Tsolikouri : la pleine maturité arrive vers le 11 octobre en Imérétie, et les vendanges se déroulent de la seconde quinzaine de septembre à la première quinzaine d’octobre.
  • Rendement : la vigne entre en production très tôt, dès la deuxième à la quatrième année après la plantation. Le rendement atteint 8 à 10 tonnes par hectare sur les sols alluviaux de Basse-Imérétie, et plutôt 6 à 8 tonnes en Moyenne-Imérétie, sur les sols plus pauvres et en pente. À maturité, le raisin affiche 20 à 22 % de sucre pour une acidité de 7 à 8 g/l.
  • Résistance et adaptation : le Kundza résiste relativement bien aux maladies cryptogamiques, notamment au mildiou, ce qui explique sa présence dans les zones humides de Basse-Imérétie. Il est aussi assez tolérant au phylloxéra, moins toutefois que le Tsitska. Après le Krakhuna, c’est le cépage d’Imérétie qui supporte le mieux les gelées hivernales, et il s’accommode de la sécheresse. Peu exigeant sur la nature du sol, il se montre néanmoins plus vigoureux et plus productif sur les alluvions.

Pour compliquer encore la tâche des amateurs, les inventaires des cépages d’Imérétie mentionnent également un Kundza Shavi (« noir »), à ne pas confondre avec le Kundza blanc dont il est question ici.

Le vin de Kundza

Que trouve-t-on dans le verre ? Pendant longtemps, le Kundza a servi à produire un vin de table de consommation courante, de couleur paille à dorée, plein et énergique, avec un taux d’alcool qui oscille généralement entre 11 et 14 %. Les dégustations menées dans les années 1940 décrivaient des vins limpides, au nez original bien exprimé et à l’acidité agréable, avec des notes comprises entre 7,2 et 7,6 points.

Sa jeunesse est son principal atout. Dans sa vinification classique, ce vin arrive vite à maturité et se boit dans les deux ou trois premières années, avant que les arômes ne s’estompent. Mon conseil : n’attendez pas qu’il s’améliore en cave, ouvrez-le jeune. L’équilibre entre le sucre et l’acidité du raisin l’a aussi fait juger prometteur pour le jus de raisin sans alcool et pour les eaux-de-vie.

Longtemps considéré comme un cépage de volume, trop simple pour prétendre aux grands vins, le Kundza profite aujourd’hui de la renaissance des variétés rares d’Imérétie. Vinifié en qvevri (le churi, comme on l’appelle dans la région), il gagne en texture. En Imérétie, la tradition privilégie généralement un contact plus court avec les peaux qu’en Kakhétie, ce qui donne des blancs plus lumineux. Avec sa peau épaisse et riche en polyphénols, le Kundza se prête aussi très bien à la macération longue, qui donne un vin ambré structuré, comme celui de Kapistoni que je vous présente plus bas.

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Les quelques producteurs de Kundza

A l’heure actuelle, je ne connais que deux producteurs qui en font un vin à part entière. Leurs approches diffèrent : l’un a replanté le cépage en Kartlie, l’autre le cultive dans son terroir d’origine, en Imérétie.

Kapistoni Winery

Nikoloz Chochishvili, à la tête de Kapistoni winery, propose un Kundza depuis quelques années déjà. Il raconte : « Nous avons commencé à renouer avec la tradition familiale en faisant revivre des cépages géorgiens historiques à l’aide d’une technologie traditionnelle. Nous avons planté des cépages rouges oubliés de Kartlie, tels que le Danakharuli, l’Asuretuli shavi, le Shavkapito, le Tavkveri et le Budeshuri Saperavi, ainsi que des cépages blancs comme le Chinebuli, le Mukhamtsvane, le Goruli Mtsvane et le Kundza. Nos vignobles se trouvent actuellement dans la région de Khashuri. Nous avons l’intention de cultiver de nouveaux vignobles dans la région de Gori, où deux autres cépages rares, Tetri Kapistoni et Buza, seront plantés aux côtés des cépages mentionnés précédemment. »

Ce vin ambré et corsé est fabriqué à la main et fermenté en qvevri. Le nez, légèrement épicé, évoque la citronnelle, le chèvrefeuille, la poire, le melon et une pointe d’eucalyptus. En bouche, la structure tannique, sèche et équilibrée, offre des nuances minérales et une longue finale épicée et subtile. Il titre 12 % d’alcool.

Kundza de Kapistoni Winery

Mirianis marani

Quatre générations de vignerons se sont succédé dans la cave de Mirian Iosebashvili, installée à Baghdati, au cœur de la Basse-Imérétie. Son grand-père, Jumber Iosebashvili, comptait parmi les viticulteurs-vinificateurs les plus célèbres de la région. Il avait appris la viticulture et la vinification dès son plus jeune âge et en a fait son métier toute sa vie. Ses vins ont participé à de nombreux festivals et concours.

Kundza de Mirianis marani, Imérétie

Mirian raconte que son grand-père lui a appris à aimer et à soigner la vigne lorsqu’il était enfant. Chaque matin, tous deux se rendaient dans les champs, où le jeune vigneron a compris ce que signifiait avoir un vignoble. À 16 ans, il a complètement repris l’exploitation et fait du vin depuis lors, en suivant les traditions familiales.

Mirian possède actuellement 2 hectares de vignobles et prévoit de s’étendre à l’avenir. Ses cépages sont le Tsolikouri, le Krakhuna, le Tsitska, le Dzelshavi, l’Otskhanuri Sapere, le Mgaloblishvili et la spécialité de la cave, le Kundza. Les blancs de la cave donnent des vins légers et modérément acidulés, avec des notes d’agrumes. Son Kundza a d’ailleurs été récompensé lors du concours des vins d’Imérétie.

Ces dernières années, avec la promotion des variétés rares d’Imérétie, la cave a gagné en popularité. Amateurs de vin locaux et visiteurs étrangers sont devenus des hôtes fréquents de ces jeunes vignerons. Mirian et sa famille proposent des dégustations de vins et des cours de cuisine. Baghdati se trouve à moins d’une heure de route de Koutaissi, ce qui permet d’organiser facilement cette visite lors d’un séjour en Imérétie. Mon conseil : prévenez-les avant de venir.

Apparemment, les producteurs Ladoshka & Patara, Martvilis marani et Dionide Family Winery proposent également du Kundza, mais les informations à leur sujet sont quasi inexistantes.

Avez-vous déjà goûté les vins géorgiens et notamment ce cépage ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

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