Trois kilomètres carrés et demi : voilà tout l’espace dont dispose l’AOP Akhoebi (en géorgien : ახოები) pour exprimer le saperavi. Cette appellation d’origine protégée de la région viticole de Kakhétie a été enregistrée le 29 mai 2020 par l’Agence Nationale des vins, à la demande de Kardenakhi Wine, basé au village de Kardenakhi. Elle se niche à l’intérieur de l’AOP Kardenakhi et la complète en définissant un vin rouge sec.
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Localisation et taille de l’appellation Akhoebi
La microzone Akhoebi occupe le territoire administratif du village de Kardenakhi, dans la région de Gurjaani. Elle s’étale en bas du versant nord-est de la chaîne de Tsiv-Gombori, sur une pente douce de 3 à 4°, en rive droite de la rivière Alazani. Son altitude oscille entre 350 et 750 mètres.
Quatre repères en dessinent les contours : la frontière administrative de Bakurtsikhe au nord-ouest, les gorges de Mghvrie Khevi au sud-est, la voie ferrée au nord-est et la route principale au sud-ouest. En voiture, le plus simple est de suivre la route qui traverse Bakurtsikhe, Kardenakhi puis Anaga : la microzone s’étend le long de son côté nord-est.
Les parcelles qui entourent la frontière administrative de Bakurtsikhe, dans le quartier cadastral 51.14.63, font également partie de la microzone, qui couvre au total 345 hectares. La carte ci-dessous la replace entre Bakurtsikhe et Vakiri, avec la route, la voie ferrée et le canal de l’Alazani.

Terroir de la microzone Akhoebi
Akhoebi est un terroir d’exception pour le saperavi, d’autant plus singulier qu’il se niche au milieu des cépages blancs des plus grosses AOP. Sa surface s’est certes agrandie en Union soviétique après l’abattage d’arbres, mais elle reste minuscule, avec ses 345 hectares. Les vins sont donc très rares et pas faciles à trouver.
Le climat
La microzone profite d’un climat modérément humide, aux étés chauds et aux hivers doux. Le soleil y brille 2 154 heures par an, dont 1 589 pendant la période de végétation, et la température moyenne annuelle atteint 12,5 °C. Il tombe 770 mm de pluie par an, dont 585 mm pendant la période de végétation, soit 76 % du total annuel.
La pluie se répartit de façon inégale au fil des saisons : le printemps et l’été en reçoivent chacun 32 %, l’automne 23 % et l’hiver 13 %. L’humidité de l’air s’établit à 72 % en moyenne annuelle. Seule ombre au tableau, la grêle : la microzone se trouve dans un secteur très exposé, avec 2,9 jours de grêle par an en moyenne, dont 2,1 en mai et juin, une période délicate pour la vigne.
Le sol, carbonaté et humifère, affiche une température annuelle modérée de 15 °C en surface, avec un pic à 30 °C en juillet et août. Entre ces sols argileux, un fort ensoleillement, des précipitations modérées et un indice assez élevé de la somme des températures actives, la vigne trouve ici des conditions très favorables.
Le sol
Sous les pieds de saperavi, on trouve des sols bruns forestiers, humifères et carbonatés. La roche mère est une argile carbonatée d’origine déluviale-proluviale, avec des couches d’argile et de leptosol. La texture est majoritairement argileuse ou argilo-limoneuse, et la fraction physique d’argile (<0,01 mm) varie de 20,0 à 69,4 %.
Voici les autres caractéristiques de ces sols :
- La teneur en humus des couches de plantation se situe entre 2,04 et 4,91 %.
- L’azote total est généralement faible, de 0,067 à 0,128 %.
- L’azote hydrolysé varie de 5,00 à 13,89 mg pour 100 g de sol, tandis que le phosphore soluble est abondant, de 3,0 à 29,0 mg pour 100 g de sol dans les couches arables.
- Le potassium échangeable est lui aussi bien présent, de 28,0 à 90,4 mg pour 100 g de sol dans les couches arables.
- La teneur en calcite varie fortement d’un profil à l’autre et augmente naturellement de haut en bas, de 2,0 à 44,0 %.
- La réaction du sol est légèrement à modérément alcaline, avec un pH compris entre 7,2 et 8.
Ces sols, associés à un climat chaud l’été, doux l’hiver, bien ensoleillé et modérément arrosé, donnent à l’Akhoebi sa personnalité.

Le vin Akhoebi
L’Akhoebi est un vin rouge sec élaboré exclusivement à partir de raisins de Saperavi et / ou de Saperavi Budeshuri, vendangés dans la microzone. Ce dernier est une forme particulière du saperavi, décrite dès 1895 dans les villages de la vallée de l’Iori. Aucun autre cépage n’est autorisé.
Dans le verre, l’Akhoebi se montre d’un rouge foncé. L’appellation attend un vin plein, extrait, velouté et harmonieux, dont le bouquet de notes fruitées se développe avec l’élevage. Côté degré, le minimum est de 12 %, mais certains producteurs vont bien au-delà, jusqu’à 16,5 % chez Nikolas Marani. En bouche, on perçoit des arômes de fruits noirs, de prune et de cerise, et une douceur âpre de chocolat amer caractérise la finale.
Pour ma part, j’ai pu goûter celui d’Ampelo 1888 et je l’ai trouvé vraiment excellent.

Les analyses de l’Akhoebi doivent respecter les seuils suivants :
- Titre alcoométrique volumique : 12 % minimum ;
- Sucre : 4 g/l maximum ;
- Acidité titrable : 5 g/l minimum ;
- Extrait sec : 24 g/l minimum.
Cahier des charges de l’AOP Akhoebi
Pour porter le nom d’Akhoebi, un vin doit respecter des règles précises, de la vigne jusqu’à la bouteille. Voici les principales.
Dans les vignes
Les rangs sont espacés de 1 à 2,5 m et les pieds de 0,8 à 1,5 m sur le rang. Le tronc mesure entre 60 et 90 cm, et la taille peut être unilatérale, bilatérale à la géorgienne ou libre. Pour le reste (lutte contre les maladies, travail du sol, fertilisation), les vignerons choisissent librement leurs pratiques.
Les rendements restent modérés : 10 tonnes par hectare au maximum, et pas plus de 3 kg par pied. Les raisins doivent être bien mûrs, avec au moins 21 % de sucre à la vendange. Pour le transport, seules les caisses en bois ou en plastique sont admises, à bord de véhicules dont la carrosserie est en inox ou revêtue d’une peinture spéciale. Les sacs en polyéthylène sont interdits, et les raisins doivent être protégés de toute souillure.
À la cave
Les raisins doivent provenir exclusivement des vignes de la microzone. Leur traitement et la vinification ont lieu obligatoirement en Kakhétie, alors que la mise en bouteille peut se faire hors de cette zone, à condition de rester en Géorgie. Les sorties de raisins comme de vin sont strictement comptabilisées et contrôlées.
Le moût doit aller au bout de sa fermentation alcoolique, d’où un vin sec. Le volume de vin est plafonné à 65 daL (650 litres) par tonne de raisin, soit 650 daL (6 500 litres) par hectare, et l’Akhoebi n’est vendu qu’en contenants destinés au consommateur, jamais en vrac.
Les règles de l’appellation n’imposent pas le qvevri, mais l’Akhoebi s’inscrit dans la grande tradition kakhète de vinification en jarre, vieille de huit mille ans et inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2013.
Déguster et trouver l’Akhoebi
Un saperavi aussi concentré demande quelques égards. Je vous conseille de le servir entre 16 et 18 °C, idéalement après une bonne heure en carafe, surtout si le degré dépasse 14 %. L’appellation vise un bouquet fruité qui se développe avec l’élevage : si vous avez la chance d’avoir deux bouteilles, ouvrez-en une jeune et gardez l’autre quelques années pour comparer.
À table, il s’accorde naturellement avec la cuisine géorgienne : un mtsvadi (brochettes de viande grillées au feu de bois), un kharcho (soupe épicée de bœuf aux noix et à la prune aigre) ou un ostri (ragoût de bœuf relevé, mijoté à la tomate). Il tient aussi tête à un fromage à pâte pressée bien affiné, et sa finale de chocolat amer trouve un écho dans un carré de chocolat noir.
Ce vin n’est pas commun : il n’existe qu’une poignée de producteurs. Pour avoir une chance d’en dénicher, mieux vaut pousser la porte d’une vraie boutique spécialisée comme Wine boutique à Tbilissi.
Avez-vous déjà goûté cette appellation ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.


Très difficile à trouver mais celui d’ampelo est délicieux