Peu de cépages géorgiens ont connu un déclin aussi discret que le Rko (en géorgien : რკო). En 1953, ce raisin d’Imérétie occupait encore près de 875 hectares, soit environ 5 % du vignoble régional, ce qui le plaçait dans le peloton de tête des cépages locaux. Aujourd’hui, il se cache dans de vieilles parcelles de village, dans quelques assemblages et, bien plus rarement, sur l’étiquette d’une bouteille. Il existe en version blanche, le Rko tetri, qui donne un vin de table plutôt simple, et en version noire, le Rko shavi, qui donne un vin rosé foncé. Les informations disponibles sont maigres et je n’ai déniché qu’un seul vigneron qui l’embouteille sous son propre nom. J’ai donc rassemblé dans cet article tout ce que j’ai pu trouver, de l’histoire du cépage jusqu’à la dégustation.
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Un cépage d’Imérétie au destin contrarié
Le Rko fait partie des nombreuses variétés autochtones de l’Imérétie, cette région vallonnée de l’ouest de la Géorgie où le Tsolikouri et le Tsitska règnent en maîtres. Au milieu du siècle dernier, les relevés de vignobles donnaient la mesure de cette hiérarchie : le Tsolikouri couvrait plus d’un tiers des vignes de la région, le Tsitska près d’un tiers, puis venaient, loin derrière, quelques cépages à égalité de rang, dont le Dondghlabi, le Dzelshavi et le Rko, avec environ 5 % chacun (blanc et noir confondus).
Pourtant, le Rko n’a pas eu la carrière que ce score laissait espérer. À l’époque soviétique, les spécialistes le jugeaient moins qualitatif que ses voisins. Le Rko tetri comme le Rko shavi figuraient parmi les variétés à remplacer pour moderniser la production, au profit de cépages plus nobles comme le Tsitska, l’Aligoté ou le Chardonnay, notamment pour les vins mousseux. Quant aux parcelles conservées, on leur promettait plutôt un avenir du côté de la distillation et du jus de raisin que de la bouteille de qualité.
Le cépage possède pourtant de vrais atouts, que l’on apprécie surtout dans les hauteurs de la Haute-Imérétie : il compte parmi les cépages de l’ouest les mieux armés contre les gelées hivernales et il se montre relativement résistant à l’oïdium. Depuis quelques années, les vignobles de cépages rouges progressent en Imérétie, le Rko et l’Otskhanuri sapere en tête, et quelques vignerons curieux le vinifient de nouveau en qvevri. C’est dans cette renaissance timide que s’inscrit le producteur dont je vous parle plus bas.
Description botanique du Rko tetri
La feuille de la vigne est de taille moyenne et arrondie, souvent ovale, à trois ou cinq lobes. La fleur est femelle, ce qui impose la présence d’autres cépages à proximité pour assurer la pollinisation. Les grappes, de taille moyenne, sont cylindro-coniques ou coniques, souvent épaulées. Les baies, ovales et jaune verdâtre, ont une peau épaisse et dense, légèrement couverte d’une pruine cireuse. Leur pulpe est juteuse et sucrée.
Le Rko tetri se distingue par une vigueur moyenne et un rendement élevé, de 9 à 11 tonnes par hectare. Il lui faut 180 à 190 jours entre le débourrement et la pleine maturité, atteinte à partir de la mi-octobre : c’est donc un cépage tardif. Le poids de la grappe varie de 80 à 150 grammes. À maturité, la teneur en sucre atteint 18,3 % pour une acidité de 10,9 g/l. Ce profil, avec un potentiel alcoolique modeste et une acidité franche, éclaire la légèreté des vins qui en sont issus, à l’image des 11 % d’alcool du Rko d’Ucha.

Le Rko shavi
Le Rko shavi, littéralement le Rko noir, est le pendant rouge du Rko tetri et, comme lui, un cépage local d’Imérétie. Le vin de table qui en est issu est rosé foncé, avec un arôme particulièrement fin. Sa croissance est relativement faible, son rendement élevé, et ses raisins n’atteignent leur pleine maturité qu’à la mi-octobre. Sur sa résistance aux maladies fongiques, les avis se contredisent : certains le décrivent comme fragile, d’autres le rangent parmi les cépages d’Imérétie relativement résistants à l’oïdium.
Rarement mis en bouteille sous son propre nom, le Rko shavi reste un cépage de curieux. À ce jour, je n’ai trouvé qu’un seul producteur qui l’embouteille.

Ucha Macharashvili, un vigneron de Haute-Imérétie
Ucha Macharashvili’s Marani est une petite cave familiale de l’ouest de la Géorgie, installée à Makhatauri, un village de la municipalité de Sachkhere, en Haute-Imérétie. Ucha y travaille trois cépages locaux, le Tsolikouri, le Dzelshavi et le Rko, selon des techniques de vinification traditionnelles : les raisins fermentent avec leurs peaux, ce qui explique la teinte ambrée de son blanc.
Le Rko blanc d’Ucha a obtenu 84 points sur 100 auprès de la guilde des vins géorgiens. Sa robe ambrée moyenne aux reflets dorés s’accompagne d’un titre alcoolique de 11 % seulement. Sec et vinifié en qvevri, il offre des arômes de fruits blancs du jardin.
Son Rko rouge a reçu 88 points sur 100 de la même guilde. De robe rouge moyen, il atteint 12,5 % d’alcool. Sec et rattaché à la famille des rosés foncés, il dévoile des arômes de fruits rouges, de mûres et de fleurs rouges.
J’ai pu goûter ces deux vins et ils sont très nature, voire trop à mon goût. Si les vins d’amphore sans artifices ne vous sont pas familiers, abordez-les en curieux, légèrement frais et à table, avec une cuisine imérétienne généreuse, plutôt qu’en apéritif pour vous faire une première idée.
Retrouvez l’histoire de cette famille sur Agronews.ge ici.


Avez-vous déjà croisé le Rko lors d’un voyage en Imérétie ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.


En effet faut aimer le vin nature