Mamukas Sapere

Écrit par Sébastien

Le Mamukas Sapere (en géorgien : მამუკას საფერე) est un cépage rouge autochtone d’Imérétie d’une rareté extrême. Son nom évoque probablement le vigneron qui l’a découvert.

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Origine du nom et histoire de ce cépage

L’histoire écrite de ce cépage reste très lacunaire, ce qui n’a rien de surprenant pour une variété aussi confidentielle. Son nom, en revanche, en dit déjà long. En géorgien, sapere (საფერე) vient de peri, « la couleur » : c’est le raisin qui teint, et l’on retrouve la même racine dans le célèbre Saperavi. Mamuka étant un prénom masculin très répandu en Géorgie, le Mamukas Sapere se traduit littéralement par « le colorant de Mamuka », sans doute en hommage à celui qui l’a repéré dans sa vigne ou qui l’a longtemps entretenu.

Le cépage circule aussi sous deux synonymes. Mamukas vazi signifie « la vigne de Mamuka » (vazi désigne la vigne en géorgien), tandis que Mamukashvilis shavi se traduit par « le noir des Mamukashvili », un patronyme formé sur le même prénom. Cette seconde appellation laisse imaginer une longue association avec une famille de vignerons imérètes, mais cela reste une hypothèse.

Cultivé de longue date en Imérétie, le Mamukas Sapere est toujours resté en marge du vignoble. Au milieu du XXe siècle, le Tsolikouri et le Tsitska occupaient déjà à eux seuls près de deux tiers des surfaces de la région. Les décennies soviétiques, qui ont favorisé quelques variétés à fort rendement comme le Rkatsiteli et le Saperavi, ont achevé de reléguer ce genre de rareté au rang de curiosité de jardin, quand elles ne l’ont pas fait arracher. Aujourd’hui, le Mamukas Sapere est préservé dans les collections ampélographiques, notamment à Jighaura, au nord de Tbilissi, où le centre de recherche agricole entretient plusieurs centaines de cépages géorgiens.

Caractéristiques botaniques du Mamukas Sapere

  • Feuillage : la feuille adulte est de taille moyenne, à trois lobes, plus rarement cinq. Sa face inférieure est couverte de poils fréquents, de type aranéeux, qui évoquent une fine toile d’araignée. La fleur est hermaphrodite, c’est-à-dire à la fois mâle et femelle.
  • Baies et grappes : les grappes sont de taille moyenne, de forme conique ou cylindro-conique. La baie, de taille moyenne, est ronde, parfois ovale, d’un rouge foncé. Sa peau, fine mais peu dense, est recouverte d’une pruine cireuse. La pulpe est juteuse et le jus incolore.
  • Cycle de maturation : le Mamukas Sapere est une vigne de vigueur moyenne et de maturité tardive. Il lui faut environ 165 jours entre le débourrement et la pleine maturité, atteinte durant la seconde quinzaine d’octobre. Dans une région aussi humide que l’Imérétie, chaque vendange tardive reste donc un pari sur la météo de l’automne.
  • Rendement : une grappe pèse en moyenne 150 à 175 grammes et le rendement atteint 8 à 9 tonnes par hectare. À pleine maturité, le raisin affiche une teneur en sucre de 17 à 18 % pour une acidité de 7 à 8 g/l.
Mamukas Sapere

Mamukas Sapere, Otskhanuri Sapere et Saperavi : ne pas les confondre

Le mot « sapere » prête facilement à confusion. L’Otskhanuri Sapere, autre rouge de l’ouest de la Géorgie bien plus répandu en Imérétie, porte la même racine, mais il s’agit d’un cépage distinct, génétiquement différent du Saperavi lui aussi. Quant au Mamukas Sapere, je n’ai connaissance d’aucune parenté démontrée avec l’un ou l’autre : les noms se ressemblent, pas forcément les ceps. Si vous voyez « Sapere » sur une étiquette imérète, il s’agit donc presque toujours d’Otskhanuri Sapere. Vérifiez le nom complet : le Mamukas Sapere est une rareté d’un tout autre niveau de confidentialité.

Le seul producteur de Mamukas Sapere

À ma connaissance, un seul vigneron propose aujourd’hui un Mamukas Sapere vinifié séparément : la cave Nanua, installée à Terjola, à l’est de Koutaissi.

Mamukas Sapere du vigneron Nanua en Imérétie

Nanua

Tout commence à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, lorsqu’Ivane Chubinidze, surnommé Nanua, veille sur la cave royale de Salomon II, dernier roi d’Imérétie. Plus de deux siècles plus tard, son descendant Gia Chubinidze perpétue la tradition.

La cour de sa cave tient aujourd’hui du conservatoire : on y cultive plusieurs dizaines de variétés de raisin, et une pépinière permet d’y multiplier des vignes géorgiennes rares, parfois au bord de l’oubli. Gia Chubinidze s’appuie sur ces cépages d’Imérétie pour élaborer des vins naturels en Qvevri, commercialisés sous le nom de « Nanua ».

Dans le verre, ce Mamukas Sapere évoque une promenade en forêt à la fin de l’automne : feuilles de thé séchées, terre, humus et tabac. Sa trame rustique appelle une table à son image, avec un plat mijoté ou du gibier.

Alcool : 15 %

Le Mamukas Sapere de « Nanua », élaboré par Gia Chubinidze, et celui issu du raisin cultivé dans l’autre centre de conservation de Jighaura sont très différents. Une fois de plus, la région de culture joue un rôle crucial. Le vin produit à partir du Mamukas Sapere cultivé à Jighaura était considéré comme un vin ordinaire, mais en goûtant cet échantillon de « Nanua », je peux dire en toute confiance qu’il s’agit d’un vin de Mamukas Sapere complètement différent, très intéressant et doté d’un grand potentiel.

Levan Ujmajuridze, Directeur du Centre de recherche scientifique en agriculture

Si vous faites étape à Terjola, je vous conseille de prévenir la famille Chubinidze avant votre venue. L’accueil se fait dans la cour, sous une tonnelle de vignes entrelacées, et chaque bouteille y raconte l’histoire d’une variété que l’on croyait perdue.

Avez-vous déjà goûté les vins géorgiens et notamment ce cépage ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

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