Sombre, velouté et naturellement un peu sucré, le Kindzmarauli (en géorgien : ქინძმარაული) est l’un des vins géorgiens les plus célèbres hors des frontières du pays. Cette appellation d’origine protégée (AOP) de Kakhétie désigne un vin rouge moelleux élaboré exclusivement à partir de Saperavi et de sa variante Saperavi Budeshuri, sur un long ruban de coteaux qui domine la vallée de l’Alazani.
Derrière sa réputation de rouge doux et facile se cachent pourtant un terroir singulier, des galets noirs qui emmagasinent la chaleur du soleil, une histoire qui commence en 1942 et un cahier des charges bien plus précis qu’on ne l’imagine. Voici de quoi vous y retrouver avant de lever votre verre, ou de prendre la route de Kvareli.
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Où se trouve l’AOP Kindzmarauli ?
L’AOP Kindzmarauli se déploie sur la rive gauche de l’Alazani, dans la municipalité de Kvareli, là où les premiers contreforts du Grand Caucase viennent mourir dans la plaine. Les vignes occupent des versants exposés au sud, très faiblement inclinés (de l’ordre de 2 à 3°), entre 250 et 550 mètres d’altitude. Autour de la ville de Kvareli (environ 41°57′ de latitude nord et 45°48′ de longitude est), l’appellation s’étire d’ouest en est sur une quarantaine de kilomètres, des environs de Gremi, Shilda et Eniseli jusqu’au village d’Akhalsopheli.
Un détail pratique pour les voyageurs : la route principale entre Telavi et Lagodekhi traverse l’appellation de bout en bout. Il suffit donc de la suivre pour parcourir la zone sans détour et s’arrêter chez un vigneron au gré des villages.

Histoire du Kindzmarauli
À Kvareli, la viticulture et la vinification ont suivi une trajectoire différente de celle de Tsinandali, de Napareuli ou de Mukuzani. Ici, les vignobles ne faisaient pas partie des domaines princiers : ils n’ont donc pas bénéficié de l’élan qui, ailleurs, a fait progresser la production en quantité comme en qualité.

Jusqu’en 1942, personne ne maîtrisait une technique capable de stabiliser le vin et de préserver sa douceur dans la durée. Les paysans procédaient à l’ancienne : le froid de l’automne ou de l’hiver stoppait la fermentation alcoolique, que le réchauffement du printemps relançait. Le résultat, forcément, restait capricieux d’une cave à l’autre.
Tout change en 1942. Le gouvernement soviétique adopte alors des résolutions spéciales qui prévoient la mise au point de nouvelles technologies, la modernisation des entreprises et le recours au refroidissement pour produire un vin moelleux. C’est de cette date que l’on fait remonter le Kindzmarauli tel qu’on le connaît aujourd’hui : un vin moelleux stable, dont la douceur ne dépend plus du hasard des saisons.
Le succès ne s’est pas fait attendre. Avant 1990, le Kindzmarauli avait déjà remporté huit médailles lors de concours et d’expositions, et l’appellation a été officiellement enregistrée le 30 mars 2006 (n° 787). Aujourd’hui encore, il compte parmi les vins géorgiens les plus demandés à l’export : en 2014, 9,3 millions de bouteilles de Kindzmarauli ont été vendues sur les marchés internationaux, soit 15,8 % des exportations totales et 49 % des vins d’AOP vendus.
Terroir de la microzone
Le climat
Le climat de la microzone naît de processus atmosphériques venus des zones subtropicales et tempérées. Il est modérément humide, avec un été chaud et long et un hiver doux. L’ensoleillement atteint 2 050 heures par an et la température moyenne annuelle s’établit à 12,5 °C, avec 23,6 °C en juillet et en août et +1,0 °C pour le mois le plus froid. La période chaude dure 212 jours : la température moyenne passe au-dessus de 10 °C le 5 avril et redescend sous ce seuil le 4 novembre, pour une somme des températures actives comprise entre 3 700 et 4 100 °C entre 350 et 550 mètres d’altitude.
Il tombe environ 1 070 mm de pluie par an, dont 800 mm pendant la période de végétation, et l’humidité relative moyenne de l’air s’élève à 72 %. Elle descend autour de 65 % en été et grimpe jusqu’à 80 % à la fin de l’automne. Les vents dominants soufflent de l’ouest (23 % du temps) et du sud-est (17 %), tandis que 31 % des journées restent sans vent.
L’hiver, lui, reste discret. La couverture neigeuse, instable, se forme vers le 25 décembre et fond à la mi-mars, pour une vingtaine de jours de neige au maximum. La grêle ne frappe qu’environ 2,1 jours par an, surtout en mai (0,9 jour en moyenne), un risque que les vignerons gardent tout de même à l’œil.
Côté vigne, le Saperavi suit un calendrier bien réglé : le débourrement commence vers la mi-avril, la floraison intervient fin mai, les raisins entament leur maturation dès la seconde quinzaine d’août (à partir du 20) et atteignent leur maturité technologique fin septembre. Les dernières gelées de printemps s’arrêtent en moyenne vers le 26 mars, les premières gelées d’automne se manifestent à partir du 21 novembre (et dès les derniers jours d’octobre une année sur dix), ce qui laisse une période sans gel de 239 jours.
Le sol
Le sol de la microzone se partage entre deux grandes familles : des sols alluviaux, déposés par l’Alazani et ses affluents, et des sols déluviaux, nés de l’érosion des pentes. Les premiers occupent surtout la deuxième terrasse de l’Alazani, au relief plat. Les seconds s’étendent au pied du Caucase, vers 400 à 500 mètres d’altitude, sur de légères pentes tournées vers le sud et le sud-ouest. Chaque famille se décline en plusieurs sous-variétés selon la teneur en calcaire, la texture (limon, argile, éléments caillouteux) et l’humidité : certaines zones basses, le long des cours d’eau, restent même marécageuses.
Les sols alluviaux sont profonds, de 1 à 1,5 mètre, avec une couche d’humus active de 50 à 70 cm. Ils se composent surtout de matériaux limoneux-caillouteux et sablo-caillouteux arrachés aux pentes du Caucase. Les sols déluviaux atteignent de 80 à 150 cm de profondeur, avec 50 à 60 cm d’humus actif, et reposent sur des couches limoneuses et limono-sableuses.
Le véritable atout du terroir se cache pourtant en surface. Les rivières descendues des pentes méridionales du Caucase, la Duruji en tête, ont déposé ici des plaquettes de pierre noire d’origine marine. Ces dalles sombres absorbent la chaleur du jour : leur surface se révèle de 3 à 5 °C plus chaude que celle des sols voisins, et un sol noir ne renvoie qu’environ 15 % de l’énergie solaire reçue. Cette chaleur accumulée favorise la concentration en sucres du raisin, un avantage précieux pour un vin qui doit rester naturellement moelleux.
Sur le plan chimique, la teneur en humus est moyenne (de 5,5 à 2,5 % dans les 50 à 70 cm supérieurs, puis de 2,5 à 0,5 % en dessous). Ces sols sont généralement pauvres en phosphore soluble et peu riches en potassium. Le calcaire est absent ou présent en faible quantité (de 0,2 à 5 %), et le pH s’échelonne de 5,8 à 7,6, c’est-à-dire de légèrement acide à légèrement alcalin.
Couleur et arômes du Kindzmarauli
Le Kindzmarauli est un vin rouge naturellement moelleux, produit à partir des cépages Saperavi et/ou Saperavi Budeshuri cultivés dans la microzone de Kindzmarauli, dans l’est de la Géorgie. Le Saperavi Budeshuri est une variante du Saperavi, décrite dès 1895.
Dans le verre, il offre une robe rouge sombre aux reflets violacés. En bouche, il se montre soyeux et velouté, avec de beaux arômes de fruits noirs (cerise, mûre), de prune séchée et une touche de cacao, et une douceur que l’acidité du Saperavi tient en équilibre. Plutôt rond et assez ample, il se boit avec une grande facilité, et sa finale souple et persistante laisse souvent des notes de chocolat noir et d’épices douces.
Sa douceur n’a rien d’artificiel : le sucre n’est pas ajouté, c’est la fermentation alcoolique qui est volontairement interrompue avant que tous les sucres du raisin aient été transformés en alcool, d’où l’expression « naturellement moelleux ». Avec 18 à 45 g/l de sucres résiduels, le Kindzmarauli entre grosso modo dans la catégorie des vins moelleux (la mention officielle géorgienne est « demi-doux »). Il titre le plus souvent entre 11 et 12,5 % d’alcool et se vinifie surtout en cuve inox, afin de préserver l’éclat du fruit, même si certaines cuvées plus confidentielles passent par le chêne neutre ou le qvevri.

Le cahier des charges de l’AOP Kindzmarauli
Pour porter le nom Kindzmarauli, un vin doit respecter un cahier des charges précis, dont l’Agence nationale du vin de Géorgie contrôle l’application. Voici les points essentiels, en un coup d’œil.
| Critère | Exigence |
|---|---|
| Type de vin | Rouge, naturellement demi-doux |
| Cépages | Saperavi et Saperavi Budeshuri uniquement |
| Altitude des vignes | 250 à 550 mètres |
| Conduite de la vigne | Interrangs de 1 à 3 m, ceps espacés de 0,8 à 1,5 m, tronc de 60 à 90 cm, taille unilatérale, géorgienne bilatérale ou libre |
| Maturité à la vendange | Au moins 22 % de sucres dans le raisin |
| Rendement maximal | 10 tonnes par hectare, soit 650 litres de vin par tonne et 6 500 litres par hectare |
| Alcool | 10,5 % vol. au minimum |
| Sucres résiduels | De 18 à 45 g/l |
| Acidité titrable | 5 g/l au minimum |
| Extrait sec | 22 g/l au minimum |
| Vinification | Fermentation alcoolique incomplète du moût, dans la zone viticole de Kakhétie |
| Mise en bouteille | Possible hors de la zone, mais sur le territoire géorgien |
Les règles s’étendent jusqu’au transport : les raisins ne voyagent que dans des caisses en bois ou en plastique, et les sacs en polyéthylène sont interdits.
Attention, il ne faut pas confondre l’AOP avec quelques grandes marques comme « Kindzmarauli Marani » ou la « Corporation Kindzmarauli », qui sont des noms de producteurs et non de l’appellation. Sur l’étiquette, cherchez plutôt la mention Protected Designation of Origin (ou PDO) à côté du nom KINDZMARAULI en lettres latines.
Comment déguster le Kindzmarauli ?
Servez-le légèrement rafraîchi, autour de 14 à 16 °C : à cette température, la fraîcheur du Saperavi tient tête à la douceur du vin. Sa rondeur s’accorde volontiers avec des viandes grillées ou rôties relevées d’une touche de fruit ou d’épices, avec des fromages persillés ou un sulguni affiné, et bien sûr avec les desserts au chocolat noir et au cacao.
Côté cuisine géorgienne, osez l’essayer avec un chashushuli, ce ragoût de viande à la tomate, ou avec un chakapuli. Ces plats mijotés et parfumés s’harmonisent étonnamment bien avec sa générosité fruitée.
Visiter l’AOP Kindzmarauli
Sur place, l’appellation se parcourt très bien en une journée depuis Telavi, ou en étape sur la route de Lagodekhi, à environ 2 h 30 de route de Tbilissi. Aux portes des vignes, Gremi, ancienne capitale du royaume de Kakhétie au XVIe siècle, mérite le détour pour sa citadelle et son église des Archanges, perchées au-dessus de la vallée.
À Kvareli, flânez au bord du lac, puis poussez la porte d’une cave pour comparer plusieurs Kindzmarauli : vous sentirez vite les différences de style d’un domaine à l’autre. Si vous souhaitez composer un itinéraire sur mesure en Kakhétie, c’est exactement le genre de parcours que j’organise pour mes voyageurs.
Où acheter du Kindzmarauli ?
En Géorgie, ce vin n’est pas rare : vous le trouverez facilement chez n’importe quel bon caviste à Tbilissi.
En Europe, mon partenaire 8wines vous propose plusieurs vins dans cette appellation. C’est l’occasion de goûter, cliquez sur la bannière ci-dessous pour en profiter !
Avez-vous déjà goûté les vins géorgiens et notamment cette AOP ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.


Une des plus anciennes appellations qu’on trouvé très facilement en URSS
Pas mon style de vin mais quand meme interessant
J’adore le rouge moelleux !
Sans doute mon vin géorgien préféré ! Doux et fruité mais sans le côté parfois trop sucré qu’on retrouve avec les vins moelleux. On en trouve en France chez Lilesia également qui propose une très belle sélection de vins géorgiens : https://www.lilesia.com/
Cool je ne connaissais pas ce producteur.