Avant de boucler votre valise pour Erevan, il y a un bagage que je vous encourage toujours à préparer en premier : celui de l’esprit. L’Arménie est l’un de ces pays rares qui se méritent un peu — non pas parce qu’il serait difficile d’accès, mais parce qu’il se révèle infiniment plus riche à qui arrive avec quelques clés en poche. Un roman de William Saroyan lu dans le train, un poème de Silva Kaputikyan glissé entre deux pages de carnet, La Couleur de la grenade de Paradjanov regardée un soir avant le départ : ces expériences ne remplacent pas le voyage, elles le démultiplient. C’est pourquoi j’ai rassemblé ici ma sélection personnelle de livres et de films — guides de voyage, romans, recueils de poésie, documentaires, fictions — pour vous aider à partir non pas en touriste pressé, mais en voyageur qui sait déjà, confusément, qu’il va reconnaître quelque chose là-bas.
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- Histoire & Géopolitique
- Carte routière de l’Arménie
- Guide de voyage sur l’Arménie
- Poésie, contes et livres pour enfants
- Les grands auteurs arméniens
- Gastronomie & cuisine arménienne
- Apprendre & Comprendre l’Arménien
- 10 films arméniens à voir
- 1. La Couleur de la grenade — Sergueï Paradjanov (1969)
- 2. Namus — Hamo Beknazarian (1926)
- 3. Nous et nos montagnes — Henrik Malyan (1969)
- 4. Salut, c’est moi ! — Frunze Dovlatyan (1965)
- 5. Ararat — Atom Egoyan (2002)
- 6. Calendar — Atom Egoyan (1993)
- 7. Vodka Lemon — Hiner Saleem (2003)
- 8. Si le vent tombe — Nora Martirosyan (2020)
- 9. Aurora’s Sunrise — Inna Sahakyan (2022)
- 10. Le Voyage en Arménie — Robert Guédiguian (2006)
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Histoire & Géopolitique
Histoire de l’Arménie: des origines à nos jours
Jean-Pierre Mahé, éminent spécialiste de l’arménologie et directeur d’études à l’École pratique des hautes études, signe avec Annie Mahé la première grande histoire de l’Arménie à cette échelle en langue française. En quinze chapitres couvrant des premières monarchies jusqu’à la république actuelle, l’ouvrage retrace les invasions, le génocide et l’ère soviétique, en croisant archives et témoignages pour donner enfin au peuple arménien le livre de référence qu’il méritait.
Placée « à la lisière des mondes », entre Orient méditerranéen et océan Indien, l’Arménie y est abordée comme une nation aux frontières mouvantes mais à l’identité remarquablement stable. Les cataclysmes successifs — chaque déluge depuis Noé, pourrait-on dire — n’ont pas effacé son passé : ils l’ont au contraire gravé dans la mémoire profonde d’un peuple dispersé aux quatre coins du globe, mais resté fidèle à lui-même à travers les siècles.
L’Arménie et les Arméniens de A à Z
Corinne et Richard Zarzavatdjian retracent dans cet ouvrage original l’histoire de la communauté arménienne de France — plus de 600 000 personnes implantées à Marseille, Lyon, Paris, Valence ou Nice — et son empreinte durable dans les sphères économique, culturelle, politique et artistique. Structuré comme un dictionnaire de 100 entrées illustrées de 250 images, le livre mêle textes et documents d’archives pour faire découvrir une diaspora façonnée par des siècles d’histoire et portée par une double culture.
Derrière l’angle encyclopédique se cache une œuvre profondément intime : les auteurs puisent dans leur propre histoire familiale, héritée de l’exode qui a suivi le génocide de 1915. Ce que leurs parents et grands-parents leur ont transmis — une fresque de couleurs, d’événements et de résilience — devient ici un récit collectif, celui d’un parcours d’intégration exemplaire où la diaspora arménienne s’affirme à la fois comme refuge identitaire et comme force vivante tournée vers l’avenir.
Géopolitique du Caucase: Arménie-Azerbaïdjan-Géorgie-Russie
Depuis le conflit du Haut-Karabakh en 2023, le Caucase est revenu au premier plan de l’actualité géopolitique. Franck Tétart — docteur en géopolitique, maître de conférences à Sciences Po Paris et ancien coauteur de l’émission Le Dessous des Cartes sur ARTE — propose dans ce dossier de Questions internationales une analyse fouillée des trois républiques qui composent la région : Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie. L’ouvrage examine leur évolution politique, économique et sociale récente, ainsi que leur rôle stratégique en tant que corridor énergétique vers l’Europe.
Au-delà des États, c’est toute la complexité humaine et historique du Caucase qui est éclairée : les relations tumultueuses avec la Russie, ancienne puissance colonisatrice devenue alliée imprévisible, les ambitions croissantes de la Turquie, mais aussi les minorités, les langues, les territoires sécessionnistes comme l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, et l’influence toujours présente du fait religieux. Un tableau d’ensemble indispensable pour qui veut comprendre l’une des régions les plus disputées du monde.
Carte routière de l’Arménie
Le réseau routier arménien constitue la principale infrastructure de transport du pays, avec un réseau numéroté totalisant environ 8 140 km, dont près de 96,7 % sont asphaltés. En raison d’un réseau ferroviaire peu développé — conséquence directe d’un relief particulièrement accidenté —, la route joue un rôle vital tant pour le trafic national qu’international. Ce réseau se divise en trois catégories selon leur importance fonctionnelle : les routes interétatiques (environ 1 365 km), les routes républicaines (environ 2 167 km) et les routes locales (environ 4 002 km). Le pays dispose également de 85 routes régionales numérotées (désignées par la lettre H) reliant les grands axes aux communautés, pour un total de 1 969 km. Fait notable, l’ensemble du réseau est entièrement gratuit : aucun péage n’est perçu, que ce soit pour les véhicules arméniens ou étrangers, depuis l’abolition de la taxe de transit en 2018. Sur le plan international, l’Arménie est connectée au réseau routier européen via les routes E117, E691, E001 et E60, ainsi qu’au réseau asiatique par les routes AH81, AH82 et AH83.
Le réseau présente un état variable, allant d’excellent à acceptable selon les tronçons, bien que tous soient praticables. Les routes secondaires demeurent cependant en mauvais état, et une connaissance du terrain s’avère indispensable avant de s’y aventurer. Le relief montagneux du Petit Caucase, qui domine le territoire, impose des contraintes considérables : certains cols de haute altitude, comme le col de Meghri (2 535 m) ou le col de Vardenyats, sont partiellement ou totalement impraticables en hiver en raison des chutes de neige. Pour répondre à ces enjeux, l’Arménie a lancé un projet d’envergure : le « Programme d’investissement dans le corridor routier Nord-Sud », qui vise à relier la frontière géorgienne à la frontière iranienne par une autoroute de 556 km (Meghri–Kapan–Goris–Erevan–Ashtarak–Gyumri–Bavra), représentant un investissement de 1,5 milliard de dollars cofinancé par la Banque asiatique de développement, la Banque européenne d’investissement et la Banque eurasiatique de développement. Une fois achevé, ce corridor positionnera l’Arménie comme maillon stratégique entre l’Europe et l’Asie, interconnectant les ports géorgiens de la mer Noire aux grands ports iraniens.
Carte routière de Reise Know‑How Verlag
Publiée en août 2025 dans sa cinquième édition par Reise Know-How Verlag Peter Rump GmbH, cette carte de l’Arménie (1:250.000) s’impose comme un outil de référence pour les voyageurs exigeants. Conçue dans le cadre de la célèbre série World Mapping Project, elle se distingue par un support en papier synthétique particulièrement robuste : indéchirable et 100 % imperméable, il supporte l’écriture au stylo comme au crayon, sans nécessiter de housse de protection. Sa couverture cartonnée est amovible, ce qui permet de glisser facilement la carte dans une poche. Précise au GPS, elle intègre les coordonnées de longitude et de latitude, et propose un index détaillé des localités ainsi qu’une légende en cinq langues — allemand, anglais, français, espagnol et russe — avec les grandes villes également transcrites en alphabet arménien.
Sur le plan cartographique, la lisibilité est au cœur de la conception : plutôt qu’un ombrage classique, des aplats de couleur indiquent les différents niveaux d’altitude, complétés par des courbes de niveau avec cotation. Le réseau routier y est représenté par catégories, avec les distances entre les points clés, tandis que les principaux sites touristiques sont clairement mis en valeur. Une carte de vue d’ensemble figure au dos de la couverture. Pensée pour une utilisation intensive sur le terrain, cette carte est aussi bien adaptée à la randonnée en montagne dans le Petit Caucase qu’à l’exploration en voiture des régions reculées du pays.

Guide de voyage sur l’Arménie
Les vrais bons guides de voyage sur l’Arménie, qui ne font pas 100 pages sont rares. Même si vous trouverez toutes les informations sur mon blog, il peut être utile d’avoir une version papier entre les mains. Le seul vraiment à jour est le Lonely planet en français car le routard n’existe pas et le petit futé a déjà plusieurs années.
Lonely Planet – Guide Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan 2025-2026
Véritable bible du voyageur, l’édition 2025-2026 du Lonely Planet consacré à la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan couvre l’ensemble de la région avec la rigueur et la générosité qui ont fait la réputation de l’éditeur numéro un du guide de voyage mondial. De Tbilissi à Bakou en passant par le monastère de Tatev, le lac Sevan, la Svanétie ou les monts Vardenis, les auteurs — terrain à l’appui — ont sélectionné incontournables et pépites hors des sentiers battus, le tout appuyé par plus de 50 cartes et plans, des adresses soigneusement actualisées et des conseils pratiques couvrant tous les budgets et toutes les saisons. Randonnée, vélo, escalade, sports d’hiver, itinéraires thématiques à pied ou en voiture, focus sur le voyage responsable et en famille, chapitres dédiés à l’histoire et aux traditions locales : rien ne manque pour construire un séjour sur mesure et partir explorer le Caucase au plus près de ses habitants.
Petit Futé – Guide Albanie 2021/2022
Longtemps ignorée des circuits touristiques classiques, l’Arménie s’impose aujourd’hui comme une destination à part entière, et cette édition du Petit Futé entend bien en convaincre les derniers sceptiques. Car le pays regorge de beautés : une nature puissante dominée par le mythique mont Ararat, un patrimoine architectural d’une densité rare, des monastères fortifiés nichés au fond de vallées, un temple hellénistique perché sur un plateau vertigineux, et ces khatchkars — les célèbres pierres-croix — qui jalonnent les champs comme autant de témoignages silencieux d’une identité plusieurs fois millénaire. Ici, le mythe se confond avec l’Histoire, que les vagues d’envahisseurs successifs n’ont jamais réussi à effacer tout à fait : elle s’est simplement réfugiée dans la pierre, dans les murs, dans le paysage. Un pays sorti du fond des âges, désormais pleinement réhabilité comme terre de voyage.
Armenia Hiking guide
L’Arménie est l’une des destinations de randonnée les plus gratifiantes du Caucase, mais sans les bonnes informations, elle peut vite dérouter : quel sentier correspond à mon niveau ? Le lac Kari est-il accessible en cette saison ? Comment anticiper les chiens de berger, les orages en altitude ou les tronçons sans eau ? C’est précisément pour répondre à ces questions que ce guide pratique recense 50 randonnées soigneusement sélectionnées à travers tout le pays — du nord boisé de Dilijan aux gorges de Noravank, du plateau volcanique du Geghama aux sentiers de pèlerinage de Sanahin à Haghpat — avec pour chaque itinéraire les coordonnées GPS du départ, le dénivelé, la durée estimée, la meilleure saison et les conseils de sécurité essentiels.
Au-delà du simple inventaire, ce guide Armenia Hiking 2026-2027 propose des itinéraires régionaux sur 3, 5, 7 ou 14 jours, un calendrier saisonnier et des outils de planification rapide pour comparer les 50 sentiers d’un coup d’œil. Car en Arménie, les expériences les plus puissantes ne sont pas toujours les sites les plus connus : ce sont souvent les chemins anciens qui y mènent, ceux que les touristes pressés ne prennent jamais. Un compagnon indispensable pour qui veut vraiment habiter ce pays, pas seulement le survoler. Livre en anglais.
Poésie, contes et livres pour enfants
Arménie : Un voyage à colorier
Destiné aux enfants de 5 à 8 ans, ce livre de coloriage de 24 pages fait voyager les petits explorateurs à travers les sites les plus emblématiques d’Arménie — mont Ararat, lac Sevan, temple de Garni, Khor Virap — grâce à des illustrations en noir et blanc aux contours épais et audacieux, soigneusement conçues pour s’adapter aux petites mains, qu’elles tiennent un crayon, un feutre ou un pastel. Imprimé sur du papier blanc haut de gamme au format généreux (21,6 x 27,9 cm), chaque page propose une nouvelle scène culturelle ou naturelle, transformant le simple geste de colorier en une véritable exploration : l’enfant ne remplit pas des cases, il s’approprie un pays, ses paysages et son histoire. Bien plus qu’un cahier de coloriage, c’est un outil de transmission culturelle pensé aussi bien pour les familles arméniennes qui souhaitent faire vivre leurs traditions auprès de leurs enfants que pour les enseignants en quête de ressources pédagogiques originales sur les cultures du monde. Loin des écrans et dans la joie du crayon de couleur, ce petit livre constitue également un cadeau créatif et plein de sens pour un anniversaire ou une occasion familiale — une façon douce et ludique d’éveiller les jeunes générations à la richesse d’une civilisation millénaire.
Histoires arméniennes — Histoires, Mythes et Légendes pour Enfants
Véritable porte d’entrée dans l’univers fabuleux de la tradition arménienne, ce recueil entraîne les enfants de 6 à 12 ans au cœur des montagnes du Caucase pour y retrouver les grandes figures de l’épopée nationale : David de Sassoun, le guerrier invincible, Kourkik Jalali, son cheval magique et fidèle, Dzovinar la mère courageuse, et bien d’autres héros inoubliables dont les aventures résonnent comme des échos d’un monde à la fois lointain et étrangement vivant. Chaque récit est raconté dans un français clair et vivant, avec un souffle épique qui reste fidèle aux textes originaux, tandis que les mots arméniens et les noms traditionnels sont expliqués au fil des pages et rassemblés dans un lexique illustré — pour que la richesse de cette culture millénaire s’ancre naturellement dans la mémoire des jeunes lecteurs. Mais ce livre va plus loin encore que la simple narration : des jeux sont proposés tout au long de l’ouvrage — jeux de plateau coopératifs, jeux de rôle, jeux d’imagination et de discussion — tous conçus autour des personnages, des lieux et des valeurs portés par les légendes, transformant la lecture en expérience vécue. À lire seul, à voix haute en famille ou partagé en classe, c’est un cadeau idéal pour les enfants de la diaspora arménienne comme pour tous les jeunes curieux du monde, désireux de s’aventurer au-delà des frontières du familier.
Les grands auteurs arméniens
Silva Kaputikyan (1919–2006)
Silva Kaputikyan occupe une place à part dans le panthéon littéraire arménien — celle d’une voix à la fois lyrique et combative, que les Arméniens continuent de citer de mémoire comme on récite une prière. Poétesse prolifique et figure morale incontournable du XXe siècle, elle a consacré son œuvre à deux amours indissociables : la beauté de la langue arménienne, qu’elle maniait avec une sensibilité rare, et la défense farouche de son peuple, dont elle se faisait l’avocate sans jamais hausser le ton inutilement. Ce qui me frappe chez elle, c’est ce courage tranquille qui transparaît jusque dans ses vers : en 1988, au cœur de la période soviétique, elle fut l’une des rares intellectuelles à oser interpeller Gorbatchev en personne sur la question du Karabakh, au nom des Arméniens de la diaspora comme de ceux d’Erevan. Militante des droits des femmes, gardienne de la mémoire du génocide, ambassadrice culturelle de son pays bien avant que ce mot prenne un sens officiel — Silva Kaputikyan était tout cela à la fois. Pour qui voyage en Arménie avec l’envie de comprendre l’âme du pays au-delà des monastères et des paysages, se plonger dans quelques-uns de ses poèmes traduits en français est une expérience que je recommande sincèrement : rarement une langue aura dit autant de choses essentielles avec autant d’élégance retenue.
Hovhannès Shiraz (1914–1984)
Hovhannès Shiraz est l’un de ces poètes qu’on ne comprend vraiment qu’une fois qu’on a vu l’Arménie de ses propres yeux. Né à Alexandropol — l’actuelle Gyumri — dans une famille marquée par le deuil du génocide, il grandit avec cette douleur chevillée au corps, et c’est peut-être ce qui donne à ses vers cette intensité particulière, ce mélange déchirant de mélancolie et d’émerveillement devant la beauté du monde. Car Shiraz — le nom de plume qu’il adopte en hommage à la ville iranienne des poètes — n’est pas un écrivain de la noirceur : c’est avant tout un amoureux, de la nature arménienne, des femmes, de sa langue, de son peuple. Ses poèmes, empreints d’un romantisme ardent et d’images somptueuses, ont touché des générations d’Arméniens qui les connaissent souvent par cœur. Ce que je trouve particulièrement émouvant dans son parcours, c’est la fidélité absolue qu’il a maintenue envers son pays natal malgré les pressions de l’époque soviétique — une intégrité qui lui a valu autant d’admiration que de difficultés. Si vous passez par Gyumri lors de votre voyage, cherchez la maison-musée qui lui est consacrée : c’est l’un de ces endroits discrets où l’on sent, le temps d’une visite, que la poésie n’est pas un ornement mais une nécessité vitale.
William Saroyan (1908–1981)
William Saroyan (1908–1981) est l’un de ces auteurs qu’on n’oublie pas une fois qu’on l’a rencontré — et je dis bien rencontré, car lire Saroyan, c’est avoir l’impression de s’asseoir en face d’un homme qui vous parle directement, sans détour, avec cette générosité un peu débordante qui caractérise les grandes âmes. Né à Fresno, en Californie, de parents rescapés du génocide de 1915, il grandit dans une communauté arménienne de la diaspora où la nostalgie du pays perdu se mêle à l’énergie brute du Nouveau Monde — une tension créatrice qui irrigue toute son œuvre. Romans, pièces de théâtre, nouvelles : Saroyan touche à tout avec le même appétit de vivre, explorant avec humour, tendresse et une pointe de mélancolie la condition de l’exilé, la mémoire familiale et la quête d’identité d’un peuple dispersé aux quatre coins du globe. Récompensé par le prix Pulitzer en 1940 pour sa pièce The Time of Your Life — qu’il refusa par principe —, il s’affirme comme l’une des voix les plus singulières de la littérature américaine du XXe siècle, tout en restant profondément, viscéralement arménien. Pour les voyageurs qui se préparent à partir en Arménie, je recommande souvent de commencer par lui : ses textes constituent une porte d’entrée lumineuse et inattendue vers l’âme d’un peuple que vous allez bientôt aller rencontrer sur place.
- Une comédie humaine (1943) : sans doute son roman le plus aimé, une fresque douce-amère de l’Amérique en temps de guerre, vue à travers les yeux d’un jeune garçon de Fresno — ville où Saroyan lui-même a grandi au sein de la diaspora arménienne.
- The Time of Your Life (1939) : la pièce de théâtre qui lui valut le prix Pulitzer — qu’il refusa par principe —, un portrait vivant et philosophique des laissés-pour-compte qui se retrouvent dans un bar de San Francisco pour parler, rêver et tenter de donner un sens à leur existence.
- Mon nom est Aram (1940) : mon préféré pour les voyageurs en partance pour l’Arménie — un recueil de nouvelles autobiographiques sur l’enfance au sein d’une famille arménienne exilée en Californie, drôle, tendre et profondément humain.
- The Daring Young Man on the Flying Trapeze (1934) : le recueil de nouvelles qui révèle Saroyan au monde littéraire à seulement 26 ans, avec une liberté de ton et une vitalité d’écriture qui laissent encore aujourd’hui le lecteur un peu étourdi.
- Births / Obituaries (1983) : l’une de ses dernières œuvres, écrite peu avant sa mort, où il réfléchit avec une lucidité bouleversante sur la vie, la mort et ce que signifie laisser une trace — un texte testament, intime et universel à la fois.
Hovhannès Toumanian (1869–1923)
Hovhannès Toumanian est l’une de ces figures que l’on croise partout en Arménie sans toujours savoir qui il est — sur les billets de banque, les places publiques, les devantures de librairies — et c’est précisément pour cette raison que je tiens à vous le présenter avant votre départ. Né dans le village de Dsegh, dans la région de Lori, au cœur de ces paysages de forêts profondes et de gorges vertigineuses que vous traverserez peut-être en empruntant la route du canyon de Debed, il grandit au contact d’une nature sauvage et d’une tradition orale extraordinairement riche, dont il deviendra le passeur le plus accompli. Poète, conteur, dramaturge, il est considéré comme le « poète de tous les Arméniens » — une formule qui pourrait sembler excessive mais qui dit en réalité quelque chose de juste : son œuvre traverse les classes sociales, les générations et les frontières de la diaspora avec une fluidité remarquable. Ses contes et légendes inspirés du folklore populaire, ses poèmes célébrant la campagne arménienne et ses épopées en vers ont nourri l’imaginaire collectif d’un peuple entier, allant jusqu’à inspirer un opéra — Anoush — qui reste aujourd’hui l’un des fleurons de la culture nationale. Au-delà de l’écrivain, c’est aussi l’homme qui me touche : pendant le génocide de 1915, Toumanian s’engagea personnellement pour aider les réfugiés et les orphelins, au péril de sa propre santé. Si vous passez par Dsegh lors d’une excursion dans le nord du pays, ne manquez pas la maison-musée qui lui est consacrée — l’un de ces endroits simples et sincères où l’histoire d’un pays se raconte mieux qu’en mille mots.
- Anoush (1890) : le poème épique le plus célèbre de Toumanian, une tragédie d’amour et d’honneur nichée dans les montagnes du Lori, si puissante qu’elle a inspiré l’opéra national arménien du même nom — une œuvre fondatrice que tout Arménien connaît par cœur.
- David de Sassoun (adaptation, 1902) : sa mise en forme magistrale de la grande épopée nationale arménienne, ce cycle légendaire de héros invincibles et de batailles titanesques qui constitue, pour l’Arménie, ce que l’Iliade représente pour la Grèce — un récit fondateur à lire absolument avant de fouler ce sol millénaire.
- Le Chien et le Chat : l’un de ses contes pour enfants les plus célèbres et les plus traduits, une fable malicieuse et tendre tirée de la tradition orale populaire, qui illustre parfaitement ce don rare qu’avait Toumanian pour parler à tous les âges avec la même élégance naturelle.
- Contes et Légendes arméniens : un recueil incontournable qui rassemble les plus belles histoires puisées dans le folklore du Caucase — fées, démons, rois sages et paysans rusés — dont certaines se déroulent dans des paysages que vous reconnaîtrez peut-être lors de vos randonnées dans le nord du pays.
- Poèmes : ses recueils poétiques, empreints d’une sensibilité lyrique profonde et d’un amour viscéral pour la nature arménienne, restent la porte d’entrée la plus intime dans l’univers de Toumanian — quelques vers suffisent à comprendre pourquoi ce pays, une fois vu, ne vous quitte plus vraiment.
Gastronomie & cuisine arménienne
Mantchouk : Recettes de cuisine d’une famille arménienne
Chez Mantchouk — dont le nom signifie « petit garçon » en arménien —, la cuisine est avant tout une affaire de transmission et d’amour. Fondée par Mikaël Petrossian dans le 17e arrondissement de Paris, cette boutique-restaurant-traiteur porte en elle toute la chaleur des grandes tablées familiales et les secrets culinaires transmis de génération en génération au sein de la famille Petrossian. Ce qui rend l’endroit particulièrement fascinant, c’est la richesse de ses influences : on y retrouve pêle-mêle les saveurs du Levant, de la Méditerranée et de l’Europe de l’Est, dans une carte où cohabitent harmonieusement harengs rollmops, beuregs, pirojkis, bortsch, dolmas de chou, mantis, pakhlava ou encore tarte au caramel et noix. Autrement dit, le meilleur des traditions arméniennes et russes, cuisiné dans les règles de l’art mais toujours avec ce zeste d’inventivité qui fait la différence. Pour le voyageur francophone qui prépare un séjour en Arménie ou qui souhaite simplement prolonger l’expérience caucasienne le temps d’un repas à Paris, Mantchouk est une adresse que je recommande chaleureusement.
La cuisine arménienne de Pierrette
Si vous souhaitez prolonger votre voyage en Arménie bien au-delà du retour, ce livre de Pierrette est sans doute l’une des plus belles façons de le faire. Véritable édition collector de 250 pages, il rassemble 200 recettes soigneusement sélectionnées et illustrées chacune d’une photo alléchante — des mezzés aux desserts en passant par les plats et accompagnements — couvrant aussi bien les grands classiques de la cuisine nationale que des créations plus audacieuses et inédites, comme le Hay burger ou les macarons au basterma. Loin d’être un simple répertoire de recettes, l’ouvrage se lit aussi comme une immersion culturelle : chaque plat est accompagné d’anecdotes sur son origine, de tours de main illustrés et de variantes pour s’adapter à toutes les cuisines. Un compagnon gourmand et chaleureux, à glisser dans sa bibliothèque de voyage pour retrouver, le temps d’un repas, les parfums subtils et les saveurs douces de l’Arménie.
Apprendre & Comprendre l’Arménien
Livre d’activité d’apprentissage de l’arménien pour enfants et débutants
Pour les familles de la diaspora qui souhaitent transmettre la langue arménienne à leurs enfants, ou tout simplement pour les adultes qui veulent s’initier en douceur avant un premier voyage, ce livre illustré est une ressource précieuse et attachante. Richement illustré en couleurs pour favoriser la mémorisation, il couvre plus de 280 mots répartis en thèmes du quotidien — chiffres, animaux, fruits, légumes, objets, véhicules, vêtements — et promet de belles heures partagées en famille, là où apprendre une langue devient un jeu plutôt qu’une contrainte. Une belle façon de faire entrer l’arménien dans la maison avant même d’avoir posé le pied sur le tarmac de Zvartnots.
Apprendre l’Arménien en 52 semaines
Si vous préparez un voyage en Arménie, apprendre quelques mots de la langue locale changera radicalement la nature de votre expérience — et cette méthode pourrait bien être le meilleur point de départ. Structurée en 52 niveaux progressifs et rythmée par des tests hebdomadaires, elle repose non pas sur des listes de vocabulaire fastidieuses, mais sur 2 500 phrases courtes tirées du langage quotidien réel, réparties sur 360 pages conçues pour être lues et relues sans effort. L’idée est simple mais efficace : s’imprégner de l’arménien tel qu’il se parle vraiment, pour pouvoir commander un repas, échanger avec un habitant ou négocier au marché sans hésitation ni gêne. En quelques mois de pratique régulière, vous serez surpris de voir à quel point quelques phrases bien placées ouvrent des portes — et des sourires — que les guides touristiques ne mentionnent jamais.
Tenir une conversation en Arménien en 90 jours
Parmi les conseils que je donne systématiquement aux voyageurs qui se préparent à partir en Arménie, il y en a un qui revient toujours : apprenez au moins quelques phrases en arménien, vous verrez la différence. Pour ceux qui veulent aller plus loin sans se noyer dans la grammaire, ce programme de 90 jours me semble une approche particulièrement honnête et bien construite. Plutôt que de promettre un bilinguisme express, il propose un défi quotidien structuré en mini-missions concrètes — se présenter, commander au restaurant, demander son chemin, parler de sa famille ou de ses goûts — à travers des phrases prêtes à l’emploi, des dialogues réalistes et des exercices de conversation guidés qui vous entraînent à répondre naturellement, sans tout traduire mentalement. Au bout de trois mois de pratique régulière, l’objectif n’est pas de passer pour un natif, mais de tenir une vraie conversation simple et fluide : exactement ce qu’il faut pour que les habitants d’Erevan, de Gyumri ou d’un petit village du Syunik vous regardent différemment, avec ce sourire particulier que l’on réserve à ceux qui ont fait l’effort de s’approcher de leur langue.
10 films arméniens à voir
1. La Couleur de la grenade — Sergueï Paradjanov (1969)
Chef-d’œuvre absolu du cinéma mondial, cette biographie poétique et hallucinée du troubadour Sayat-Nova abandonne toute narration classique au profit d’un torrent d’images symboliques et d’une beauté visuelle proprement envoûtante — un film qu’on ne compare à rien d’autre.
2. Namus — Hamo Beknazarian (1926)
Premier long métrage arménien, ce film muet fondateur du studio Armenfilm pose d’emblée les grands thèmes qui traverseront tout le cinéma arménien : l’honneur, l’amour, la contrainte sociale et l’identité nationale — une pièce de musée à voir pour comprendre d’où vient tout le reste.
3. Nous et nos montagnes — Henrik Malyan (1969)
Comédie tendre et mélancolique sur la vie dans les villages arméniens, ce film est devenu une œuvre culte en Arménie — le genre de film dont les habitants vous citent encore des répliques avec un sourire nostalgique quarante ans après sa sortie.
4. Salut, c’est moi ! — Frunze Dovlatyan (1965)
Drame humaniste et intimiste sur l’intégrité personnelle face aux pressions de la société soviétique, ce film illustre parfaitement cette capacité qu’avaient les cinéastes arméniens à glisser une vérité profonde sous le vernis des contraintes idéologiques.
5. Ararat — Atom Egoyan (2002)
Le cinéaste arméno-canadien signe ici son œuvre la plus personnelle, convoquant Charles Aznavour, Eric Bogosian et une mise en abyme vertigineuse pour raconter le génocide de 1915 — un film complexe et courageux qui a reçu la Coquille d’or au Festival de San Sebastian.
6. Calendar — Atom Egoyan (1993)
Bien avant Ararat, Egoyan explore déjà les thèmes de la mémoire et de l’identité diasporique à travers ce road-movie intime tourné en Arménie, où un photographe documente des monastères anciens tout en regardant son couple se défaire — épuré, bouleversant.
7. Vodka Lemon — Hiner Saleem (2003)
Tourné dans une Arménie post-soviétique balayée par la neige et la pauvreté, ce film du réalisateur kurde d’origine arménienne brosse avec un humour doux-amer le portrait d’un pays en survie — et d’une humanité qui résiste en aimant.
8. Si le vent tombe — Nora Martirosyan (2020)
Premier long métrage de cette réalisatrice franco-arménienne, le film suit un auditeur international venu évaluer l’aéroport d’une petite république autoproclamée du Caucase — une fable sur les frontières, la reconnaissance et la résilience humaine saluée dans les festivals internationaux.
9. Aurora’s Sunrise — Inna Sahakyan (2022)
Ce documentaire d’animation revient avec une précision et une délicatesse rares sur le parcours d’Aurora Mardiganian, jeune survivante du génocide dont l’histoire fut portée à l’écran par Hollywood dès 1919 — une œuvre nécessaire, primée et profondément émouvante.
10. Le Voyage en Arménie — Robert Guédiguian (2006)
Le cinéaste marseillais d’origine arménienne envoie son héroïne à la recherche de son père disparu dans un pays qu’il avait quitté cinquante ans plus tôt — un film qui est autant une fiction qu’un documentaire amoureux sur l’Arménie post-soviétique, ses paysages et ses contradictions.
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