Partala

Écrit par Sébastien

Il existe en Géorgie des cépages que l’on croise plus souvent dans les livres d’ampélographie que dans un verre, et le Partala (en géorgien : ფართალა) est de ceux-là. Ce raisin rouge indigène de Kartlie, longtemps relégué dans quelques vieilles parcelles familiales, a failli disparaître sans bruit. Il donne aujourd’hui un vin rouge sec, vif et aérien, qui allie légèreté naturelle et vraie profondeur de caractère.

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Histoire du cépage Partala

Le Partala, parfois écrit Phartala, appartient à la Kartlie, cette région du centre de la Géorgie qui entoure Tbilissi, Mtskheta, Kaspi et Gori. Son nom complet, Partala Shavi, signifie littéralement « Partala noir » : les anciens inventaires de la région mentionnent d’ailleurs aussi un Partala Tetri, à baies blanches, ce qui suggère qu’il existait autrefois une petite famille de Partala. Dès le milieu du XXe siècle, les recensements des vignobles de Kartlie le rangeaient déjà parmi les variétés marginales, loin derrière le Chinuri, le Rkatsiteli ou le Goruli Mtsvane.

Sa présence s’est donc toujours limitée à de vieux vignobles autour de Tbilissi, de Mtskheta et de Kaspi. Il ne s’est jamais imposé dans la production courante et a survécu discrètement dans les parcelles familiales, d’autant que la période soviétique a favorisé des cépages plus commerciaux et plus faciles à écouler. Aujourd’hui, le Partala est une variété de collection : seules quelques collections ampélographiques, notamment en Kartlie intérieure, en conservent encore des ceps.

Une précision utile pour les curieux : on lit parfois le nom Melikuda associé au Partala, mais il s’agit en réalité d’un autre cépage de Kartlie, à baies blanches d’après les inventaires géorgiens. Autre nuance, certaines bases de données internationales rattachent Partala au cépage rouge Buza, alors que les collections géorgiennes conservent les deux comme des variétés distinctes, aux grappes et aux baies différentes.

Caractéristiques botaniques du Partala

Le Partala est une variété à maturation tardive : sa période de végétation s’étend sur environ 153 jours entre le débourrement et la pleine maturité, atteinte à la fin du mois de septembre. Les observations en collection signalent un débourrement assez précoce, ce qui l’expose aux gelées de printemps. Le cep, vigoureux, se montre généreux, avec des rendements de 9 à 12 tonnes par hectare dans les descriptions anciennes. La feuille adulte est grande, de forme arrondie ou cordée, et possède cinq lobes. Sa face inférieure est glabre ou presque, et les sinus supérieurs sont profonds et souvent fermés. La fleur est hermaphrodite (bisexuée), ce qui facilite la fécondation.

Cépage rouge Partala de Kartlie, Géorgie

Les grappes de Partala sont grandes, de forme conique, souvent ramifiées ou ailées, et présentent généralement une densité moyenne. Elles pèsent entre 180 et 240 g dans les descriptions classiques, même si des mesures plus récentes en collection donnent des grappes plus modestes, autour de 120 g. Le grain, de taille moyenne (environ 14 mm), rond et d’un noir bleuté, renferme une pulpe juteuse et charnue, légèrement croquante ou fondante, au goût agréable et joyeux. Sur la sensibilité aux maladies, les avis divergent : certaines descriptions lui prêtent une fragilité face à l’oïdium et au mildiou, d’autres une bonne tolérance aux maladies fongiques. Mieux vaut rester prudent tant que le cépage n’a pas été cultivé à plus grande échelle.

À pleine maturité, le raisin atteint 18 à 22 % de sucre pour une acidité totale de 4,5 à 7 g/L. Des analyses menées sur des vignes de collection révèlent en outre une richesse en pigments et en polyphénols parmi les plus élevées d’un échantillon de variétés rares géorgiennes, un potentiel de couleur et de structure que le vigneron peut choisir de dompter ou d’exprimer.

Couleur & arômes du vin issu du Partala

Le Partala permet d’obtenir un vin rouge de table sec, de belle qualité, souvent décrit comme intense en couleur, ce qui n’a rien d’étonnant au vu de sa richesse en pigments. Celui de Wet Dog affiche une robe de grenade et une brillance nette qui témoignent d’un style vivant et énergique.

Au nez, il déploie des notes herbacées et épicées : herbe fraîche, poivre noir et feuilles légèrement séchées composent un fond aromatique complexe mais doux. Quelques dégustateurs y ont aussi relevé des touches plus gourmandes, proches du bonbon, qui ajoutent à sa fraîcheur. En bouche, le vin est léger et joue sur une texture paradoxale, à la fois visqueuse et fine. Cette légèreté est portée par une acidité vive, qui lui donne de l’élan et de la tension. Avec 11,6 % d’alcool pour le millésime 2024, il se boit sans effort, mais mérite qu’on lui prête attention.

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Bouteille de Partala de Wet Dog, vin rouge géorgien de qvevri

Irakli Cholobargia de Wet Dog est le seul producteur

À ma connaissance, le Partala n’est aujourd’hui vinifié en bouteille que par le petit vigneron Irakli Cholobargia sous la marque Wet Dog. Son Partala est un rouge de Qvevri volontairement expérimental et authentique, né dans la micro-zone de Saguramo, en Kartlie, à une trentaine de minutes de route au nord de Tbilissi. La vinification se déroule en Qvevri (jarre d’argile géorgienne enterrée), avec des levures naturelles, un usage minimal de soufre (moins de 50 mg/L) et une filtration très douce pour préserver la pureté du vin. Ce style d’élaboration lui confère une énergie brute et une netteté naturelle, et fait du Partala un cépage unique et mémorable pour ceux qui recherchent l’expressivité et la pureté.

Où le goûter et comment le servir

Les quantités étant minuscules, c’est surtout dans les cavistes spécialisés de Tbilissi que l’on a une chance de croiser la bouteille, à un prix très abordable, autour de 11 € pour 75 cl. Je vous conseille de la réserver ou de la repérer dès votre arrivée, car un cépage aussi rare disparaît vite des rayons.

À table, le Partala s’accorde idéalement avec des viandes légèrement grillées (des mtsvadi, ces brochettes géorgiennes, feront très bien l’affaire), des plats aux champignons ou des pâtes aux légumes et aux épices méditerranéennes. Son acidité vive et ses notes herbacées équilibrent en effet les saveurs épicées sans les écraser. Servez-le légèrement frais, autour de 14 à 16 °C, pour préserver toute sa vivacité. Et si l’aventure vous tente, la région de Saguramo abrite un centre de recherche agricole qui conserve une vaste collection de cépages géorgiens et se visite sur réservation : une excellente façon de comprendre à quel point le patrimoine viticole du pays reste immense, et encore en partie à redécouvrir.

Avez-vous déjà goûté les vins géorgiens et notamment ce cépage ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

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