Chumuta

Écrit par Sébastien

Dans les collines humides de Gourie, face à la mer Noire, quelques vignerons font renaître un raisin noir que le mildiou et le phylloxéra avaient presque effacé de la carte : le Chumuta (en géorgien : ჭუმუტა), que l’on prononce « Tchumuta ». Cépage autochtone de raisins rouges, d’une rareté absolue, il donne pourtant un vin de grande qualité.

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Brève histoire du cépage Chumuta

Selon les analyses linguistiques d’Ivane Javakhishvili, le mot « Chumuta » signifie « dense » dans le dialecte de Gourie. Le nom décrit fidèlement les grappes, relativement serrées.

Pour comprendre la rareté actuelle du Chumuta, il faut se représenter la Gourie d’autrefois. À la fin du XIXe siècle, cette petite région de l’ouest de la Géorgie comptait près de 6 800 hectares de vignes, et la vigne y grimpait volontiers dans les arbres, selon la tradition du maghlari. Plus de cinquante variétés autochtones y prospéraient : Chkhaveri, Sakmiela, Mtevandidi, Skhilatubani, Jani, Tetri Kamuri et donc Chumuta.

Très répandu dans toute la région, le Chumuta a pourtant quasiment disparu. Très sensible au mildiou et au phylloxéra, il a subi de plein fouet les maladies cryptogamiques puis l’invasion du puceron, qui ont ravagé les vignobles gouriens. Les vignerons se sont alors tournés vers des variétés plus faciles à cultiver : l’Izabela, très résistant, et surtout le Tsolikouri. Au début des années 1950, ce dernier occupait ainsi environ 93 % des vignes dans les trois districts gouriens recensés, tandis que toutes les variétés locales regroupées sous l’étiquette « autres », dont le Chumuta, ne dépassaient pas 2 %.

Dans les classements géorgiens, le Chumuta figure parmi les cépages à baies noires originaires de Gourie, cultivés à très petite échelle. Ses synonymes connus sont : Jumuta et Jumutai.

Grappe de Chumuta, cépage rouge rare de Gourie en Géorgie

Caractéristiques du Chumuta

Feuillage : la feuille adulte, plus grande que la moyenne, est arrondie et découpée en trois à cinq lobes. Son revers se couvre d’un fin duvet grisâtre, semblable à celui de l’orme. La fleur est hermaphrodite.

Baies et grappes : les grappes, de taille moyenne ou plus petites, sont de forme cylindrique ou cylindro-conique. Les baies, plus petites que la moyenne, rondes ou légèrement ovales, passent du bleu foncé au noir à pleine maturité. Leur peau, épaisse, est abondamment recouverte d’une pruine cireuse et se détache difficilement de la pulpe, assez juteuse et charnue. Le jus, incolore, offre un goût riche et très agréable, porté par un arôme variétal marqué.

Cycle de maturation : vigoureux, le Chumuta demande 203 jours entre l’ouverture des bourgeons et la pleine maturité, ce qui en fait un cépage tardif. Dans les villages de Gourie, les raisins mûrissent à la mi-octobre.

Rendement : les rendements sont moyens, de 6 à 7 tonnes par hectare, pour des grappes de 100 à 190 grammes. On pense qu’il donne ses meilleurs résultats dans les vignobles de montagne. À pleine maturité, sa teneur en sucre atteint 20 à 23 % et son acidité 8,5 à 9 g/l. Les grappes peuvent rester sur la vigne jusqu’en janvier sans perdre leur intégrité, et comme raisin de table, il se conserve tout l’hiver.

Le vin de Chumuta

Le vin issu du Chumuta se distingue par une belle couleur rouge foncé tirant sur le noir, un corps ample, une teneur normale en alcool et en acidité, de l’harmonie et un bon goût. Ses tanins et son acidité lui permettent de vieillir raisonnablement bien, ce qui n’est pas si courant parmi les rouges de l’Ouest géorgien, souvent plus légers et destinés à être bus jeunes.

Les quantités restent infimes, car il faut compter sur quelques vignerons passionnés pour faire vivre ce patrimoine. Parmi ces défricheurs, Andro Vashalomidze a longtemps parcouru les villages de Gourie pour replanter, dans sa petite parcelle, des variétés presque oubliées, dont le Chumuta.

Les quelques producteurs de Chumuta

Gela Tsintsadze wine cellar

À Guturi, Gela Tsintsadze produit un petit peu de Chumuta. Il cultive environ huit cépages, pour une récolte totale de 4 à 5 tonnes de raisin par an.

Besik Meparishvili

À Partskhma, dans la municipalité de Chokhatauri, Besik Meparishvili a rénové en 2013 la cave familiale pour produire du vin. Il cultive six variétés endémiques de Gourie, dont le Chumuta, en suivant les règles de l’agriculture biologique. Sa production est minime, de l’ordre de 2 000 à 2 500 bouteilles par an, mais l’aide de l’Europe en 2020 pour le développement de l’économie locale lui a permis de l’accroître et de commencer l’export.

Zangaura

En 2024, la gamme de Zangaura dédiée aux cépages rares a accueilli le Chumuta dans sa collection.

J’ai pu goûter ce vin au Dadi wine bar et je lui ai trouvé de belles notes de framboise, avec une légère acidité. On perçoit également une pointe d’anis.

Bouteille de Chumuta de la gamme cépages rares de Zangaura, Géorgie

Comment le déguster et où le trouver

Avec sa fraîcheur et ses notes de fruits rouges, le Chumuta gagne à être servi légèrement frais, autour de 14 à 16 °C. Je l’imagine très bien à table avec des viandes grillées (mtsvadi), du poulet sauce aux noix (satsivi) ou un sulguni poêlé, dont le gras et le sel répondent à son acidité.

Côté dénicheurs, soyez prêts à chercher : les volumes sont confidentiels et partent vite. Les bars à vin de Tbilissi, spécialisés dans les vins naturels et les cépages rares, restent le moyen le plus simple d’en goûter. Si vous voyagez en Gourie, visez la fin de l’automne : les raisins mûrissent tard et les vendanges, en octobre, animent les villages autour de Chokhatauri, un bon prétexte pour pousser la porte des petites caves familiales.

Avez-vous déjà goûté les vins géorgiens et notamment ce cépage ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.

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