Rare, discret et presque confidentiel, le Jghia, aussi écrit Zhghia (en géorgien : ჟღია) ou Jgia, est un cépage rouge indigène de Kakhétie. Le vin de table qui en est issu séduit par sa faible teneur en alcool et son goût agréable. Relativement résistant aux maladies fongiques, ce cépage s’adapte aisément aux conditions environnementales.
Un conseil avant de commander votre premier verre en Géorgie : « Jghia » se prononce à peu près « jri-a ». Le « j » se lit comme dans « jour », et le « gh » est un r guttural, très proche du « r » français.
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Histoire du cépage Jghia
Les archives restent muettes sur ses origines, et personne ne sait vraiment où ni quand le Jghia est apparu. Quelques indices laissent pourtant deviner un âge vénérable : on le rencontre à la fois dans l’est et dans l’ouest de la Géorgie, et il poussait autrefois jusqu’à Shavsheti et Klarjeti, d’anciennes provinces géorgiennes aujourd’hui situées en Turquie. Cette large dispersion, associée à l’analyse linguistique de son nom, pousse certains spécialistes à le ranger parmi les plus anciennes variétés du pays.
Chaque région a d’ailleurs sa façon de l’appeler : Khiter et Bzhghia en Imérétie, Aklemistvala à Saingilo (région historique géorgienne aujourd’hui en Azerbaïdjan), Mzhghria en Kakhétie, ou encore Devistvala.
Aujourd’hui, sa diffusion reste très limitée. Il se cache surtout en petites touches au milieu d’autres cépages, dans de vieux vignobles. C’est ce qui fait tout le charme de sa dégustation : chaque bouteille est un petit morceau de patrimoine géorgien.
Caractéristiques du Jghia

- Feuillage : la feuille adulte est plus grande que la moyenne, ronde ou ovale, à trois ou cinq lobes, parfois entière (non lobée). Sa face inférieure porte un duvet arachnéen (en toile d’araignée) de densité moyenne, ainsi que de fins poils raides en forme de brosse. La fleur est hermaphrodite.
- Baies et grappes : les grappes sont moyennes à grandes, coniques, parfois cylindro-coniques, ailées (épaulées), moyennement compactes et parfois lâches. La baie, de taille moyenne et ronde, est rouge foncé, presque noire à pleine maturité, mais la maturation inégale des grains peut rendre la grappe panachée. Sa peau est fine, éclate facilement et se couvre d’une pruine cireuse. La pulpe est juteuse et tendre, le jus incolore et le goût légèrement acidulé.
- Cycle de maturation : le Jghia a une vigueur moyenne ou inférieure à la moyenne. La période de végétation, du débourrement à la pleine maturité, dure 150 à 160 jours. Le raisin atteint sa pleine maturité à partir de la seconde quinzaine de septembre.
- Rendement : le poids moyen d’une grappe est de 150 à 200 grammes et le rendement par hectare de 9 à 16 tonnes. À pleine maturité, la teneur en sucre se situe entre 17 et 18 % et l’acidité entre 7 et 8 g/l, ce qui explique des vins naturellement peu alcoolisés.
- Usages : le Jghia sert à élaborer des vins rouges secs de table et des rosés, mais aussi des eaux-de-vie.
Le Jghia Sagviano
Il existe une variante du Zhghia appelée Jghia Sagviano, elle aussi originaire de Kakhétie. Son nom signifie « tardif » en géorgien : elle mûrit un peu plus tard que le Jghia classique, de la fin septembre jusqu’au début octobre. Très proche de lui par ses caractéristiques ampélographiques, elle donne des baies plus petites, de forme elliptique étroite et de couleur bleu foncé, à la pulpe très peu colorée. Elle atteint 17 à 20 % de sucre pour 7 à 9 g/l d’acidité, avec une vigueur et un rendement moyens. On l’utilise pour des vins rouges secs et des rosés.
Dans le verre : profil du vin et accords
Le Jghia donne des vins à la robe rubis à grenat, au corps léger à moyen et à l’acidité vive, que l’on boit pour leur fraîcheur plus que pour leur puissance. Au nez, on retrouve volontiers les baies des bois et la cerise, souvent relevées de notes épicées, de cèdre, de tabac ou de genévrier. Avec quelques années de bouteille, certains flacons évoluent vers le thé et le cuir. Les degrés restent modestes, autour de 11 à 12 % vol, comme l’annonce la richesse en sucre du raisin.
À table, je vous conseille de le servir légèrement frais, autour de 14 à 16 °C. Son acidité appelle les spécialités géorgiennes grillées ou mijotées, comme les kupati (saucisses épicées), le mtsvadi (brochettes de porc) ou le lobio (haricots rouges), et il se montre tout aussi à l’aise avec une volaille rôtie ou des légumes grillés. La version rosée, plus vive encore, se glisse volontiers à l’apéritif ou sur une salade d’été.
Les quelques producteurs de Jghia
Il y a encore quelques années, un seul vigneron proposait du Jghia en bouteille. Aujourd’hui, une poignée de caves s’y essaient, presque toutes en Kakhétie et souvent en toute petite quantité. Voici celles que j’ai pu repérer.
Shatiri
La cave Shatiri, créée en 2018, est une exploitation de la famille Shatirishvili. Elle est située dans le village de Shroma, dans la municipalité de Lagodekhi, et possède ses propres vignobles dans le village de Ninigori.
Le Jghia de Shatiri est un assemblage de 85 % de Jghia, 10 % de Cabernet Sauvignon et 5 % de Saperavi. Ce vin rouge sec est élaboré selon la méthode géorgienne traditionnelle, en qvevri : après deux semaines passées au contact de la totalité des peaux (sans les rafles), il est élevé avec des douves de chêne.
Il se caractérise par un arôme riche, un corps léger et une finale joyeuse et durable. On y distingue des notes de prune noire, de mûre, de cerise, de vanille et de chocolat. Pour ma part, c’est le meilleur Zhghia que j’ai pu déguster en Géorgie.
Alcool : 11 %

Ghvardzelashvilis Marani
Giorgi Ghvardzelashvili pratique l’agriculture biologique avec un minimum d’intervention. Il n’utilise que des levures indigènes pour la fermentation, sans collage ni filtrage, et n’ajoute aucun soufre à ses vins. Son Jghia 2019 est un vin rouge sec moyennement corsé, au nez de cerises rouges, de violettes et de cèdre. En bouche, des fruits noirs et rouges élégants s’accompagnent de touches florales, et son acidité vive se marie bien avec de nombreux plats.
Orta
Ce vin rosé est l’œuvre d’une vigneronne, ce qui le rend encore plus sympathique. Tamar Khvedelidze et son mari ont fondé la cave Orta en 2017, à Shalauri, dans la municipalité de Telavi. Chez eux, le Jghia est le premier raisin à être récolté, avant le Mtsvane et le Rkatsiteli, et sert à élaborer ce rosé.
La fermentation se déroule en acier inoxydable, à l’aide de levures sélectionnées, entre 20 et 22 °C, sans peaux ni rafles. L’élevage dure 7 mois, lui aussi en acier inoxydable.
Falstaff lui a attribué 89 points et le définit de cette façon : sec, finement fruité, fruits des bois, structure racée, citron salé, un vin d’été croquant.
Arômes : fruits des bois, fraise, cerise acide, herbes.
Goût : corps léger, acidité rafraîchissante, longue finale.
Alcool : 12 %.
Quantité : 600 bouteilles

Tsikhelishvili Wines
Le Jghia 2015 de Tsikhelishvili Wines s’exprime sur des notes épicées, herbacées et de fraise.
Wine People
Wine People est un projet lancé par l’un des plus grands producteurs géorgiens pour soutenir les plus petits. Sa cuvée de Jghia 2019 est signée Nino Gulbiani, à partir de vignes d’environ cinquante ans plantées à Kondoli. Vinifié en qvevri, sans ajout de levures, ce vin affiche une robe grenat.
Otiashvili’s Wine Cellar et Lekso’s Marani produisent aussi du Jghia, mais les informations à leur sujet restent rares pour le moment.
Avez-vous déjà goûté les vins géorgiens et notamment ce cépage ? Partagez vos impressions dans les commentaires ci-dessous.


Merci pour le conseil du producteur, je vais dans sa région la semaine prochaine